Cannes 2009 #C

Carnet des notes

Independencia : 10
Inglourious Basterds : 9.6
Yuki & Nina : 9
Tetro : 8.5
Les Herbes folles 8.3
Vengeance : 8.3
Le Roi de l’évasion : 8
VINCERE : 7.9
Si tu avais su... 7.9
Taking Woodstock : 7.8
Beaux Gosses : 7.5
Mother : 7.5
The Time that remains : 7.4
Up : 7.3
La terre de la folie : 7.2
Go Get Some Rosemary : 7
Ne change rien : 6.9
Nymph : 6.8
Nuit d’ivresse printanière : 6.7
Manila : 6.6
Le ruban blanc : 6.1
I Love You Philip Morris 6.1
Les Chats persans : 6
Thirst : 6
Antichrist : 5.4
A l’Origine : 5.2
Kinatay : 5
Le Père de mes enfants : 5
Le Prophète : 5
Bright Star : 4

jeudi 21

The Time That Remains de Elia Suleiman, Compétition officielle .
Un titre pour entamer la fin du festival. Elia Suleiman revient dans la maison de Nazareth où il habitait avec ses parents. Mémorable première séquence en taxi qui évoque déjà un film de vampire, une entrée en Transsylvanie (« Passant le pont, les fantômes... »). Puis flash-back en quatre époques, jeunesse du père, enfance et adolescence du fils (les années 60 et 70) alternant moments forts et gags pince sans rire – moins inattendus qu’il y a dix ans. Réapparition tardive d’Elia adulte en Bela Chaplin ou Charlie Lugosi, mais aussi en pyjama, chanteur d’opéra. Entretien prévu à 16h15. Rencontre ici. 7.4

A l’Origine, de Xavier Giannoli, Compétition officielle.
Ex-taulard sort, arnaque gros (Gégé), arnaque tros gros (un village, une autoroute). Gigantesque effort de reconstruction d’autoroute, richesse caricaturale : film sur la production ? En tout cas pénible, suspens (on ne sait pas quand il sera pris) sans intérêt (il ne sait pas pourquoi il s’enfonce dans l’arnaque : pour l’argent, l’amour, le rachat ? il faudra peut-être le lui demander). Par rapport aux chantiers, le contraire de Rabah Ameur-Zaïmeche : s’incruster dans un lieu existant pour y lâcher des pelleteuses / inventer une économie propre. Toujours le même problème avec les histoires vraies, incapables d’imaginer autre chose que leur vérité. François Cluzet parfait dans le rôle de Dustin Hoffman. Prestation moyenne d’Emmanuelle Devos, mais on n’est pas obligés d’en parler. 5.2

mercredi 20

Le Ruban blanc, de Michael Haneke, Compétition officielle.
Un peu avant le début de la grande guerre. Empire d’Autriche, un village de paysans. Les paysans, la petite bourgeoisie (un instituteur, un pasteur, un docteur), le baron. Et les enfants de tout le monde. A qui appartiennent-ils ? Le film joue longtemps sur l’ambiguïté, la confusion. D’où jalousies, violences : on retrouve l’arrière plan de Caché, son récit secret. Noir et blanc satiné, du pourri sous la neige. Proche de Lars von Trier, mais sans graffiti. Arrondi. Plat et maniéré. 6.1

Nymph, de Pen-Ek Ratanaruang, Un Certain Regard.
Meilleur film du graphiste thaïlandais : jungle aux couleurs passées, métalliques, lumineuses. Fort sur la sensualité, les actrices, les errements de caméra. Mais toujours piètre conteur. Et toujours dans l’ombre d’Apichatpong. Histoire stéréotypée de passion fantôme : Tropical Malady mainstream et hétéro. 6,8.

Inglourious Basterds de Quentin Tarantino. Compétition officielle
article ici. 9.6

La terre de la folie de Luc Moullet, Quinzaine des réalisateurs
Maquette façon Les Carabiniers. Moullet sur sa terre natale. Histoires de folies criminelles. Le plus fou c’est bien sûr lui. Rencontre avec Luc
7.2

mardi 19

Les Herbes folles d’Alain Resnais, Compétition officielle.
Radicalisation de Cœurs. Sur l’obsession amoureuse, le caprice, le vide. Aviation sentimentale. Ruse avec la voix-off : Édouard Baer annonce un grand récit, délivre une histoire éblouissante et ordinaire, et ne s’incarne qu’à la fin du film, dans la peau d’un autre acteur sur un tracteur. 8,3.

