Humpday  de Lynn Shelton

Tête de Lit

5.9

Résumé express de Humpday : bromance + Sundance. D’un côté une amitié si forte qu’y surgit inévitablement la question homosexuelle, de l’autre une image inquisitrice piégeant les personnages dans leurs moments d’insincérité. La ressemblance d’Andrew et Ben avec les geeks trentenaires d’Apatow n’est sans doute pas involontaire, elle fait vendre. La psychologie et la fantaisie de la middle-class érigées en modèle par le festival de l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux l’est probablement davantage. Elles ruinent en tout cas deux bons tiers du film, les deux premiers, qui s’attachent à traquer le fond psychologique d’archétypes masculins comme un homme fraîchement marié et un autre apparemment libre dans sa tête. Évidemment le premier (à gauche, Ben : Mark Duplass) s’avère plus hardi que le second (à droite, Andrew : Joshua Leonard).

Lynn Shelton, cinéaste de Seattle dont c’est le troisième long-métrage, s’est donnée le rôle de Monika, hôte d’une soirée arrosée au cours de laquelle l’argument du film est lancé. Afin de tester leurs limites, les deux bros font le pari de réaliser et d’interpréter, à l’occasion d’un festival porno amateur (Humpfest), le porno ultime : du sexe entre deux hétéros. La motivation est artistique, selon cette idée très américaine que l’art doit repousser les frontières et braver les interdits. Mais personne n’est dupe, surtout pas la maîtresse d’une maison baptisée Dyonysius, qui voit d’un œil amusé de grandes gueules devenir aussi coincées.

L’effeuillage psychologique des personnages n’a strictement aucun intérêt. La manière free, à deux caméras, avec laquelle Shelton filme ses personnages, usant du gros plan comme d’une gentille déculotée, fait soupirer d’ennui. Mais la dernière séquence vaut le détour – une nuit d’improvisation à l’hôtel pour savoir si oui ou non, il est bien utile de passer à l’action. Réussite, car elle transforme littéralement un argument de scénario en argument de jeu et déplie sur un bon quart d’heure les coulisses des scènes de lit. Alors l’enjeu n’est plus psychologique mais pratique : comment aborder une scène d’amour. Shelton s’y fait moins ricanante, et les acteurs troquent leurs mots lourds de sous-entendus pour un réjouissant bavardage, en commentant chacune de leurs réserves, pudeurs, maladresses. Surprise, pour un film issu de la scène américaine « mumblecore », surnommée ainsi en raison de la diction supposément paresseuse de leurs acteurs, et qu’on appelle aussi cinéma de tête de lit, naturalisme post-diplôme, néo-réalisme Myspace ou Slackavetes en référence à son encombrant patron, John Cassavetes.

par Antoine Thirion
mardi 20 octobre 2009

Humpday Lynn Shelton

États-Unis ,  2009

1h35
Avec : Mark Duplass (Ben), Joshua Leonard (Andrew), Alycia Delmore (Anna)

Sortie : le 16 septembre 2009.

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