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Ce texte a été initialement publié dans notre couverture du festival de Venise 2014 (lire ICI)

Josh et Benny Safdie sont des cinéastes qui excitent la curiosité par leur sobriété là où ce qu’ils représentent, la coolitude new-yorkaise, exige souvent un côté taciturne un peu feint ou une exubérance malvenue. Ils ne sont pas les premiers, avec Mad Love in New York, à rêver une histoire d’amour en film catastrophe, presque tous les films de Dolan l’avaient fait avant eux. Ici, une jeune junkie à la rue se fait larguer par son copain, qui a le profil du parfait enfoiré. Drogué lui aussi, indifférent au sort de qui que ce soit, il aime à la faire souffrir et l’humilier. Le film n’est que la descente aux Enfers de ce couple qui, passé un prologue heureux de cinq minutes, n’en est déjà plus un.

Les Safdie n’ont jamais voulu transmettre à leurs films l’étiquette de hipsters new-yorkais qui leur collait à la peau. Pour eux, ce film d’amour catastrophe est une première, même si comme dans The Pleasure of Being Robbed, les héros sont des voleurs. Josh et Benny Safdie ne cherchent pas à semer le trouble dans les genres : loin du romantisme, le mec est un vrai con, la fille pas complètement l’inverse. Qu’en faire, c’est toujours ce qui a guidé les réalisateurs, ou plutôt : qu’est-il possible de faire ? Pouvons-nous le faire ? Si c’est possible, faisons-le ! Dans The Pleasure of Being Robbed, c’était un road-movie en lieu et place d’une comédie romantique. Ici, c’est la grandeur qu’ils sentent soudain accessible. Musique post-rock tonitruante, ralentis à tout-va, la gloire du milieu, les danses autour du feu filmées comme de grandes fêtes religieuses. Le film n’a pas plus de moyens que les précédents, mais il a sauté le pas, il est grand. Il a dépassé les bornes : tout ici a un prix, une rupture signifie coucher avec un autre pour ne pas passer une nouvelle nuit dans le froid, un lit chez une femme bienveillante se paie avec une longue dispute pour avoir sa dose.

Avant tout était gratuit, et plus encore, rien n’avait de prix, surtout ce qui était volé, mais désormais ce qu’on dérobe a un coût. Les Safdie ne savent pas faire de films chers, ils ont tort de croire qu’ils peuvent faire semblant. Mad Love In New York a ses bons moments, néanmoins : il est à son meilleur quand il fait un pas de côté, qu’il filme un garçon faire le paon devant l’héroïne, à rouler sur la roue arrière de sa moto. Cela ne coûte pas cher à faire, il suffit d’en voler une au coin de la rue.

par Aleksander Jousselin
mardi 9 février 2016

Mad Love in New York Josh et Benny Safdie

Avec : Arielle Holmes, Caleb Landry Jones, Buddy Duress, Ariel Pink, Eleonore Hendricks

Scénario : Josh Safdie et Ronald Bronstein, d’après Mad Love in New York City d’Arielle Holmes

Durée : 1h37

Sortie : 3 février 2016

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