Violent Days  de Lucille Chaufour

Rockavielli

6.2

Violent Days a reçu le Grand Prix du festival de Belfort. En 2004. Shellac, la maison de production et de distribution de Thomas Ordonneau, venait de naître. On ne sait pas bien encore pourquoi cinq ans ont été nécessaires à la sortie du film en salles. Cela n’a aucune conséquence grave sur le film : le premier long-métrage de Lucile Chaufour paraît aussi daté qu’alors. Question d’image, celle de Violent Days a l’incandescence (blanc, cramé) de certains Garrel des seventies (ou alors de Raging Bull). Question de sujet, puisqu’il est toujours question de fans de rockabilly à pattes et bananes de la région du Havre.

Shellac a, depuis, pris dans le cinéma français la place qu’on connaît : la défense d’un cinéma de la marge souvent repéré dans les festivals : Pierre Creton, Tariq Teguia, Pedro Costa, Raya Martin pour citer les meilleurs. Et Miguel Gomes, dont Ce cher mois d’août est sorti pendant l’été. Mois d’août auquel ces jours violents font désormais penser : tous deux imaginent des accords singuliers entre fiction et documentaire. Violent Days d’une manière toutefois radicalement différente de la transition imperceptible du Portugais, à travers un dispositif qui multiplie les effets d’anachronisme.

C’est un film en costumes, à ceci près qu’ils n’appartiennent pas à un scénario mais aux fictions de chacun. Gomina, longues robes à fleurs, battes de baseball, tout évoque une version trash de Happy Days. Mais cet anachronisme sert surtout à faire ressurgir des divisions et des antagonismes aujourd’hui effacés. Racisme, mysoginie mais aussi lutte des classes, misère ouvrière. C’est remettre en état de marche, comme on répare un moteur, un âge de la musique qui n’est plus le nôtre. Une époque où la musique servait de cheval de bataille pour affirmer des différences massives et irréconciliables plutôt que des distinctions individuelles.

La première moitié du film tresse donc la vie d’un groupe d’amis unis par le rock n’ roll avec de multiples portraits ou déclarations en voix-off d’autres amateurs, ou de ceux qu’une telle idéologie rejette. Ces inserts, courts et hachés, déplient la vie du groupe dans la banlieue du Havre et dans le monde contemporain, les barres HLM, les PMU crasseux, les usines, garages et boulangeries où travaillent leurs semblables. Très loin donc d’un film nostalgique ou d’une bizarrerie expérimentale : un documentaire soucieux de décrire le réel à travers les fictions et l’esthétique de ceux qui y vivent.

Cela ne va pas sans un certain volontarisme. Le personnage central de Serena Lunn, fiancée délaissée au profit d’amis de beuverie, est aussi beau que surdessiné, antonionienne à mort : véritable victime d’une violence qui ne s’exerce physiquement qu’entre hommes. Le montage recourt trop souvent aux sautes et faux raccords, stéréotypes lorsqu’ils surviennent, lors d’un long trajet en voiture, sur un profil à lunettes noires sur fond de départementales normandes : à bout de souffle. Autre anachronisme, qu’on appellera pour le coup ringardise : un romantisme des écorchés vifs et des gueules de bois.

par Antoine Thirion
vendredi 23 octobre 2009

Violent Days Lucille Chaufour

France ,  2004

Avec : Frédéric Beltran, Franck Musard, François Mayet

Durée : 1h 44.
Sortie le 16 septembre 2009.

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