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66 mostra internazionale d’arte cinematografica

A comme Antony

Il y a un lien ténu mais signifiant entre Persécution, film de Patrice Chéreau présenté à Venise, et Non ma fille tu n’iras pas danser, dernier de Christophe Honoré actuellement en salles en France. Les deux posent sur leurs dernières images et leur générique de fin une chanson d’Antony and the Johnsons. La voix chevrotante, le piano triste du nouveau Klaus Nomi seraient-elles la bande-son de la mélancolie française actuelle ?
Hélas. La tendance est à l’enlisement, aux tristesses insondables. En partant du choix de musique, on peut déceler d’autres signes qui se répondent du film de Chéreau à celui d’Honoré. Tous deux logent une tragédie cornélienne au creux du quotidien et y implantent des personnages qui, confrontés au choix, n’en font aucun. Désorientation, désolation.

Deux univers a priori éloignés se croisent, fossés générationnel et esthétique enjambés en une citation musicale. Les cinémas d’Honoré et Chéreau n’ont en fait pas vraiment de terrain commun. Entre eux il y a de toute évidence le cadavre du Desplechin des débuts dont ils se partagent les restes. Chéreau reprend les bras et les jambes de La Sentinelle et de Comment je me suis disputé : les discussions entre hommes (la dispute) et avec les copines (la fille juste qui pour cela même devient injuste). Cela se traduit ici en un héros, Daniel - joué par Romain Duris, enfin dans un rôle digne -, drôle de personnage bossant sur des chantiers d’appartements pour en faire des résidences à sa mesure, c’est-à-dire inachevés. Personnage flottant qui passe son temps à souffrir le drame des autres et par conséquent leur renvoie un triste reflet. Cercle vicieux, qui est aussi celui de sa relation avec sa copine (Charlotte Gainsbourg) : amoureux, mais à bout de souffle, sans savoir comment se quitter. Chacun impose ses propres blessures à l’autre, l’en contamine, c’est ainsi que Chéreau définit ici la relation amoureuse ; difficile alors de se séparer de quelqu’un dont les drames nous marquent au corps. Chéreau laisse la cervelle du cinéma de Desplechin : le fond onto-psycho-théo-logique de ses paranoïas, les histoires de famille, de religion, d’héritage. Cervelle que Desplechin avait trouvé dès La Sentinelle, à la lettre : cachée dans la tête d’un cadavre de l’Est, et sujets dont hérite en partie Honoré, justement.
C’est pourquoi Persécution marche comme à pas perdus : hyperactivité du corps, cerveau en sommeil, démarche lourde. On tombe sur l’image inverse de Non ma fille : héroïne privée de sexe, paumée dans une saturation d’idées et d’affects. D’un pôle à l’autre du spectre Desplechin, qui se replie sur le même lyrisme au noir d’Antony, la sensualité de Chéreau est, à la limite, préférable à l’asphyxie d’Honoré.

par Eugenio Renzi
mercredi 2 septembre 2009

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