Californication  de Tom Kapinos

Tête à queue, tête à claques

Dans un effort désespéré pour fendre l’armure des X-files, le coquet David Duchovny produit pour sa pomme une série à thème sexuel explicite. Il y exerce la profession merveilleuse qui consiste à méditer sur Venice Beach, à deviser en picolant avec un agent chauve, à toucher les dividendes de block-busters, à ne rien enseigner à une classe de strip-teaseuses, à suivre un producteur de rock dans ses virées nocturnes, à jouer les fous du roi dans les soirées de Hollywood, et à y séduire toutes les femmes – son seul défaut étant de ne pouvoir leur résister. Vous l’avez compris : il est écrivain.

Il a bien raison de n’écrire qu’entre les épisodes, entre les pompes avec son coach et les très longues séances chez le coiffeur, car il a fort à faire pour exploiter la nouvelle mine de la fiction télévisuelle américaine : le sexe à cru. Son personnage de provocateur convenable, d’un narcissisme confondant, a pour mission de désamorcer la bombe sexuelle et de lever son interdit en noyant sa puissance d’arrachement dans le grand A petit de la consommation. Le sexe n’en est plus qu’une forme parmi d’autres ; l’érotomanie souriante du héros n’est qu’une addiction à dompter.
À dompter ? Mais pourquoi ? Parce qu’il est animé d’une haute ambition – qu’il partage avec le gentil Dexter et le vampire fleur bleue de True Blood. Il veut conquérir la normalité petite-bourgeoise dont l’a privé son don, être le bon père de sa fille, ado critique, et le bon mari de sa femme, beauté hautaine qui peine à remplir sa bulle en papier glacé. Les saisons se succèdent au gré du fort-da qu’il joue avec la sacro-sainte famille : séparés, ensemble, ensemble mais séparés. Il y a des scènes et des personnages drôles, parfois – dans la saison trois, un confrère énergumène, une actrice porno, un universitaire anglais. Devant Kathleen Turner en nympho bulldozer on a carrément les chocottes. Dans les scènes vraiment scabreuses de nouvelles situations de comédie s’inventent. La séduction obligatoire des femmes est quelquefois réelle.

Mais le défaut congénital de la série, c’est que la scène que l’on attend, celle qui nous venge des minauderies de ce Don Juendre idéal, celle où une piquante jeune fille (qui lui piquera son manuscrit) lui décoche un superbe uppercut en le chevauchant, eh bien cette scène salutaire arrive au tout début. Le conseil que je donnerai à celles et ceux qui n’ont pas de temps à perdre sera donc de s’arrêter au troisième épisode. Au-delà, c’est du vice.

par Pierre Alferi
mercredi 20 janvier 2010

Californication Tom Kapinos

Showtime, 2007-

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