I Love You Philip Morris de Glenn Ficarra et John Requa Quinzaine des réalisateurs.
Autre gros film de pédé. Plus maigre. bon Jim Carrey, Ewan McGregor qui confirme son avant-dernier rang dans la guilde des acteurs. 6,1

lundi 18

Independencia, de Raya Martin, Un Certain Regard.
Texte ici, conversation avec RM ici, 10.

VINCERE ! de Marco Bellocchio, Compétion officielle.
Beau film. Trop intellectuel. Trop de choses : le futurisme et le mélodrame. Le cinéma muet. La tragédie grecque. L’Histoire, évidemment. Mélange laborieux. C’est un film qui se veut grand, qui veut Vincere. Film mussolinien ? Trop de contradictions (le mélo et la tragédie ne vont décidément pas ensemble). Très belle la réflexion sur le cinéma muet, les archives de ciné-journal et la fiction.
Mussolini est un opportuniste, un bon comédien, un clown (archives étonnantes même pour ceux qui les connaissaient. Et c’est une autre piste : Bellocchio ne montre que des épisodes connus : le duel avec Treves, le défi à Dieu). Tandis qu’Ida ne change pas. Elle est Antigone (et Médée). Du coup, Mussolini n’est pas un bon Creont.
Dans Bellocchio, toujours deux folies. Un Saut dans le vide : Folie évidente, de surface (Anouk Aimée), folie cachée, profonde et morbide (Michel Piccoli). Buongiorno Notte et Le Sourire de ma mère : folie créative, imaginative, transformatrice, artistique (anti-folie donc) chez le peintre Ernesto Picciafuoco et la brigadiste Chiara ; folie rigide, fasciste, religieuse, fanatique du côté de l’église et des brigadistes qui tuent Aldo Moro.
Pour une fois le bon n’est pas du côté de celui qui change (Mussolini) mais du côté de celle (Ida Dalser) qui ne peut pas imaginer autre chose que son amour. Ce n’est pas rien, mais vraiment compliqué. Un détail : les scènes de sexe au début sont peut être importantes, mais elles dérangent. 7,9

Manila, de Raya Martin et Adolfo Alix Jr., Séance spéciale.
Hommage à deux classiques philippins de Brocka et Bernal, coupé par un générique écrit sur les images d’un tournage de Lav Diaz (père de la jeune génération du cinéma philippin). Belle première partie – noir et blanc, drogue, la ville la nuit (Martin). Seconde partie plus classique (Alix). Anecdotique. 6,6.

Le Rois de l’évasion, Quinzaine des réalisateurs
Grand Film. Plus que grand. Gros ? L’histoire d’un gros pédé. Comment il sort de son personnage. Comment il fait s’évader tout le monde. Comment il fait sauter les barrières (sexuelles, mais pas uniquement). Sorte de Théorème inversé. Terence Stamp maigre et lourd dans Pasolini. Armand (Ludovic Berthillot) en grosse danseuse arpentant la campagne d’Albi comme une abeille un pré. Le ton du film est d’une subtilité inouïe. On pense beaucoup aux Sopranos, début de la saison 6. On ne sait jamais où on est. Dans le comique ? Dans le rêve ? Dans le cul ? Dans un lit. Tout est un lit, et tout le monde dans le lit (tous les hommes, en tout cas). Petite (mais toute toute petite) déception pour Hafsia Herzi. Elle appartient à un autre monde que celui des hommes. Cette fois-ci c’est vraiment comme chez Pasolini (à quelques contes près), les comédiennes jouent, alors les comédiens vivent. 8.0

dimanche 17

Vengeance de Johnnie To, Compétition officielle.
Hallyday / Costello : grand personnage. Troisième d’une série sur les tueurs en bande (The Mission, Exilés). Un To se juge – il serait capable de le vouloir – comme une bouteille de vin : Vengeance manque un peu de coffre, mais c’est une cuvée expérimentale. 8,3.

Le père de mes enfants de Mia Hansen Love, Un certain regard.
Film gentil. Trop gentil pour évoquer une histoire impitoyable (Humbert Balsan). Semble vouloir suivre au plus près la fabrique du financement (côté production) ; mais depuis la position affectée d’une disciple, d’une enfant. Affect inattaquable ; film inoffensif. Film faux (MHL met en scène son propre personnage dans la peau de d’un garçon venu de nul part) : imposture. Comme Truffaut dans La Nuit américaine. 3.0

Antichrist de Lars von Trier, Compétition Officielle.
De beaux animaux. Un plan de pénétration (rituel cannois) assez spécial. Beaucoup (trop) d’hystérie. « Where are you ? You, bastard » hurlé environ soixante-dix fois par Charlotte Gainsbourg (elle, toujours bien). Tropisme graphique : le bois comme graffiti. Film d’horreur tendance mutilation (Audition de Miike). Dédicacé à Tarkovsky. Joker – les ricanements suffisants de la salle nous auraient presque mis du côté de LVT. 5.4

