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68 Mostra internazionale d’arte cinematografica

L’autoanalyse de M. Cronenberg

Cronenberg a eu, jusqu’à présent, deux périodes. La première, elle va de Shivers à Spider, était spinoziste. Deleuze semble parler de La Mouche, de Crash, d’Existenz lorsqu’il commente le cinquième livre de l’Ethique. On dit que Spinoza s’amusait à donner des mouches aux araignées car il était persuadé que l’homicide, qui ne convient pas à la matière organisée selon la structure « homme », convient au contraire à cette même matière organisée selon la structure "araignée".
La deuxième période est celle de History of Violence, des Promesses de l’ombre. Le but de Cronenberg était toujours celui de comprendre la liaison entre comportement et matière. Mais son approche devenait plus fragile et risquée. On ne pénétrait plus la psyché par le corps, on s’arrêtait à la surface, essayant de saisir sur la peau des héros les signes de leur vie intérieure.

Dans A Dangerous Méthod, Jung affronte son maitre Freud. Il soigne avec succès Sabine, une patiente difficile, en pratiquant la méthode basée uniquement sur la discussion. Le succès est tel que la patiente devient son assistante. Puis son amante. Cependant, Jung commence à douter et à mettre ouvertement en discussion le dogmatisme de Freud. Il ne conteste pas l’importance de la vie sexuelle dans l’explication des névroses mais veut relativiser l’approche freudienne pour ouvrir la recherche à d’autres aspects. Il quitte le terrain ferme de la matière pour s’aventurer dans celui de la spiritualité. Sabine est liée à Jung par une relation sexuelle sadomasochiste. Et à Freud par le fait qu’ils sont tous les deux juifs. Elle hésite entre les deux. Prend position pour Freud, mais demande à Jung de corriger sa thèse de doctorat.

Le film a laissé perplexe certains spectateurs. Les admirateurs de la première période, de la deuxième, des deux ont trouvé la Méthode étrangement classique. Un film hollywoodien, avec une touche British. Un drame bien mené, un décors et des costumes impeccables, ce n’est pas ce qu’on attend de Cronenberg.
Gêne ici ce que beaucoup de spectateurs reprochent aussi à Garrel. Dans un cas comme dans l’autre il s’agit d’un film qui s’autoanalyse. Mais comme il arrive souvent dans la vraie vie, l’analyste ne dit rien. Il est assis en silence dans un coin. Il n’a pas d’explication, ni de théorie. Il écoute. Là il s’écoute.

Il y a dans ce triangle amoureux et théorique, sexuel et spirituel, une autohistoire. Chaque figure du film, un peu comme dans la Phénoménologie de Hegel, est un moment de L’Histoire. Chaque moment, ou figure, s’autodépasse dans l’autre. Freud, qui représente le vieux matérialisme sensuel de Cronenberg, s’autodépasse dans le personnage lisse et arien de Jung, l’homme tranquille qui cache un sadique. Et les deux s’autodépassent dans Sabine. Sorte de synthèse où la contradiction de deux figures est enlevée et gardée a la fois. Personnage très beau, et rôle très difficile, admirablement joué par Keira Knightley. Chez Sabine on a une véritable schizophrénie. Est-ce que le cinéma de Cronenberg, dorénavant, lui ressemblera ?

par Eugenio Renzi
dimanche 4 septembre 2011

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