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Cannes 2016

Carnet de notes #2

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Dog Eat Dog de Paul Schrader

4.0

Trois criminels (forcément loosers et psychotiques) s’associent pour une tentative de kidnapping qui tournera (forcément) mal. Le plus perdu ici est bien Schrader, qui tente un pot-pourri de Tueurs nés, Reservoir Dogs et Bad Lieutenant : Port of Call New Orleans, le tout déformé par Drive et Spring Breakers. Cela dit, le tandem Cage-Defoe rend la chose tellement bouffonne que le film regagne un peu en hauteur, sinon en cohérence.

Gimme Danger de Jim Jarmusch

7.0

Exercice d’humilité surprenant, Gimme Danger est un beau portrait des Stooges. On a affaire à un classique portrait documentaire, avec une chronologie étayée par de nombreuses archives et des entretiens avec les protagonistes. Le film évite pourtant habilement les écueils du genre, et se révèle passionnant, à la portée des connaisseurs autant que des néophytes. Finalement, on se retrouve peut-être avec le meilleur rockumentaire, juste derrière We Jam Econo : The Story of the Minutemen de Tim Irwin, dont on retrouve ici Mike Watt qui fut également le dernier bassiste des Stooges.

Toni Erdmann de Maren Ade

6.4

La relation conflictuelle entre un père et sa fille donne lieu à d’innombrables péripéties, souvent très drôles. La résolution du conflit sacrifie hélas à l’exigence de douce folie qu’on trouve parfois aussi ça et là dans le cinéma français “du milieu”.

Divines de Houda Benyamina

1.7

Quand il s’agit de montrer des jeunes de banlieue, la recette de la fiction française est devenue connue, depuis au moins Bande de filles : le plus grand réalisme (comme si vous y étiez) mêlé à la plus grande artificialité (parce qu’eux aussi ont bien le droit de rêver). Cette année à Cannes, ça donnait Divines. Film de l’année pour Les Inrocks, ici ça pèse 1.7.

Hell or High Water de David MacKenzie

4.8

David MacKenzie réalise un heist film, un film de casse. L’espace en gruyère de la séquence d’ouverture suscite quelque espoir, mais il faudra finalement passer les nombreux travellings qui déroulent surtout la fascination du réalisateur pour l’Amérique du crime. Le film n’est pas sans intérêt, mais pêche par manque d’audace.

Madame B., Histoire d’une Nord-Coréenne de Jero Yun

6.2

Portrait d’une femme tiraillée entre de multiples exils, affectifs ou géographiques. Une belle séquence inscrit la paranoïa politique à même le tissu urbain, dans les avenues et les buildings de Séoul.

Victoria de Justine Triet

6.2

Parfois drôle mais inégal. Le film renonce à jouer sur la singularité de l’instant filmé, celle que le contexte conférait à La Bataille de Solférino. Ici, la petite histoire se retourne sur elle-même encore et encore, sans jamais effleurer la grande. Le potentiel comique révèle alors sa vanité.

Neruda de Pablo Larraín

6.2

Le parti pris de Pablo Larraín est de renoncer d’emblée à tout portrait exhaustif, et même à tout portrait qui par sérieux ou cohérence prétendrait saisir la figure de Pablo Neruda, poète et homme politique chilien. La mise en scène emportée de Larraín jongle avec divers décors au sein d’un même dialogue comme pour mieux souligner la nature arbitraire de toute représentation. Le récit s’articule autour des indices que laisse Neruda au policier chargé de le traquer, des polars que celui-ci lit avec appétit, comme pour mieux nourrir son enquête. Larraín explicite la mise en abyme, parfois au détriment du récit. Tout ne semble alors que jeux et pirouettes amovibles, comme les décors d’un théâtre. Le personnage de Neruda, aussi grossier qu’affirmé, peut-il alors soutenir seul ce portrait qui se déconstruit autant qu’il se dessine au long du film ? Non seulement la poésie sert de moteur à l’enquête, les poèmes envoyés par la poste permettant de remonter jusqu’à Neruda, mais elle légitime aussi un portrait qui ne peut se passer d’éléments historiques. Le film gagne en intérêt dans la dernière partie, plus simple et plus belle : une traque dans la neige, qui isole les silhouettes des personnages loin des envolées lyriques et bariolées qui jonchent la majeure partie du film.

par Hugo Paradis, Michel Rougemont, Victor Bournerias
vendredi 27 mai 2016

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