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Cannes 2016

#0 Edito

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L’ordre de Bercy

Arthur Mas - Il me semble quand même que cette année, la compétition officielle n’est pas très riche.

Aleksander Jousselin - Elle est très convenue…

AM - Les seuls films vraiment intéressants sortent dans le courant du mois : Julieta de Pedro Almodovar, Elle de Paul Verhoeven, éventuellement Ma Loute de Bruno Dumont pour les amateurs. Il faudrait plutôt se concentrer sur la Quinzaine des Réalisateurs, peut-être la Semaine de la critique, et parler du reste depuis Paris.

Thomas Fioretti - J’attends beaucoup du court-métrage de Nadav Lapid à la Semaine de la Critique, From the Diary of a Wedding Photographer. Le Policier et L’Institutrice étaient passionnants.

Cyril Jousmet - Ma Loute, ça a l’air de ressembler à un P’tit Quinquin raté. On retrouve Juliette Binoche, catastrophique dans Camille Claudel 1915.

Greta Baldé - Sans parler de Fabrice Luchini…

AJ - La bande-annonce semble confirmer que Binoche est insupportable, en particulier chez Dumont.

AM - Ce serait bien d’aller voir le Dolan quand même…

CJ - Je ne sais pas…

AJ - Il est assez représentatif de ce qu’est devenu le festival, il en est une image presque à lui seul.

AM - Cela vaudrait le coup d’accuser la médiocrité incroyable de la sélection depuis plusieurs années.

AJ - Le cru 2016 ressemble à un moment de vérité.

Hugo Paradis - Victoria de Justine Triet fait l’ouverture de la Semaine, mais je l’ai déjà vu.

AM - De quoi ça parle ?

HP - D’une avocate dépressive, jouée par Virginie Efira. Elle ne rencontre pas Jean Dujardin, mais Vincent Lacoste.

AM - Mais qu’est-ce que c’est ? C’est comme le premier ?

HP - L’humour est le même, mais il n’y a pas ce côté “j’y étais”, le témoignage pseudo-instantané.

AM - Mais ça reste l’histoire d’une fille qui pleure dans un bel appartement.

HP - Oui, parce qu’elle s’emmerde, que sa sexualité est nulle.

***

HP - Pierre, raconte-nous la soirée d’hier [le 6 mai]. Tu as participé à l’occupation de la Cinémathèque, non ? Avec Eugenio [Renzi].

AM - C’est génial, raconte-nous.

AJ - Shad Teldheimer aurait repris du service pour l’occasion, nous attendons de ses nouvelles.

AM - Comment ça s’est déroulé ?

Pierre Ravin - Nous devions être cinquante à aller voir Prête à tout de Gus Van Sant à la Cinémathèque. A la fin de la projection, on était censés rester dans la salle. Cinquante autres personnes devaient se joindre à nous vers 23h.

AM - Il y avait donc un plan ?

PR - Depuis dix jours, certaines personnes étaient au courant de l’initiative. Avant l’occupation, il y a eu une réunion. Finalement, arrivés dans la salle, on a vu qu’en tout, 40 personnes sur les 130 assistant à la projection devaient participer à l’action. On s’est dit qu’on ne réussirait jamais à bloquer. Des tracts avaient été imprimés et distribués. Après la projection, cinq personnes supplémentaires sont restées. Une sorte d’AG s’est alors constituée. Le vigile a été empêché d’agir. Nous sommes restés silencieux dans la salle pendant environ une demi-heure. Eugenio a alors commencé à parler : “on pourrait partir de la citation de Frédéric Bonnaud [l’actuel directeur de la Cinémathèque avait estimé qu’il était selon lui préférable que la billetterie reste le domaine des “jobs étudiants” précaires plutôt que des CDI, parce qu’il ne voyait personne “faire ça toute sa vie”], je trouve ça intéressant.”

