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Quinzaine #4

Green Room de Jérémy Saulnier

5.9

Green Room est le nouveau film de Jérémy Saulnier, le réalisateur de l’efficace Blue Ruin. Les deux sont des films de survie, qui prêtent à l’instinct de conservation le pouvoir de transformer les gens ordinaires en véritables guerriers. Après la projection, Saulnier évoque même comme inspiration Straw Dogs de Peckinpah, référence en la matière. L’apport de Saulnier au genre est d’une part une certaine épure dans le traitement, d’autre part un humour pince-sans-rire ramenant le regard à l’incongruité des situations représentées. Green Room, plus gore que le précédent, met en scène un groupe punk qui se produit dans une salle de concert tenue par des skinheads. Après le concert, les trois garçons et la fille se retrouvent enfermés dans une pièce assiégée par les crânes rasés. La différence avec Blue Ruin est géographique : le film de vengeance décrivait, selon une trajectoire linéaire, l’inévitable transformation du personnage, quand le film de survie concentre la tension sur un lieu clos, propice à l’encerclement, la green room du titre. Green Room est donc un film tendu, violent, qui utilise l’imaginaire et le décorum des skinheads pour basculer dans l’horreur. Et en même temps, tout ce jeu des appartenances - les larsens côté punk, les crânes rasés côté skins - est une manière d’approcher les personnages, en lisant à travers les signes de ralliement renvendiqués. C’est cette existence des personnages qui permet au film de dépasser d’une courte tête l’efficacité du film de genre.

Le Tout nouveau testament de Jaco Van Dormael

1.5

Le tout nouveau film de Jaco Van Dormael émet l’hypothèse que Dieu ressemble à Benoît Poelvoorde, plus criard que jamais, et qu’il a, en plus de son fils fameux “JC”, une femme et une fille, appelée Ea. Celle-ci est la véritable héroïne de cette histoire qui se voudrait poétique et fantaisiste, mais n’accouche en fait que de plans hideux et de gags lourds. On croit voir, vers le début, une piste intéressante dans la manière dont la parabole est surexploitée, les métaphores prises trop au pied de la lettre : Dieu, par exemple, est vraiment un père violent et un personnage sinistre. Jaco Van Dormael préfère malheureusement les séquences tire-larmes et pratique un humour supposément fantasque, mélange paradoxal de cynisme et de naïveté.

Allende mi abuelo Allende de Marcia Tambutti Allende

0.5

Ceci n’est pas un documentaire sur Salvador Allende mais sur “Chicho”, le grand-père de la réalisatrice, qui a présidé le Chili de 1970 à 1973. On se demande vraiment comment ce documentaire a pu atterrir à la Quinzaine sans que personne ne signale ses criantes faiblesses. Marcia Tambutti Allende s’entretient avec sa grand-mère, sa mère, sa tante, sa cousine, son cousin, qui ont tous l’air d’avoir envie de lui parler comme de se pendre. Chaque séquence d’interview se termine par un silence gêné de l’interviewé qui met fin aux questions. On finit par être aussi oppressé qu’eux par cette réalisatrice qui arrive avec un matériau plus que maigrelet (des photos en tout et pour tout) et un traitement plus que brouillon.

par Timothée Gérardin
lundi 18 mai 2015