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Cowboys & envahisseurs  de Jon Favreau

Petit Espace

4.1

Jon Favreau fait partie de ces cinéastes comme Bryan Singer ou Doug Liman pour qui faire un film relève plus de l’exercice de style que de l’élaboration d’une « vision ». Cowboys & envahisseurs, c’est avant tout la somme des sommes, le compendium des topoï, une sorte d’encyclopédie du cinéma de genre. Le film s’organise autour de la rencontre du genre classique par excellence, le western, et de son homologue moderne, la science-fiction, les deux grandes épopées de la conquête, de la Frontière de l’Ouest à celle de l’espace. Jake Lonergan se réveille dans la plaine, amnésique, avec un bracelet électronique au poignet qui, il s’en rend compte bien vite, est plus efficace qu’un Colt. Dans une ville en voie de fantomisation, il se fait arrêter à la suite d’une rixe avec le gamin du tycoon local, et découvre à l’occasion qu’il a un passé criminel. Mais les aliens arrivent, brûlent tout et embarquent quelques spécimens d’humanité pour faire des tests dessus. Face à l’envahisseur, une entente cordiale s’instaure entre les différents groupes de la société humaine, qui décident d’aller bouter les étrangers hors des frontières de la planète. L’équipée regroupe tous les clichés de la geste : la bande, constituée d’un prêtre, d’une fille aux yeux étranges, d’un barman en quête d’affirmation de soi, d’un gamin qui va apprendre à être homme, de Harrison Ford en vieux guerrier et du ténébreux et impassible Daniel Craig (grand acteur, d’une matité sublime), rencontre en chemin des outlaws et des indiens qui, d’ennemis, vont tous se retrouver alliés dans la charge finale contre la menace partagée. On pourrait y voir en filigrane l’allégorie de l’union de la Nation contre le danger terroriste ; mais, après tout, le cinéma américain n’a jamais d’autre scénario que cette fondation de l’unité, cette communion de la communauté autour d’un même combat. Le problème n’est pas là.

Il est plutôt dans l’aspect catalogue désinvolte du film. On avait déjà cette sensation devant les deux Iron Man réalisés par Favreau : l’impression d’une sorte de distance ironique creusée à même l’image, un côté joueur dans l’accumulation de clichés, mais version destructrice ou cynique ; comme si Favreau était aussi l’héritier de Tarantino, qui lui-même se revendiquait de JLG. Le jeu allusif de Favreau est facile à décoder : Daniel Craig prend exactement les mêmes poses que Clint Eastwood, Harrison Ford a été recruté parce qu’Indiana Jones lui colle à la peau (et ses déambulations finales dans une grotte sont une claire citation visuelle des films), les extra-terrestres sont calqués sur les Aliens de Cameron tandis que leurs vaisseaux usent de grapins pour attraper les humains de la même manière que ceux de Spielberg dans La guerre des mondes. Les décors sont des caricatures des chefs-d’œuvre des genres, et le film prétend recenser tous les thèmes qui les ont constitués (la filiation, la reconnaissance, le pardon, le salut et la loi). Bref, Favreau force le trait. Mais cette habile jonglerie nous laisse sur notre faim, elle sent trop le beau papier-cadeau fait par un bon élève. Cowboys & envahisseurs ressemble à un devoir des anciennes classes de rhétorique dont le sujet aurait été « Si vous étiez à la fois Ford et Cameron, comment auriez-vous tourné Naissance d’une Nation ? ». Le problème est bien posé, l’introduction en montre clairement les enjeux, l’argumentation est solide, bien exemplifiée, les transitions huilées à souhait, et la conclusion referme l’exercice avec brio. Malgré tout, on en a marre de corriger les copies du bac, et on préfèrerait lire quelque chose de plus consistant.

par Gabriel Bortzmeyer
dimanche 4 septembre 2011

Cowboys & envahisseurs Jon Favreau

États-Unis ,  2011

Avec : Daniel Craig, Harrison Ford, Olivia Wilde, Sam Rockwell

Titre original : Cowboys and Aliens

Sorti : 29 juillet 2011

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