Viennale 2009 – #1

De l’air

INTRO

28 Octobre. Chaque festival a ses caractéristiques, son ambiance, sa tonalité, son économie. La Viennale, tout en étant l’un des plus fastueux, est également l’un des lieux ou les rencontres surviennent le plus naturellement. Entre cinéastes, cinéastes et critiques, générations, étudiants, public. Sans attachés de presse et gardes du corps pour faire tampon. Nous arrivons ici cinq jours après le début du festival et le quitterons le 2 novembre, deux jours avant sa clôture. De nombreuses séances sont déjà sold out. L´invitation est directement venue du directeur de la Viennale, Hans Hurch. Elle est pour Independencia une vraie marque de confiance, un encouragement a poursuivre ce qui s est esquisse a cannes puis Marseille, Venise, et se poursuivra bientôt a Thessalonique : en un mot, l’invention d’une solution d’écriture aux problèmes que posent chaque festival - différence de rythme, d’ambiance, d’audience, de programmation.
Dans la salle de presse, située dans l’une des chambres du Hilton investie par le festival, sont en ce moment présents : Raya Martin, le critique américain Dennis Lim, le réalisateur et photographe suédois Anders Edström, co-auteur avec le californien Curtis Winter de The Anchorage, vu hier au Stadtkino. Beau film. Un peu léger. Descriptif, et ratant la matérialité du temps, que ses auteurs disaient vouloir atteindre, par des mouvements de cameras trop visibles mettant l’accent sur l’aspect doublement répétitif d’une vie isolée et d’une mise en scène privilégiant les images faibles. La vie de leur héroïne recluse sur une île suédoise est en revanche fascinante. Nous pourrions en parler avec eux mais notre projet pour cette Viennale est cette fois différent : l’idée est d’interroger chaque fois un cinéaste sur un film dont il n’est pas l’auteur, pour faire mentir cette idée colportée par certains que les cinéastes ne se laissent pas influencer, que chaque influence serait fortuite.

Hier, un cocktail eut lieu a l’Ambassade française ou se sont retrouvés la plupart des invités du festival. James Benning et Nobuhiro Suwa se sont serrés la main. Ils se connaissent à peine : aucun des deux n’est assez montré dans le pays de l’autre. Ils comptent pourtant parmi les plus grands. Pour nous, ce genre de retrouvailles mondaines sont l’occasion de mettre en place un certain nombre de projets. L’un concerne la traduction de textes japonais ou américains, afin d’ouvrir le site, ancré en France, aux discours et aux problématiques d’autres pays. Un peu d’air. Plaisir égoïste également, de se donner la chance de pouvoir lire un jour en français Nobuhiro Suwa, aussi perçant comme cinéaste que comme critique, ou de se tenir au courant des querelles qui agitent la critique américaine.
Nous entamerons dès demain une série de textes consacrés aux films vus ici. Nous venons de voir Le Temps des grâces de Dominique Marchais, enquête d une rare précision sur l’agriculture française, totalement anti-Depardon : ses paysans ne sont pas réduits a un corps en ruine et à un patois pittoresque, ils sont aussi forts et éloquents que Pierre Bergounioux qui intervient a plusieurs reprises dans le film. D’autre part, des vidéos : certaines filmées ici avec l’aide des étudiants de l’école d’art de Genève, d’autres volées avec une caméra miniature, des sortes de walkie talkies réalisés au cours de nos marches viennoises reliant une salle a l’autre.

par Antoine Thirion
mercredi 28 octobre 2009