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Vu après Utoya, Happy Happy n’est pas gai gai. On découvre ce film norvégien avec l’impression que même un simple vaudeville recèle le début d’une explication envisageable à travers la révélation des mœurs d’un pays que l’on connaît mal. Deux citadins et leur fils adoptif arrivent de Copenhague dans un village du nord de la Norvège. Ils font la connaissance d’une famille rurale ; en particulier de Kaja (Agnes Kittelsen), professeur d’allemand si dépressive qu’elle passe son temps à sourire et ne voit de mauvaises nouvelles nulle part. Happy parce qu’il y a parfois effectivement lieu de se réjouir ; Happy parce qu’il le faut à tout prix, pour oublier le désastre de son ménage. Son mari, Eirik, ne lui fait plus l’amour depuis un an, et son fils semble prêt à suivre les pas de son père dans le chemin de la cruauté quotidienne. Un jeu de société, une pipe au voisin, et le vaudeville s’enclenche, prévisible mais captivant : les pommettes crispées de l’actrice principale dévorent chaque plan, et l’on peut rester scotché devant la possibilité pour un morceau de visage de synthétiser l’enfer d’un microcosme donné. Les acteurs sont donc meilleurs que la réalisation, que la mention d’un prix remporté à Sundance suffit à définir. Rien de bien violent et pourtant.

Scènes à la chorale, scénario échangiste, nous sommes bien dans l’univers banal d’une société de monstres en puissance. Rappelez-vous American Beauty, de l’anglais Sam Mendes : un ancien militaire révélait son homosexualité en se fendant d’un baiser sur la bouche de l’intellectuel libéral incarné par Kevin Spacey ; ce dernier, moins libre qu’il le paraissait, repoussait les avances de l’autre qui, humilié, revenait l’abattre d’une balle dans la tête. Happy Happy rejoue cette scène au détail près : le rural, ancien lutteur, essaie d’embrasser après une séance de jogging le citadin épanoui qui a déjà séduit sa femme, et essuie un refus. On s’attend à le voir revenir armé, à le voir venir rechercher son honneur : rien n’arrive. A l’exception de Kaja, chaque personnage est anesthésié, à l’image de cette campagne toujours couverte de neige. La meurtre final du film américain est évoqué mais ne se produit pas : la petite société se laisse vaguement bousculer par le désir d’une professeur d’allemand frustrée qui, seule, atteint une vraie liberté en quittant son mari. La possibilité de l’extrémisme n’est pourtant pas entièrement ignorée. Le fils du lutteur, infect blondinet, n’a de cesse de jouer à l’esclavage avec un petit Noir adopté. La mère de celui-ci se venge en humiliant le petit tortionnaire. Tout est bien qui finit bien, et un groupe de chanteurs gospel, intervenu entre chaque acte de cette petite comédie, revient passer un vernis de légèreté glaciale sur le générique de fin.

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Agnes Kittelsen

par Camille Brunel
mercredi 27 juillet 2011

Happy Happy Sykt Lykkelig

Norvège ,  2011

Avec Agnes Kittelsen, Joachim Rafaelsen, Maibrit Saerens, Henrik Rafaelsen.

Durée : 1h28.
Sortie : 27 juillet 2011.