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Le prochain ciné-club aura lieu mardi 3 mai à 21h aux 3 Luxembourg à Paris : nous projetterons Adieu au langage de JLG en 2D.

#1

Zack Snyder est un maniaque. Son oeuvre, film après film, expose systématiquement deux faces de la même image. La première apparaît dans le prologue de ce Batman vs Superman, mais également au début de Sucker Punch : particulièrement surchargée, elle conjugue ralentis et fondus au noir, ouvre le récit comme on sortirait du bloc opératoire, engourdi et titubant. Peut-être est-ce que ces images, nées d’un premier travail de montage, abritent déjà toutes celles à venir. C’est cependant vers la seconde face, nette et lumineuse, que tend en réalité le récit d’une destruction du monde annoncée. Les scènes d’action de Batman vs Superman portent à leur summum les effets en tous genres, tout en garantissant l’impossibilité de leur dépassement. L’image, surchargée, s’embrase à la faveur d’une onde de choc, d’un arc électrique. La longue séquence d’affrontement entre Batman, Superman et Wonderwoman d’un côté et Doomsday de l’autre, troll sans caractère ni saveur, rappelant Le Seigneur des anneaux, est en effet l’occasion d’une quantité maximale de destructions, explosions et échanges de coups. Ce stade primitif, qui trouve son apothéose dans un finale immaculé, ne sera jamais dépassé et indique un peu plus dans quelle voie de garage le cinéma de Zack Snyder s’est engagé depuis quelques films.

#2

Peut-être Snyder ne cherche-t-il plus tant à mettre en images un canevas canonique, qui charrie son lot d’interrogations universelles, qu’une forme esthétique singulière. En surface, Batman vs Superman n’est qu’une adaptation de comics supplémentaire dans la filmographie du réalisateur. Une première plongée suffit à révéler les différence majeures qui séparent ce dernier film de 300, Watchmen et même de Man of Steel. Les romans graphiques que sont les deux premiers n’ont, en termes de narration, strictement rien à voir avec les séries de comics mettant en scène Batman et Superman. Ils présentent des récits précisément délimités, ainsi que des personnages définitivement couchés sur le papier, n’appartenant à nul autre univers ou récit que celui où ils ont été créés et, pour la plupart, tués. Ces personnages ne peuvent être suivis qu’au sein d’un récit unique, sans suite ni prequel. Batman et Superman ne sont pas de la même trempe que les Léonidas et autres Rorschach. Nulle intrigue ne peut les délimiter, les cerner. Ils se sont comme affranchis des règles de la fiction classique, qui connaît un début et une fin. Ils sont devenus l’unique moteur de leurs péripéties, qui existent par et pour eux. Conséquence de cet état singulier, ces personnages n’ont aujourd’hui pas de cap ; aucun dessein ne peut les soutenir dans la durée, et la gravité fait inexorablement s’effondrer sous leur poids toute structure qui chercherait à les fixer définitivement. Ils n’ont pas non plus d’origine établie, les récits tentant d’expliquer leur condition faisant plus figure d’hypothèses ou de propositions interprétatives plus que de réelles affirmations, au vu de leur nombre exponentiel. C’est ce que semble essayer de filmer Snyder : d’une part la répétition des motifs liés à la construction de ces personnages, et d’autre part l’inévitable destruction de toute architecture narrative construite autour de ces immortels, qui finit ici broyée sous des déluges lumineux.

#3

La structure du film est ainsi impuissante à donner une quelconque épaisseur au récit. Les personnages n’ont à faire qu’à des alter ego, qui les renvoient sans cesse à une destinée indésirable. C’est un jeu du même et de l’identique, que le récit s’efforce de tordre dans une direction puis dans l’autre pour en tirer une improbable réaction chimique. Or Superman comme Batman font face à une même crise de légitimité : l’un voit son culte remis en question par la population, l’autre par son ami et complice, Alfred. Cette crise est balayée par la perspective de leur confrontation ultime, et les deux fils narratifs trop minces peuvent ainsi trouver un semblant d’équilibre. L’histoire se construit autour de Lex Luthor, qui monte les deux protagonistes l’un contre l’autre, tandis que gravite en arrière-plan Wonderwoman, qui ne semble exister que comme caution historique, à travers une photo qui convoque la première guerre mondiale à peu de frais. La kryptonite est une balle passant de main en main, que chacun veut pour soi et contre l’autre, définissant des alliances temporaires et rapidement retournées. La seule chose qui intéresse Snyder est en réalité de pousser au maximum le curseur de l’intensité lumineuse, non pas pour sonder les ambiguïtés de personnages que hantent les ténèbres, mais pour ériger leur éclat éternel en propriété unique et exclusive.

#4

Le film épouse sans aucune retenue la logique du cross-over. Batman vs Superman est ainsi un film qui ne peut exister seul, qui n’est parvenu jusqu’à nos écrans que pour installer un univers DC censé concurrencer le prolifique concurrent Disney-Marvel, ou du moins se tailler une part dans le gâteau que constitue le public amateur de super-héros. Il ne propose aucune idée nouvelle de ces derniers et ne peut qu’offrir la réunion de personnages déjà trop écrasants lorsqu’ils sont séparés, qui ne font ici que virevolter sur des fonds blancs, comme si leur simple présence suffisait à faire fondre tout contexte. Le carburant du film n’est alors plus que l’inertie des protagonistes, et sa promesse celle d’un autre film, rassemblant encore plus de héros et dans lequel on imagine déjà voir le noir de l’univers entier être consumé par les lumières de cette équipe All-Stars.

par Cyril Jousmet, Hugo Paradis
samedi 30 avril 2016

Batman v Superman : L'Aube de la Justice Zack Snyder

Avec : Ben Affleck (Bruce Wayne/Batman) ; Henry Cavill (Clark Kent/Superman) ; Amy Adams (Lois Lane) ; Jesse Eisenberg (Lex Luthor) ; Gal Gadot (Diana Prince/Wonder Woman)

Scénario : David S. Goyer ; Chris Terrio

Durée : 2h31

Sortie : 23 mars 2016

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