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66 mostra internazionale d’arte cinematografica

P comme Palmares

TANK

Durant les 12 jours de Venise 2009, le case J de jury est restée vide. Entre temps l’actualité a tourné sous nos yeux ce J en un T (celui du tank de Lebanon, vous allez comprendre pourquoi). Cette case attendait un entretien avec le président Ang Lee. Occasion multiple pour d’une part parler de son œuvre, qu’on admire, et d’autre part de profiter de cette fonction entre guillemets politique au sein du jury pour aborder avec lui la question des festivals, leur fonction, organisation. On a, croyez-nous, tout tenté (sauf l’impolitesse). Via l’attaché de presse, via une amie journaliste d’un site chinois qui fait trois millions de clicks par jour… Une connaissance à la Biennale nous avait assuré le coup. Finalement rien. On était prévenu qu’il ne souhaitait pas rencontrer la presse. On peut le comprendre, la compétition comptait cette année vingt six long-métrages. Décidément trop, même pour le cinéaste qui a bandé les muscles de Hulk. Trop pour nous en tout cas, en dépit d’une infaillible envie.

C’est pour l’heure, une des seules critiques qu’on voudrait adresser à cette belle Mostra. Forte dans l’ensemble, quoique pas tout à fait à la mesure des éditions précédentes (moins de pics, aucun Redacted). Déjà en 2007 et en 2008 on avait pu constater que la distribution des films n’était pas fondée sur une discrimination par genre. Film expérimental, d’auteur, B Z, hollywoodien… tout peut se trouver en compétition officielle. En 2009 cette politique a simplement été radicalisée : Between Two Worlds de Vimukthi Jayasundara en compétition (Cannes l’aurait envoyé à Un certain regard), ou l’étrange Bullet Man de Tsukamoto. Sur le papier, cette politique unique dans le panorama des grands festivals, mérite l’admiration. Elle revient à dire deux choses. D’une part qu’un mode de production en vaut un autre. Et donc qu’il n’y a pas de films mineurs, majeurs, d’auteur, de marge ou de milieu. D’autre part que le seul critère admissible est la qualité. Il y a des beaux et des mauvais film, les premiers méritent d’être montrés, les autres pas. C’est ce que la critique a cessé d’affirmer : voilà les films, le cinéma que nous défendons. Reste le problème des sélections parallèles. Le mieux, pour faire simple, est réservé sans autres critères sélectifs à la compétition. Ailleurs, on trouve inévitablement des ersatz. Le même en moins bien. C’est la faiblesse d’Orizzonti, l’inconsistance de la Semaine de la critique, ou l’incapacité de Giornate degli autori de reproduire l’exploit de son modèle la Quinzaine des réalisateurs. Voilà la limite d’une politique a priori juste (En marge de cet éclectisme on assiste à une normalisation d’un autre type, conséquence de l’avalanche de films. La plupart des longs-métrages s’alignaient sur le format 1h30-2h15. Un film a fait exception : le coréen Café noir, trois heures vingt. Pas une réussite. La mise en place d’un standard pour la durée des films est vieille comme l’exploitation en salles. Les festivals n’ont pas à s’aligner sur cette contrainte).

En pratique, les choses se compliquent. Certains choix restent incompréhensibles. On ne fait pas référence à White Material de Claire Denis, Persécution de Patrice Chéreau, Life During Wartime de Todd Solondz. Des films moyens à mauvais, mais de ceux qui « partagent ». On songe plutôt à Baaria de Giuseppe Tornatore, Il grande sogno de Michele Placido, La doppia ora de Giuseppe Capodonti. Pour ces navets, la seule explication est politique. Tout le monde sait sur le Lido que Medusa, la boite de production du président du conseil, porte bien son nom. Et que Rai Cinema, elle aussi actuellement sous contrôle de Silvio Berlusconi, impose des choix à cette kermesse dont l’existence dépend entièrement de la bienveillance du ministère de la Culture. Ceci est d’autant plus paradoxal que la presse italienne ne cesse de radoter sur le maoïsme de Marco Muller et sur l’hégémonie culturelle de la gauche.

