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127 heures  de Danny Boyle

Pierre papier ciseaux

4.1

Après quelques dizaines d’heures au fond d’un canyon, la main coincée sous un rocher, Aron Ralston (James Franco) se met à penser : cette pierre m’a attendu toute ma vie. Inutile d’essayer de la faire bouger, l’issue de ces 127 heures est sûre et heureuse : le garçon va raconter son histoire à la télé. C’est là, toujours, qu’arrive Danny Boyle. Après la télé et après les films ; au moment de remonter les images en vue d’une fable simple. La pierre qui broie la main, le couteau qui coupe mal, la gourde qui se vide, l’urine qui la remplit, la peau déchirée et les os brisés à force d’acharnement : tout cela a déjà été détaillé en plateau avec une insouciance assez flippante par le jeune homme à la main bionique, qui s’était d’ailleurs filmé au camescope. Il y a assez de films sur cette histoire, un cinéaste doit se donner une autre mission.

N’est-il pas encore un peu irresponsable, ce jeune homme ? Danny Boyle le pense probablement, et pour cette raison il l’aime comme les junkies de Trainspotting. À ce titre, la leçon d’un grand frère ne lui ferait pas de mal. Les grenouilles n’ont-elles pas dit que le cinéma est affaire de morale ? Tirer la leçon d’un banal enchaînement d’erreurs, relire a posteriori une absurdité comme un destin, retrouver un sens à nos vies en toc : c’est ce que le monteur anglais continue de faire en Angleterre et en Thaïlande, en Inde et aux États-Unis, trottant sur les plages et les canyons de The Beach et de 127 Heures comme sur les plateaux télés de Slumdog Millionaire, les banlieues Phoenix de Millions et Londres glauque de 28 jours plus tard

Il lui a pourtant été suffisamment reproché de clipper à mort la misère des bidonvilles indiens et des banlieues d’Angleterre. Ici, il n’a que le corps de James Franco à charcuter - l’acteur s’en tire toujours avec décontraction. Boyle aussi, par une sympathie rare pour l’imaginaire de ses personnages. Il faut croire que cela le rend attachant car on n’a pas manqué un seul de ses films, ce qui n’empêche pas de reconnaître leur nullité profonde. Multipliant les flashes avant et arrière, disséminant la narration en signes avant coureurs de plus en plus massifs, le montage s’avère toujours aussi décevant qu’invraisemblable en dépit des efforts d’authenticité manifestés. On apprendra donc au bout de 80 minutes que Ralston aurait mieux fait de laisser un post it sur le frigo pour informer ses proches de sa destination. Depuis, « il laisse toujours un mot avant de partir », comme un conseil lonely planet livré par un aventurier qui, pour avoir visité trois temples bouddhistes, dirait qu’il faut savoir se couper la main pour libérer l’esprit.

par Antoine Thirion
dimanche 13 mars 2011

127 heures Danny Boyle

États-Unis ,  2010

Avec : James Franco (Aron Ralston) ; Amber Tamblyn (Megan) ; Kate Mara (Kristi) ; Clémence Poésy (Rana) ; Kate Burton (La mère d’Aron) ; Lizzy Caplan (Sonja) ; Treat Williams (Le père d’Aron).

Durée : 1h34.
Sortie : 23 février 2011.

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