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A l’époque où Pixar enchaînait les réussites, on pouvait entendre des choses comme : « l’animation est un processus si lent qu’il augmente votre désir de faire quelque chose d’exceptionnel ». L’innovation technologique de Cars 2 ne tient pas à la conquête du réalisme par les ordinateurs, achevée par Toy Story 3, mais à la réduction considérable de la vitesse de rendu. L’animation n’est plus un processus aussi lent. Conséquence attendue, la qualité des films déchoit implacablement. Les touches d’humour mainstream qui émaillaient les dernières productions (toutous de Là-Haut, trip latino de Toy Story 3) ont pris le dessus, à une vitesse digne des microprocesseurs les plus terribles. Déluge de gags prévisibles, Cars 2 suit les pérégrinations ahuries de Martin la Remorque, embringué malgré lui dans une histoire d’espionnage par des individus plus bêtes encore, incapables de se rendre compte que leur larron est sincère lorsqu’il affirme ne pas être en couverture – parmi eux, une Aston Martin doublée par Michael Caine. Voilà Martin parcourant le monde (Japon, France, Italie, Angleterre) tandis que Flash MacQueen, héros du volet précédent, participe à quelques grands prix en geignant : difficile de trouver dans ces deux héros un dixième de la profondeur qui avait pu être celle du père de Nemo, du grand-père de Là-Haut, ou même des robots de Wall-E, uniques en leur genre, à l’inverse de ces autos toutes sorties de la même usine à toons.

C’est la la première fois qu’une production Pixar souffre de failles répandues dans le tout-venant de la production américaine. Le sidekick du premier épisode devient personnage principal insupportablement bavard ; l’humanité entièrement composée de voitures est surtout une humanité composée de beaufs copiés/collés sur les films vus à la télé ; enfin, l’humour n’a souvent plus rien de léger et ce n’est pas la lourdeur qu’il frise, mais l’amertume. Sorti en 2006, à l’époque du rachat de Pixar par Disney, le premier Cars se faisait métaphore de la compétition entre une jeune automobile puissante et un ancien champion fatigué. Le final symbolisait le début de leur collaboration, présage de la nomination du boss de Pixar à la tête du département animation Disney. C’est bien pour le symbole que John Lasseter avait pris les rênes du cru 2006 : il importait que le premier projet de cette nouvelle ère soit signée du réalisateur de Toy Story, comme il importe aujourd’hui qu’il soit aussi l’auteur du film des 25 ans. Et en effet, Cars 2 a autant de fantaisie qu’une formalité administrative. La technique est encore là, quelques saillies humoristiques font mouche – souvent à l’arrière-plan –, mais l’exigence scénaristique qui faisait de Pixar une machine à Oscars est absente. Plus de story, seulement des toys : elle est ici, la disney-isation, plus que dans l’affadissement des personnages, dans cette reddition à l’idée que le meilleur est passé et qu’il n’y a plus qu’à alimenter un fond de commerce – à venir, un prequel du classique Monstres & Cie, sorti en 2003.

Le générique de Cars 2 révèle le fond de la caisse. Ne sachant plus où chercher, les ordinateurs s’emparent de cartes postales pour les modifier et se donner l’illusion que le monde leur appartient encore, comme à l’époque dorée de l’annexion du réel par les logiciels. Prévu pour l’année prochaine, The Brave numérisera l’Ecosse. Si Pixar n’y retrouve pas un coin de territoire indépendant, il y aura de quoi désespérer.

par Camille Brunel
mercredi 27 juillet 2011

Cars 2 John Lasseter, Brad Anderson

États-Unis ,  2011

Écrit par :Ben Queen, Dan Fogelman, Brad Anderson, John Lasseter.

Durée : 1h52.
Sortie : 27 juillet 2011.

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