AJ - Comme avec Hollande et Sarkozy, on va peut-être constater que Bonnaud est pire que Toubiana.

PR - Mais là c’est pire, il se dit de gauche, militant. Nous sommes restés une heure dans la salle. L’auteur de la vidéo controversée sur les violences policières sur les violences policières [lireICI une critique sur le site de Lundi Matin] était là, et filmait dans tous les sens.

AJ - Encore lui !

PR - Une personne a protesté : “on n’accepte pas d’être filmés comme ça, ici ce n’est pas un plateau TV”.

AM - Elle avait raison.

PR - Certains ont applaudi celui qui ne voulait pas qu’il filme, les autres étaient étonnés de la remarque. Il a commencé à s’expliquer, disant qu’il préparait un documentaire sur la jeunesse nocturne parisienne. Personne ne l’écoutait, et surtout, personne ne savait qui c’était. Plus il explicitait son projet, pire c’était.

AJ - C’est “l’homme aux 200 000 vues sur YouTube”.

PR - Il y avait un acteur des films de Peretjatko, qui joue souvent des rôles de communiste. Il vient souvent à la Cinémathèque, et il était à l’image de ses rôles. Il disait : “tout doit péter, il faut laisser les CRS entrer dans le bâtiment, ce sera historique”. C’est à ce moment que deux personnes, en bas de la salle, nous ont informés que les policiers s’apprêtaient à entrer. Tout le monde s’est alors dirigé vers la mezzanine, que nous voulions occuper. Le vigile a abdiqué.

AM - Les flics voulaient entrer pour vous faire sortir immédiatement de la salle ?

PR - Oui, mais on nous a d’abord demandé d’attendre que le directeur adjoint de la Cinémathèque, Michel Romand-Monnier, vienne s’adresser à nous. Là, ça a été l’horreur. Le type est un abruti. Il nous a dit que “Frédéric” était en vacances. Son ton était vraiment paternaliste : “alors, j’écoute vos revendications ; depuis tout à l’heure vous nous dites que la Cinémathèque est de gauche, mais non elle n’est pas de gauche, elle n’est ni de gauche ni de droite, c’est un espace culturel”.

AJ - Ni gauche ni droite, comme le FN.

PR - Là, quelqu’un lui a demandé son salaire : “je gagne 6 000 euros par mois”. Tout le monde a hué, on a commencé à parler de la sous-traitance, des conditions de travail. Eugenio est revenu à la charge.

GB - Il était prêt, au moins. Il savait de quoi il parlait.

PR - Eugenio a demandé à Romand-Monnier s’il n’avait pas honte de ce qu’il disait, eu égard aux conditions d’existence des employés de la Cinémathèque les plus précaires. Romand-Monnier tournait en rond, il ne savait pas quoi dire. Eugenio a rédigé un communiqué. Tout le monde s’est tu, le chef de la police a déclaré qu’il allait faire évacuer le bâtiment. Les gens ont rigolé. Pendant une heure, c’était flou. Puis, un occupant est revenu avec une proposition de Romand-Monnier : rester jusqu’à 6h puis évacuer dans le calme. Certains refusaient, ils voulaient un rapport de forces symbolique, quitte à ce que ce soit violent.

AJ - L’autre filmait toujours ?

PR - Non il ne filmait plus, vu les réticences des autres. En fait, il y avait toujours un preneur de son qui enregistrait. Quelqu’un a dit qu’il ne comprenait pas ce que la perche faisait là. Ils ont recommencé à se justifier en parlant d’un film qui sortirait en 2018… L’autre a dit qu’il refusait de flouter les visages parce que c’était un code de la télévision. Des filles lui ont répondu que ces images pouvaient être retournées contre les occupants. Beaucoup étaient persuadés que les renseignements en avaient après eux.

GB - En même temps, ces images là devraient être faites simplement pour que les gens prennent connaissance du mouvement, de ce qu’il se passe. Je ne vois pas pourquoi on flouterait les visages.

