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37e Cinéma du Réel 2015

#3 Un mot pour la famille

La Chambre bleue de Paul Costes, 2015, France, 48 min, Compétition Française

L’amie d’Amélie de Clémence Diard, 2015, France, 40 min,Compétition Française

Voglio dormire con te de Mattia Colombo, 2015, France, Italie, 75 min, Compétition Internationale

Vers le milieu de Voglio dormire con te, Mattia Colombo se lance dans l’exercice, toujours périlleux, d’un entretien filmé avec sa mère. Le moment est d’autant plus risqué qu’il s’agit de discuter de l’acceptation de son homosexualité. Auparavant, le film a semblé longuement chercher son sujet (la séparation des couples, ou les derniers moments de la vie commune) avant de revenir au récit à la première personne. On aurait été prêt à accueillir ce retour vers l’enquête familiale si Mattia Colombo se montrait plus précis et tranchant, s’il laissait moins traîner les moments de silence parfois confondus avec un grand creux ayant tendance à s’étirer, à ne mener nulle part.

“Famille je vous, hais” lance Paul Costes au micro pour introduire son film La Chambre bleue. Le trait d’humour aurait tout pour plaire si le film ne se montrait pas aussi malin dans son évocation de la mort, et des mélodrames familiaux qui s’y joignent. Paul Costes, à n’en pas douter, a vu beaucoup de films. Lors d’une scène, le réalisateur, cigarette au bec, pose satisfaite, écoute de la musique avec sa mère. Le plan a retenu l’attention d’un spectateur : le poivrier est couché sur la table, pourquoi ? Paul Costes explique qu’il a été contraint de le faire pour ne pas cacher son visage à l’image. Le ridicule de l’explication est cependant moins agaçant que la réelle intention d’une telle mise en scène : il s’agit en fait de reprendre un plan de La Gueule ouverte de Maurice Pialat. On se demande alors si le choix du titre, le même qu’un des plus beaux de l’an dernier signé Mathieu Amalric, est oui ou non un hasard. Le résultat, avec sa voix off rieuse et son intonation de comédie appliquée à une enquête familiale douloureuse mais somme toute banale, est plus proche de Bref, la cinéphilie en plus, que de l’auteur d’A nos amours.

Comme souvent, la séléction du Réel ne manque pas de portraits de famille. Même s’il ne s’agit pas là d’un tic uniquement français, le genre est devenu un poncif du cinéma documentaire dans lesquels nos cinéastes nationaux excellent. Certains s’en sortent mieux que d’autres, notamment Clémence Diard, diplomée de la Fémis, avec son film de fin d’études séléctionné en compétition française. Comme l’avait remarqué Camille Brunel dans son texte sur Alyah (à lire ICI), le parcours des étudiants de la Rue Francoeur commence par un dossier d’enquête, souvent biographique, et se termine par un film qui découle de cette recherche intime paradoxale, à la fois formatée par les codes du cinéma national et unique, parce que chaque parcours l’est ; périlleuse mais commode à réaliser, parce que proche de soi, trop proche de soi. Clémence Diard en sait quelque chose, mais commence par nous dire que les premières images au caméscopes aperçues dans L’amie d’Amélie ne sont pas les siennes. Que la maladie de sa soeur lui était, à l’époque, difficile à comprendre et à supporter - Amélie est autiste. La suite étonne : c’est un portrait réussi, un suivi de plusieurs mois, à divers instants de la vie d’Amélie, où il est souvent question d’une amie, Christine, qu’on ne voit jamais, et qui devient le noeud d’une intrigue imaginaire que le film se plaît à suspendre, à reporter à jamais. Cette pudeur permet d’éviter l’épanchement, et on pourra demander à Clémence Diard lors d’un entretien si oui ou non, elle compte sortir de la voix du “je”, pour raconter ses histoires non dites, non-filmées, plus tard, ailleurs.

par Thomas Fioretti
jeudi 2 avril 2015

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