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Viennale 2010 – #4

Trajectoire de Côté

Rencontre avec Denis Côté

Une rétrospective des long-métrages du cinéaste canadien Denis Côté avait lieu cette année à la Viennale. J’en ai vu quatre sur les cinq : Les états nordiques (2005), Nos vies privées (2007), Carcasses (2009), Curling (2010) auxquels il faut ajouter son troisième : Elle veut le chaos (2008). Comme il l’explique lui-même dans l’entretien vidéo qui suit, Côté a acquis une solide réputation grâce au parcours de ses films dans de nombreux festivals. Son premier Les états nordiques a été sélectionné à Locarno, y a récolté un prix et depuis, ses films tournent. Pourtant, dans son travail comme dans son discours, aucun ronron. Boulimique du tournage, il enchaîne les projets sans se préoccuper des financements, pour continuer à « essayer des choses ». Ainsi après ses deux premiers films faits avec peu de moyens, il réalise Elle veut le chaos pour deux millions de dollars puis fait un nouveau film pour dix mille dollars Carcasses qui finit à Cannes, avant de repartir sur un gros budget avec Curling. Ce parcours par les chiffres est significatif : il témoigne d’une manière de travailler atypique, à l’opposé des cinéastes qui attendent patiemment l’argent pendant deux ans pour chacun de leurs projets.

Le corrélat de cette méthode de travail se retrouve dans ses films hybrides qui mêlent des fictions intimistes, souvent à la limite de basculer dans le thriller, avec du matériau documentaire centré sur le Québec. Son cinéma repose sur des décrochages incessants, introduits par une nouvelle piste-son ou un simple mouvement de caméra. La fiction apparaît comme une structure, un patron (non négligé pour autant) dans lequel de l’air documentaire vient s’engouffrer. La caméra est toujours prête à se détourner du récit et de ses personnages pour observer les lieux et les gens aux alentours. Dès son premier Les États nordiques, cette méthode était fixée. La fuite d’un personnage qui a pratiqué l’euthanasie sur sa mère y permet la description de Radisson, petite ville perdue dans les confins arides de l’Ouest du Québec. Suivant la foulée du fugitif solitaire, sites et habitants apparaissent progressivement. Le film se permet également d’introduire abruptement des séquences comme le débat, venu de nulle part, entre des jeunes de la commune sur l’euthanasie, la vie, la mort. Ce débat rappelle un opus qui brouillait ce type de cartes : Elephant de Gus Van Sant. Cette référence n’est pas mentionnée dans l’entretien, mais beaucoup d’autres le sont. Les audaces formelles de Côté ont été permises grâce aux travaux de pairs, qu’il est le premier à citer : Cronenberg, Weerasethakul, Denis, Suwa. Cette générosité, loin d’être souvent de mise, en dit long sur le travail du canadien. Quoique le dernier Curling soit, de l’aveu même du cinéaste, plus policé que les précédents, il participe d’une recherche en cours. En effet, la rétrospective ne donnait pas tant à voir l’affirmation d’un style que la production obstinée de « machins » qui ne se laissent pas qualifier.

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par Felix Rehm
mardi 2 novembre 2010

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