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blackie dwards

alias marracash, mecque du cinéma

L’autre jour j’étais à Marracash et je buvais un drink avec Pruno Parde de Private System Incorporated. De temps en temps, de jeunes salariées entraient pour informer Pruno des affaires en cours. Esmeralda, ressert moi un drink tu veux ? Et dis à Couscous de ramener ses fesses. Shad, tu veux un drink ? Je lui dis : Ok. Mais celui-ci est pour Blackie. Je venais de voir sur Slave.fr que Blackie Dwards était mort. J’ai descendu mon drink et transi d’émotion je me suis connecté à mon blog direct sur mon iPazz. Que dire ? C’est parti. Son cinéma est à pisser de rire car on y casse tout. Ok. Il est à l’honneur de la Shadothèque. Quoi d’autre. Merde, j’ai pas mes mémos ni Frank Raubert sous la main. Bon reprenons. Le titre. Coup de génie : « Fin de “Party” pour Blackie Dwards ». Boom.

J’avais fait la moitié du travail. Plus important que Blackie Dwards, il y a l’actualité, c’est-à-dire Pruno. Pruno est bien connu dans le milieu pour être un fanfaron imparable et un être délicieux. Certains affirment que nous avons l’humilité en commun. Pas faux. Qu’il fasse encore un effort sur l’élégance, mais il a ça en lui. Au Morroc, certains le comparent à Jean-François Copé, et le compliment n’est pas volé. Il a l’étoffe des grands, l’étoffe des Shad. Regardez-le vider d’une traite le mot d’indépendance. Inutile de dire que Marracash s’est imposé à lui comme une évidence. Officiellement dirigé par le Prince du Morroc, officieusement géré par le directeur de la Shadothèque locale, le festival a été pratiquement vendu à Private System (ou O’Sistema, comme on dit à Naples).

Pruno, pardonne mon impertinence, mais ta sélection c’est de la piquette. Tu n’as pas reçu la liste que je t’avais adressée ? Impassible, il sirotait son cocktail, une part de Cognac, une part de triple sec, une part de jus de citron dans un verre à Martini glacé sucre garni d’une écorce de citron – un Side-car old school tel qu’on le servait au Ritz de la belle époque. Pruno ? Rien. Trente longues secondes plus tard il éloigne de cinq millimètres le verre de ses lèvres et me parle comme à un abruti : Laquelle ? Tu m’en as envoyé deux. Une commençait avec Oliver Kissmyass, une autre se terminait par Vermuth extra dry. J’ai pris la deuxième. J’avais sous-estimé mon adversaire. Pruno est l’un des hommes les plus sûrs de soi qu’il y ait au monde. Son cynisme le met à l’abri de n’importe quel moralisme. Mais il est aussi complètement con. Ces deux talents, remarquablement soudés dans un seul esprit, conseillent à l’interlocuteur de baisser la tête. Dans la même journée, il avait craché la glace pilée de son Russian Vodka sur un crétin de critique qui lui demandait comment son festival était perçu par les Moroccains. Pas moi. J’ai une répartie incroyable, comme me l’a récemment confiée Laurence Veurte à la sortie d’un film de Fellino. Ah tu me fais plier de rire, Pruno... Puis j’ai sabré rapide, histoire de le prendre à contre-pied : Mais les compari de FranciaUnita n’ont pas mon sens de l’humour, tu sais ?

Pas de réaction. Pruno 1, Shad 0. Mais je ne suis pas homme à m’abattre. Ni une ni deux j’enchaîne, à mon habitude. Cher ami, tu gères ce festival comme on vend des appartements à Ibiza. Ton catalogue ressemble aux pages culture d’EasyJet Magazine. Par comparaison, je ne vole que sur AirTrance. Avoue que tu t’y connais en cinéma comme moi en eau plate. Et ce palais ressemble à une caserne avec quarante singes en costard à toutes les portes, y compris celles des WC. Leur incompétence serait désopilante si les conséquences n’étaient souvent cauchemardesques. Hier soir, quelqu’un a pénétré dans ma chambre et depuis mon Mahrbooq Air a disparu. Pruno tu veux bien baisser le regard ? On dirait Chuck Maurice – autrefois, j’aurais dit Hubert Bogart, mais j’essaie de me mettre aux séries télé récentes, genre celle à propos du chef de la mafia Thierry Supernos, histoire d’être au taquet. C’est Blondin qui m’en a donné l’idée, lui qui a dû en rattraper pas mal pour gérer le dossier à la Revue. Bref. Mon but était de voir Pruno péter les plombs. Shad, Shad... tu m’étonnes. Tu penses bien que c’est moi qui ai fait voler ton AirMaq. Il fallait rester impassible mais sans le vouloir, mes glaçons ont tinté. Pour moi, c’était un coup de tonnerre. Eh bien tu manques complètement d’élégance. Et tes gorilles sentent mauvais. Ça à la Shadothèque ? Jamais. En pointant un des indigènes au hasard, je me suis aperçu que c’était en fait un de mes employés, maquillé comme Pierre Pfellers dans The Teuf. Pruno observait mon regard perdu. Puis il m’a lancé un grand sourire. Il avait tout mis en scène pour moi ! Sacré Pruno. En voilà un qui a le sens de l’humour et sait comment amuser ses amis.

Tout énervé, je n’avais pas vu qu’il avait aussi repris mon texte sur Blackie Dwards. J’en ai renversé mon drink de joie. Une de ses remarques était fulgurante de sensibilité : The Teuf a été réalisé en 1968, comme l’année. Il y a une similitude entre les deux événements. Les deux commencent par un décor gâché et du grabuge partout. Mais en fait il s’agit d’une gigantesque blague, avec cette idée que le comique consiste à faire table rase et puis aller boire du champagne dans une grande villa pour le reste du film. Blackie, ta leçon pourrait bien, un jour, être ma propre épitaphe, mon propre « salut l’artiste ».

par Shad Teldheimer
lundi 20 décembre 2010

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