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Paul  de Gregg Mottola

À poil

4.5

Beaucoup de contradictions dans cette tentative d’allier le comique de Simon Pegg et Nick Frost avec celui de Seth Rogen et Greg Mottola (respectivement scénariste et réalisateur comme dans SuperGrave). Plus encore que dans Green Hornet, où l’ingrédient martien était Gondry. Celle qui consiste par exemple à se moquer des fondamentalistes pour se réclamer d’un autre type de culte, celui de Spielberg, Lucas et Zemeckis. Une autre qui consiste à imaginer que Paul, l’alien qui s’est écrasé dans le Nevada, peut communiquer sans problème avec les Terriens, pour aboutir à un final dans la bulle du festival geek de San Diego, Comic-Con. C’est ce qu’il y a de beau chez Seth Rogen, et qui se trouve en porte-à-faux avec le duo anglais : une foi absolue dans la communication. Dans la sincérité et la possibilité d’une compassion chez l’autre, aussi fou, aussi étrange ou furieux soit-il. Rien de plus effrayant dès lors que le court-circuit effectué par les croyances des fondamentalistes, qu’une appréciation empirique de la situation ne peut atteindre. En découle ce pouvoir fantasmatique attribué à Paul qui consiste à pouvoir tout expliquer par une simple imposition des mains sur le front. Joli, ce dépit de l’extra-terrestre face à celui qui lui lance malgré tout un amical « God be with you ». « Yeah, whatever... » On ne peut pas établir le contact avec tout le monde. Même le plus naïf des aliens ne peut pas se croire longtemps invité sur Terre : il faut finir par s’en échapper. Paul est peut-être le plus triste de la saga optimiste des Seth Rogen.

D’un côté, Simon Pegg et Nick Frost ont écrit un scénario qui n’est rien d’autre qu’un hommage à leurs fans, les enfants hypertrophiés du Comic-Con où Pegg, après Shaun of the Dead et Star Trek, est une star absolue. De l’autre, cette admiration pour E.T. se heurte, comme toujours dans le cinéma geek, au réel. A l’époque de Spielberg-roi, comprenez les années 80, une certaine magie présidait à la réalisation des films. Rendre par exemple attachant et rentable E.T. l’étron parlant. Les enfants adorent jouer avec la merde et c’est précisément en apprenant à la mépriser qu’ils entrent à plein titre dans la communauté des adultes civilisés. L’homme apatownien, dont Rogen fut d’emblée l’incarnation et le prophète, s’est toujours situé dans un étrange et comique entre-deux. Entre la merde et l’aftershave, l’âge ado du poil libre.

La magie a disparu. Les enfants sont des adultes, comme le rappelle l’Agent Mulder de service. Ils se rasent, ils payent des impôts, ont des vrais poils pubiens. A aucun moment Mottola ne s’attarde devant la perfection de sa créature numérique. Et la gamine qui a recueilli E.T. en 1947 n’a pas vécu un conte de fée éveillé comme le petit Elliott sur son vélo volant. Elle s’est fait traiter de folle, on lui a jeté des pierres, elle n’a plus que ses yeux pour pleurer quand elle réalise qu’elle n’a pas rêvé. Aussi, l’ensemble du film laisse un goût amer. On rit peu, et pas seulement parce que le timing des gags est raté. Constater qu’il est aujourd’hui possible de refaire le fameux premier plan de Star Wars avec cinq fois plus de lumières, de rejouer Rencontres du Troisième Types, E.T. et Men In Black réunis pour le budget modique de 50 millions de dollars, dévalue purement et simplement ces blockbusters. Non plus une magie perdue, mais une valeur exploitée. Seth Rogen, hérault de la communication universelle, remonte dans sa soucoupe, après avoir offert à quelques croyants de quoi nourrir le prochain Comic-Con : le Troisième Type était là, la rencontre n’a pas lieu - après l’échec de cet autre Messie guérisseur et omniscient que jouait Matt Damon dans Au-Delà, on dirait que les êtres d’exception sont parmi nous mais ne servent à rien.

par Camille Brunel
samedi 12 mars 2011

Paul Gregg Mottola

États-Unis ,  2010

Avec : Simon Pegg (Graeme Willy) ; Nick Frost (Clive Gollings) ; Jason Bateman A(Agent spécial Lorenzo Zoil) ; Kristen Wiig (Ruth Buggs) ; Sigourney Weaver (Le grand Manitou) ; Bill Hader (Haggard) ; Joe Lo Truglio (Rôle : O’Reilly) ; Jane Lynch (Pat Stevens).

Durée : 1h41.
Sortie : 2 mars 2011.