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Cinéclub #0

Ceci n'est pas un film  de Jafar Panahi

Juillet 2011

Le 7 juillet, grâce à Kanibal Films, Independencia amène au Cinéma du Panthéon Ceci n’est pas un film de Jafar Panahi, pour sa seconde projection française après celle du festival de Cannes. Cette séance se déroule dans le cadre du festival Paris Cinéma ; elle inaugure un cycle de projections mensuelles au Cinéma du Panthéon, chaque dimanche matin à partir du mois de septembre.

Depuis notre départ du CENTQUATRE, nous cherchons naturellement où organiser de nouvelles projections et rencontres. À partir du mois de septembre, le Cinéma du Panthéon abritera des matinées de projections imaginées par Independencia. L’opportunité s’est présentée d’inaugurer ce cycle avec la projection du non-film de Jafar Panahi. Un film parfait pour cette séance, tant Panahi semble à sa place au Panthéon : c’est un auteur reconnu dont le nom pourrait figurer comme c’est le cas de beaucoup d’autres au dos des sièges de cette salle à deux pas de la rue Soufflot.

On le sait, Panahi a récemment été condamné à six ans de prison et d’interdiction d’exercer son travail. Il s’en est suivi une mobilisation, notamment à travers une lettre ouverte que Rafi Pitts a adressée au chef de l’État Iranien. La ville de Paris et le festival Paris Cinéma ont été ravis de soutenir cette bataille personnelle et politique.

Panahi n’est pas l’un de nos auteurs favoris. Avant la séance cannoise, on ne croyait qu’à moitié à ce film tourné rapidement et arrivé en France sur une clé USB fourrée dans un gâteau ou un bout de pain – les versions de la légende divergent, il semble qu’il s’agisse simplement d’un cas de contrebande officielle. On s’attendait à un petit pamphlet réclamant bienveillance pour ses conditions de fabrication. Nous avons vu l’un des films les plus forts de l’année.

Avec sa tournure prise à Magritte, la phrase du titre aurait pu paraître maligne : elle est heureusement littérale. Rafi Pitts nous avait dit, lors d’un entretien vidéo que Panahi, son ami et collègue, était le plus provocateur parmi les cinéastes iraniens. Ce titre est en effet une provocation lancée aux autorités : attention, je ne brise pas l’interdiction de tourner puisqu’il ne s’agit pas d’un film. Alors que de toute évidence il l’est. Ou bien ? Qui peut dire avec certitude que ceci est / n’est pas du cinéma ? Les autorités iraniennes ? Le public ? Quelques critiques barbus (et pas nécessairement iraniens) ? Transportée en France, cette question ne perd rien de son actualité esthétique et politique.

Peut-on faire un film dans n’importe quelle condition ? Est-ce que la contrainte imposée par la justice iranienne, tout comme celle qu’avait voulu s’imposer autrefois le Dogme, peut être retourné à l’avantage de la création ? Nous ne gâcherons pas ici la découverte – un débat aura lieu dans la salle à l’issue de la projection.

Ceux qui ont vu Pater d’Alain Cavalier y repenseront sans doute en voyant Ceci n’est pas un film. Les deux posent une question similaire : la plus grande liberté ne viendrait-elle pas de la plus grande maîtrise ? Les deux ont quelque chose d’un théorème. Mais la démonstration de Panahi procède d’une puissante ironie. Ceci n’est pas un film est en effet l’histoire d’un échec. Un échec miraculeusement renversé en réussite : sans que cela soit prévu ni même espéré, la possibilité d’un film est apparue. C’est un geste fort, pour Panahi et pour le cinéma iranien dans son ensemble, de l’écouter et de s’en saisir.

par Eugenio Renzi, Antoine Thirion
jeudi 7 juillet 2011

Ceci n'est pas un film Jafar Panahi

Avec : Jafar Panahi, Mojtaba Mirtahmasb

Durée : 1h15mn

Sortie : 28 septembre 2011

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