Si on se borne aux a priori, on voit bien la solution qui conviendrait aux questions soulevées ici. Réduire dramatiquement le nombre de films en compétition. Idéalement de la moitié, des 26 actuels (trois par jour, une folie) passer à 13. 12, si on est superstitieux. Cette mesure permettrait une cuisine bien plus démocratique entre sélections ; un menu bien plus ragoutant pour le spectateur ; une compétition bien plus impressionnante. Le risque de se rabattre sur des valeurs sûres existe. Mais il est négligeable, si on admet qu’il donnerait l’opportunité aux sélections parallèles de faire entendre une autre voix. Encore une fois, c’est un raisonnement sur papier qui oublie Medusa, Rai, toutes les lobbies du Cavaliere et d’autres encore. Quand bien même, avec un gâteau moitié moins gros, sa part resterait la même. Quatre films. Sur douze, quelle horreur !

JURY

Revenons-y. Il était composé ainsi. Sergey Bodrov from Russia. À un tout autre niveau, parcours jumeau de celui du président Ang Lee. Un film de guerre ultra-humaniste (Le Prisonnier du Caucase, 1996) lui vaut un Fipresci et un ticket pour les États Unis, où il réalise croûte sur croûte. Sandrine Bonnaire, actrice (il y en a une dans tout jury) du pays des auteurs. Liliana Cavani, ou le pire cinéma politique des années soixante-dix. Joe Dante, l’enfant pervers du Nouvel Hollywood, mi-Argento mi-Spielberg. Anurag Kashyap, qui présentait hors concours Gulaal, pour rappeler que l’Inde n’est pas que Bollywood. Dulcis in fundo, le meilleur pour la fin : Luciano Ligabue. Rocker de Romagne. Très écouté vers la fin des 90’s, il s’est mis à la réalisation en 1998 avec un premier film sur les radios des 70’s. Son cinéma, vu par toute une génération, a fait beaucoup de mal. Représente le lobby des pop stars converties au cinéma, de plus en plus nourri : Madonna l’a rejoint l’an dernier, le styliste Tom Ford cet année avec A Single Man, ici en compétition. Voilà un tour qu’on aurait pu faire en début de festival. C’aurait alors été malveillant de dire qu’à l’exception d’Ang Lee et Joe Dante, on avait affaire à un jury redoutable. C’est maintenant possible. Voici leur palmarès :

PALMARÈS

Lion d’or (meilleur film)
Lebanon de Samuel Maoz
Quand l’évaluation de films ressemble à une chronique olympique : on récompense l’exploit sportif, la sueur sur le maillot. Ici, tenir tout un film dans un tank.

Lion d’argent (mise en scène)
Shirin Neshat pour Women Without Men
Prix à l’absence de.

Prix spécial du jury
Soul Kitchen de Fatih Akin
Sympathie pour ce film moyen qui a fait rire le lido. Oublié de mentionner le commerce de fond du film : raconter la boboïsation d’une ville moyenne européenne, en l’occurrence Hambourg.

Coppa Volpi maschile (meilleur comédien)
Colin Firth dans A Single Man de Tom Ford
Pas vu le film, mais acteur doué, solide, peu exposé. Mémorable Darcy dans l’adaptation BBC d’Orgueil et préjugés par la BBC.

Coppa Volpi féminin (meilleure comédienne)
Kseniq Rappoport dans La doppia ora de Giuseppe Capotondi
Nous ne comprenons pas.

Prix Marcello Mastoianni (meilleur espoir)
Jasmine Trinca dans Il grande sogno de Michele Placido.
Nous commençons à comprendre (voir le passage sur Medusa et Rai Cinema, voir absolument la vidéo de la conférence de Placido hilarante).

Prix Osella (meilleur scénario)
Todd Solondz pour Life During Wartime
Solondz avait ses admirateurs. Difficile en vérité de faire un choix plus détestable, qui adoube le cynisme ringard des 90’s. La compétition des scénarios se résumerait à élire le plus retors.

par Eugenio Renzi
lundi 14 septembre 2009

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