PR - D’autres commençaient à lui reprocher l’absence de floutage. Romand-Monnier a louvoyé, parce qu’il n’avait aucune garantie que nous partirions, ni que nous ne ferions pas rentrer les camarades qui étaient à l’extérieur. On lui a répondu que les policiers s’en assureraient, mais il a dit qu’il allait renvoyer les flics chez eux parce qu’ils n’allaient quand même pas travailler toute la nuit. Personne n’y a cru, à l’autogestion ! Le chef de la police a dit qu’il allait “lancer la charge”. On était persuadés qu’ils allaient nous laisser tranquilles jusqu’à 6h. Mais les flics ont commencé à nous ceinturer un par un, et Romand-Monnier est parti les mains dans le dos.

GB - Vous voyez qu’il fallait filmer !

PR - Oui, mais ça, personne ne l’a filmé. Romand-Monnier avait auparavant continué à nous dire que la sous-traitance allait continuer, que Bonnaud méritait son salaire, etc. Là, un autre type s’est mis à filmer.

HP - Les gens ont commencé à faire “la tortue”, ils se tenaient par les bras et les jambes pour ne pas être délogés.

PR - Oui, il y a des gens qui ont été violentés. Parfois, c’était des petits trucs gratuits, par exemple ils me tordaient le petit doigt, par pur sadisme. Ils ont dégagé les grandes gueules. D’autres se faisaient étrangler, pousser, etc. Ils mettaient le genou sur le cou ou sur le ventre des gens, tordaient les doigts, puis lançaient des insultes.

GB - Ils ne se laissent jamais attendrir ?

PR - Franchement, ils n’avaient aucune sympathie.

AM - Vous étiez donc une soixantaine.

PR - Oui, un peu plus au plus fort de l’action, parce que des gens de Nuit Debout sont venus. Ils étaient une trentaine mais n’ont pas pu entrer dans le bâtiment.

AJ - Tout ça était une conséquence directe de l’action des étudiants à la Fémis la semaine dernière ?

PR - Oui. Un gars qui avait participé à l’occupation de l’Odéon était avec nous, mais il disait que nos objectifs n’étaient pas clairs, que ça aurait plus de sens de tout centraliser au théâtre. Quand il nous a demandé ce qu’on voulait, c’est vrai que personne n’a été capable de rebondir. On ne parlait du coup plus que de la sous-traitance, parce que c’était précis. Eugenio a recentré la discussion là-dessus, il connaissait le sujet. Une prof, à Paris III, aurait dit à ses étudiants d’aller voir Prête à tout pour ensuite occuper la salle. Mais il faut être honnête, on n’était pas autant que prévu.

AM - Comment l’information a-t-elle circulé, justement ?

PR - On m’a appelé. C’était la première fois que j’occupais un lieu public, et je pensais vraiment qu’on y passerait la nuit. Les policiers ont pris un appareil photo et l’on reformaté pour que toutes les photos disparaissent.

GB - Il faudrait avoir des petits appareils jetables.

HP - Ou balancer tout en direct sur Periscope.

AJ - Il y aura des actions à Cannes ?

PR - Beaucoup en ont sans doute envie, mais avec l’état d’urgence et les mesures de sécurité, ce sera sans doute difficile.

AM - Et puis la mairie de Cannes, c’est autre chose qu’Anne Hidalgo…

HP - Il paraît que les invitations aux projections seront désormais nominatives…

PR - Régulièrement, des intermittents viennent à la Quinzaine, mais c’est toujours avec l’accord de l’organisation : dix minutes de discours, puis il faut dégager. On a proposé, pour la Cinémathèque, d’attendre que Bonnaud présente un film et de retenter le coup à ce moment-là. Il faudrait le mettre face à ses contradictions.

Enregistré au Chat Noir, à Paris, le 7 mai 2016

par Rédaction
vendredi 13 mai 2016

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