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Sélection officielle #1

Compétition

On retrouve le Nanni Moretti d’Habemus Papam, avec sa manière singulière de jouer sur l’absence de ses personnages pourtant visibles à l’écran. Dans son dernier film, c’était la disparition de Piccoli de son balcon papal, dans Mia Madre, c’est l’effacement d’un personnage de réalisatrice sur le point de perdre sa mère. Mia Madre est un film sur un deuil étrange qui est vécu avant même la mort de l’intéressée. Margherita, la réalisatrice, a la tête ailleurs pendant le tournage qu’elle doit diriger : elle rêve le jour et la nuit de situations avec sa mère malade, on l’entend penser en voix-off pendant qu’elle dit autre chose. S’impose une esthétique du retrait qui coïncide avec la disparition progressive de la mère.

Ce jeu sur la présence et l’absence existe surtout par les dialogues, la manière qu’ont les personnages de formuler les choses. En conférence de presse, Margherita répond à une question, puis dit tout bas à son voisin la vraie réponse qu’elle voudrait donner. A l’hôpital, l’échange avec les médecins est un dialogue de sourds, Margherita peine à déchiffrer les euphémisme employés pour lui dire que sa mère va mourir. Les scènes avec John Turturro, enfin, insufflent un esprit de comédie avec un personnage d’acteur américain parlant un italien approximatif, quand il ne se trompe pas de réplique. A chaque manière de parler, une façon d’être là où de s’effacer. Moretti semble avoir fait la même recommandation que Margherita à ses acteurs : continuez d’être là, mais à côté de vos personnages.

Avec Mia Madre se dessine un point commun avec plusieurs films vus à la quinzaine : cette volonté de faire des films de crise, ou du moins des films rendant compte de la situation économique dans laquelle se trouvent actuellement les Européens. Philippe Garrel disait après la projection que c’était sa volonté, Gomes en a fait le sujet de son film, et Moretti l’aborde de manière oblique, à travers le tournage du film de Margherita qui parle de manifestation ouvrière et d’occupation d’usine. Il est intéressant de constater que, dans les trois films, le sujet s’accompagne d’interrogations sur la manière de le traiter : le personnage de Margherita tourne autant que celui de Gomes autour du discours militant sans s’y frotter totalement. Mais Moretti se contente d’exploser le problème, quand celui de Gomes le ravive.

par Timothée Gérardin
dimanche 17 mai 2015

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