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Au moment où les cyborgs au sang mercuriel mettent la main sur la tête congelée du docteur Spok pour en extraire la clé du portail spatio-temporel, tandis qu’il coule des jours tranquilles au sommet des Twin Towers manquées par le Ben Laden de sa dimension parallèle, et que l’héroïne les surprend grâce à la mémoire greffée de son collègue mort qu’a rafraichie un grand verre de jus d’asticots, j’ai un peu décroché.

Fringe occupe un créneau étroit – le surnaturel policier des Xfiles –, mais pas assez, car il ouvre la porte à tout le bestiaire fantastique, des aliens parasites aux enfants télépathes, de la combustion spontanée au temps remonté (le générique ébauche une liste), dans un jeu de récupe tous azimuts avoué qui digère même les plus fraîches réussites (Ring, The Host, j’en passe) pour régurgiter dans des intrigues conventionnelles quelques profils de criminels mutants.

Du côté de l’imagerie, la nouveauté, c’est précisément le rendu. Les effets sont souvent inventifs. Les truquistes ont donné une apparence mémorable à beaucoup de fantasmes d’angoisse. Dommage que les scénaristes n’aient pas eu la même liberté.

Car tout le reste est plat. Le grand arc de l’intrigue – un complot biotechnologique aux ramifications extraterrestres – est un zigzag à peine moins abracadabrant que la « vérité ailleurs » des Xfiles. Les noms de lieux flottent en relief dans le paysage comme des zeppelins de métal. Les dieux se reconnaissent à leur absence de système pileux.

Les quatre personnages permanents le sont extrêmement : surcaractérisés, immuables. L’héroïne reste une sympathique anonyme, désaffectée. Le suspense est correct, mais la fadeur des scénarios donne envie de revoir la série fondatrice du genre, la Quatrième Dimension*, entre chien et loup.

Heureusement, l’étrange cas que devront résoudre le savant amnésique et son fils revenu d’entre les morts est présenté par un très court métrage quelquefois digne d’une nouvelle fantastique, avec rebondissements, comédie macabre, mystère maintenu. J’offre un dessin à l’internaute patient/e qui montera bout à bout les séquences prégénériques de son choix. Il ou elle sera l’auteur d’un film captivant.

par Pierre Alferi
lundi 1er février 2010

Fringe J. J. Abrams, Alex Kurtzman, Roberto Orci

Diffusion : FOX, depuis 2008.