Beaux gosses de Riad Sattouf. Quinzaine des réalisateurs.
Excellent, efficace. Adaptation littérale des bandes-dessinées : vignettes, gags en trois cases. Apatow (pré-ados et une certaine douceur) mais complètement anti-Apatow. Sa traduction en arabo-français (moins de folie mais aussi moins de marivaudage, moins sophistiqué). Une grande différence dans une nuance. Ex :
Supergrave : le groupe / Beaux Gosses : les copains
SG : leçon de cuisine / BG : leçon de biologie,
SG : l’amour entre amis/ BG : ça existe ça ?
etc…
Rencontre avec Sattouf ici 7.5

samedi 16

Un Prophète de Jacques Audiard, Compétition officielle.
Pour l’instant, véritable faux bon film du festival. Jeune sans passé apprend tout en prison, commençant pas l’homicide = opération séduction. Le mouvement du film est une ascension. de zéro à l’infini. The Shawshank Redemption, mais à l’inverse (on est quand même en France). 5.0

Si tu avais su… de Hong Sangsoo, Quinzaine des Réalisateurs.
Trois grandes scènes de repas. Découpage dans le plan (avec la camera qui se balance dans le premier cadre, et rogne par un petit zoom) superbe d’intelligence et de complexité. 7.9

Kinatay de Brillante Mendoza, Compétition officielle.
Pas pire, pas mieux que Serbis. Texte ici. 5.0

Mother de Bong Joon-ho, Un Certain regard.
Après The Host, retour à Memories of murder. En plus flou. 7.5.

Go Get Some Rosemary, de Josh & Benny Safdie, Quinzaine des Réalisateurs.
Leur meilleur film. Toujours la même limite : super 16 et l’indie à tout prix (comment le sanctionner ici ?). Belle la fin avec l’ascension en enfer. Texte et rencontre ici. 7.0

vendredi 15

Bright Star, de Jane Campion, Compétition officielle.
Eloge de tout ce qui est anglais : l’accent, la pudeur, la blague, la campagne, la frigidité. Et Keats. Soûlant, sans plus. 4.

Yuki & Nina, de Nobuhiro Suwa et Hippolyte Girardot, Quinzaine des réalisateurs.
Petit à petit, grand. Texte ici. 9.0

Taking Woodstock, de Ang Lee, Compétition officielle.
A défendre. Moins évident que Hulk et Lust, Caution. Mais forte l’idée d’utiliser Peace & Love pour fabriquer un champ de bataille. Woodstock, la bombe atomique. 7.8

Ne change rien, de Pedro Costa, Quinzaine des réalisateurs.
Un film d’Olivier Assayas réalisé par Pedro Costa. 6.9

jeudi 14

Tetro, de Francis Coppola, Quinzaine des réalisateurs.
Coppola à son meilleur : généreux et retenu. Gallo énorme, vieux, jeune et rourke. Introducing Alden Ehrenreich, 19 ans, premier rôle, vraiment bon. Texte et vidéo ici. 8.5.

Thirst, de Park Chan-wook, Compétition officielle.
Scènes qui se détachent l’une après l’autre de la narration comme des couches d’écorce ou des peaux mortes. Film justement préoccupé par des problèmes de peaux, très Planète terreur. Beaucoup de décrochages de ton, naïf, grinçant, ampoulé – lot commun des films de Park, meilleur dans la narration, les voix-off (Lady Vengeance), ici absentes. Film-vampire : vorace, gourmand, grotesque. Rencontre ici. 6.0

Les Chats persans, de Bahman Ghobadi, Un Certain Regard.
Film réalisé en dépit de la censure iranienne. Donc incritiquable. Underground, mais de surface. 6.0

mercredi 13

Up, de Pete Docter, hors-compétition.
Premier film convaincant en 3D – effet bocal, les yeux dans la télévision. Bon niveau de gag. Confirmation après Wall-E d’un attrait pour le silence. Virage psychédélique. Héros calqué sur Scorsese (ce dernier aussi de passage a Cannes). 7.3

Nuit d’ivresse printanière, de Lou Ye, Compétition officielle.
Grand culot (film souterrain, anti-système, etc). HD un peu pauvre, qui dérange dans les mouvements de caméra et les gros plans. Beaux inserts de poésie érotique. 6,7

par Eugenio Renzi, Antoine Thirion
vendredi 22 mai 2009

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