JPEG - 121.3 ko
spip_tete

Ce que le personnage crayonné du Petit Nicolas gagne en précision en s’incarnant dans la chair de Maxime Godart, l’intrigue du film n’en profite pas. Il se construit comme une succession d’histoires courtes également filées en une trame d’1h30 par un argument de court-métrage : Nicolas croit par un malentendu qu’un petit frère est en route et que ses parents s’apprêtent à l’abandonner pour faire de la place. Laurent Tirard ne se dépêtre pas du schématisme de l’adaptation littéraire scrupuleuse, pris au piège ici du format court et de l’univers enfantin. À vouloir courir après le regard de l’enfant, il n’en convoque que la nostalgie. Celle d’une salle de classes où les classes sociales sont laissées à la porte, où le folklore primaire du cancre et du premier de la classe structurent la seule hiérarchie. Du gosse de riches au fils de flic, tous copinent ensemble sans heurts. La nostalgie est une maladie qui aplatit généreusement. Nicolas concentre l’idée : autour d’une galerie de têtes à croquer, il est la figure lisse et propre, l’élève moyen autour duquel les autres gravitent.

Nicolas donc comme donnée zéro de la petite-bourgeoisie et de son mythe d’harmonisation sociale sous tutelle républicaine (l’école) et d’entreprise (le père petit cadre). Les aspirations sociales ne s’y traduisent plus que par un désir de gravir les échelons. Le père (Kad Merad) se rêve directeur, et quand le vrai patron et sa femme sont invités à dîner, la mère (Valérie Lemercier) travaille son paraître mondain. La soirée tourne au désastre. Regard coincé et lèvres pincées du patron Prevost : la comédie française est paralysée dans les mêmes mimiques pour l’éternité. Si Sandrine Kiberlain en enrichit le casting, ce n’est que pour s’engourdir dans le bon esprit de l’institutrice volontaire. Dans sa vocation de satire, Laurent Tirard réduit les inégalités sociales au dilemme : homard ou raviolis à table ? Un des gags de la séquence du dîner. Kad Merad y perd ses faveurs auprès du patron, mais les retrouve au moment du happy end, quand un bébé est réellement annoncé, et que cette fois Nicolas s’en réjouit. En temps de crise, Le Petit Nicolas est le film de la prospérité par les valeurs sûres, chacun à sa place, chacun y trouvant son compte. Les turbulences des enfants sont certes pour Tirard l’occasion d’un burlesque qui parfois ne manque pas de charme. Ni de drôlerie, comme quand le pion de l’école, désespéré par la lenteur de l’élève, se résigne à copier lui-même les lignes qu’il a données au cancre Clotaire pour un tag qui le visait. Mais ces petites folies ont leur place assignée et ne sont que la récréation du bon ordre bourgeois.

par Olivier Waqué
mercredi 7 octobre 2009


Le Petit Nicolas
Nicolas Tirard

Belgique - France ,  2009

Avec : Maxime Godart (Nicolas) ; Valérie Lemércier (la mère) ; Kad Merad (le père) ; Sandrine Kiberlain (l’institutrice).
Durée : 1h30.
Sortie  : 30 septembre 2009.