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Voici, semble-t-il, la série dont ont rêvé les cinéphiles des années 2000. En 2149, la Terre est calcinée. Les villes flottent sous un ciel ardent. Les gouvernements semblent autorisés par le désastre écologique à faire valoir un malthusianisme rigoureux. Une famille modèle, père policier, mère médecin, vit dans la peur qu’on lui enlève son troisième enfant. C’est ce qui arrive un soir ; ne pouvant réprimer sa colère, le père est jeté en prison. Par un stratagème conjugal, il réussit deux ans et trois minutes plus tard à s’en évader pour rejoindre les siens à la porte d’un conduit spatio-temporel. Récemment découvert, celui-ci doit mener la population urbaine du XXIIe siècle à Terra Nova, colonie bâtie à 85 millions d’années dans le passé, où la civilisation se donne la chance et la responsabilité de renaître en connaissance de cause. Ce pont jeté depuis l’avenir dans la préhistoire nourrit depuis longtemps le présent cinéphile. Primitivisme hi-tech, science-fiction préhistorique, il a déjà reçu mille oxymores à travers l’examen de films majeurs tels que La Grotte des rêves perdus, Oncle Boonmee ou Avatar pour prendre les plus récents. Nouvelle série superproduite de la télé américaine dont le pilote vient d’être diffusé, Terra Nova donnera-t-il l’occasion de prolonger la liste ? Peu probable.

Le monde qui s’ouvre de nouveau à l’humanité ressemble à toutes les colonies du Moyen-Orient, forts du Far West, réserves indiennes de l’Histoire du XXe siècle : c’est un cercle clos surmonté de vigies où la population adulte place l’exigence de sa protection, tandis que l’adolescente fait le mur pour découvrir la faune et la flore qu’on lui dérobe ; une prison dorée dont personne – sinon l’ennemi – ne questionne l’utilité – et le fait que la critique est d’emblée qualifiée d’ennemie n’est pas le moindre problème. On imagine quelles merveilles l’extérieur pourrait receler. Mais elle-même obsédée par son pré carré, la série passe vite sur ces beautés possibles – ou peut-être se les réserve-t-elles pour plus tard. D’emblée, c’est la guerre ; nous sommes chez Steven Spielberg – qui produit – pas chez James Cameron. Le conflit est multiple. Des dissidents nommés Sixers menacent la confiance aveugle de la population de Terra Nova en leur commandement militaire. Des dinosaures prédateurs ruent dans les brancards, arrachant d’un coup de patte ou de gueule les humains trop hardis. Toute un pénible bestiaire spielbergien offrant notre Histoire au développement de métaphores simplistes imbibées de nostalgie familiale. Jurassic Park, Minority Report, La Guerre des mondes désormais à portée de télécommande.

Comme beaucoup de séries, celle-ci combine un pôle aventurier et un pôle administratif. Le second, pétri de psychologie naine et de familialisme morne, risque vite de tourner court. Le premier réserve sans doute quelques splendeurs. Leur conjonction sera sans doute le clou de chaque épisode. Dans le premier - un pilote d’1h30 valant deux épisodes - des ados s’étant aventurés hors des limites de Terra Nova, dans la jungle et les rivières, sont acculés dans un tank par une meute de dinosaures féroces. L’armée et les pères viennent à leur secours et offrent de belles images de forêt vierge tremblant sous le poids de tyrans préhistoriques harponnés par les rayons verts des viseurs des mitraillettes. C’est aussi beau qu’un son et lumière au Château de Versailles. Mais trop peu pour oublier l’étrange raccourci d’une terre prétendument neuve à une rance Terre Promise.

par Antoine Thirion
lundi 3 octobre 2011

Terra nova Kelly Marcel, Craig Silverstein

États-Unis ,  2011

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Production : 20th Century Fox Television et Dreamworks Television pour Fox
Première

Producteur : Steven Spielberg

Créateurs : KM, CS

Avec : Jason O’Mara, Stephen Lang, Shelley Conn, Landon Liboiron, Naomi Scott, Allison Miller.

Diffusion d’origine : 26 septembre 2011 – en production

Format : 45mn