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Fish Tank  de Andrea Arnold

Yes she Kant

6.7

Comme Monument Valley ou les paysages d’élection de n’importe quel genre, la banlieue britannique, fouillée par trois décennies de thatchero-loachisme, devient enfin un décor de cinéma quelconque. Andrea Arnold l’a compris : ce cinéma est désormais retourné à la page blanche, on peut y mettre ce que l’on veut. Le titre, « aquarium », métaphorise le cadre social comme pour boucler d’avance la question. Ceci planté, passons à autre chose. Raconter par exemple une histoire qui tienne à la fois du conte - désenchanté, couleur locale - avec cheval blanc et princesse danseuse de hip-hop, et du sous-texte de conte : sexe omniprésent.

Tension érotique personnifiée en Michael Fassbender, aka Connor, amant de la mère de Mia, l’héroïne ado. Sa présence fait la force du film, une bête sexuelle guettée par Mia, à travers une porte entrouverte quand il couche avec la mère, ou l’écran d’une caméra DV quand il se change devant elle. Les rôles récents de Fassbender ont en commun une insistance à le fouiller au corps. Creusé dans la maigreur pour Hunger, choisi au casting d’Inglourious Basterds pour son dandysme à la George Sanders, et se trahissant dans une séquence d’infiltration par un geste de la main ; ici scruté par le désir en éveil d’une adolescente. George Sanders est forcément un peu mis de côté quand il s’agit de passer de l’aristo au prolo, mais pas tout à fait. Comparé au jargon d’insultes de la mère et ses filles, à leur pesanteur (Mia est danseuse de hip-hop, pas étoile), et même entouré de ses amis fêtards, Connor reste en décalage. Pas tout à fait de la même appartenance. A la fois populaire et charmant, un prince viril.

Le regard de Mia le modèle en tout cas ainsi. Katie Jarvis, la non-professionnelle qui l’interprète, croule sous les louanges. Inutile d’en faire un pataquès, elle assure. Surtout quand il s’agit de jouer le trouble des émois adolescents. Il est rare que la mise en scène d’un regard aussi sexualisé soit féminine, de voir une fille bander pour le corps dévoilé d’un homme. Les prises de vue, instables, caméra à l’épaule, soit le dispositif de rigueur, trouvent un écho dans le regard de l’héroïne. Les personnages débordent le programme, ce sont des animaux sauvages que l’aquarium ne peut pas contenir. D’où les nombreuses escapades à la campagne, point de fuite où se nouent et se dénouent les rapports entre Mia et Connor. Espace de raccord entre la « fiction de gauche » anglaise à bout de souffle et des sujets plus singuliers. Plutôt que réussir une oeuvre vraiment enthousiasmante, Arnold trace quelques jolies pistes. Par exemple encore en transformant la montée mélodramatique de It’s A Free World, l’enlèvement d’un enfant, en une promenade dans les champs. Avant que finalement l’héroïne parte pour le Pays de Galles. Un personnage s’émancipe des codes loachiens et ouvre, peut-être, une voie discrète pour la cinématographie nationale.

par Olivier Waqué
jeudi 24 septembre 2009

Fish Tank Andrea Arnold

Hollande - Royaume-Uni ,  2009


Avec : Katie Jarvis (Mia) ; Michael Fassbender (Connor) ; Kierston Wareing (la mère) ; Harry Treadaway (Kyle).

Sortie le 16 septembre.

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