JPEG - 75.8 ko
spip_tete

The Descent: part 2  de Jon Harris

Après vous

The Descent, premier du nom, jouait intelligemment de la psychologie féminine, et enrobait ses débordements gores d’un décor cheap mais suffisamment freudien pour ne pas avoir besoin de justifications géologiques, les abîmes des grottes tenant lieu de mise en abyme du sexe féminin – cri primal en sortant de celui-ci à l’appui –, ce qui tirait le film vers une sorte de Voyage Fantastique à la Fleischer : exploration des pulsions profondes comme de l’anatomie secrète. Jon Harris, qui prend la succession de Neil Marshall, introduit des hommes dans la grotte, ce qui a pour conséquence d’ajouter aux nombreuses ombres planant sur son film celle de la saga Alien, dont chaque épisode rejoue une guerre des sexes autant qu’un jeu de massacre. Une sorte de parité dans l’ordre des victimes est également tentée, intention ruinée par le twist final. Dans le premier épisode, des femmes se faisaient dévorer par des créatures aveugles (comprenez : asexuées), or The Descent 2 s’achève sur la révélation d’un homme, archétype américain du violeur (chemise à carreaux, casquette, vieilles chaussures) - et responsable des créatures.
Lorsque les sauveteurs découvrent un caméscope, ils l’allument : l’image numérique occupe soudain l’intégralité du cadre. En plus de copier une scène de Jurassic Park 3 (Johnston, 2001), voilà aussi The Descent 2 dans l’ombre de Cloverfield, auquel il pique l’idée du night-shot comme élément de suspense, étendant la trouvaille de l’apparition des puces géantes au plafond du métro new-yorkais à de nombreuses autres scènes. La caméra se fait outil pour fouiller l’obscurité, champ : un liseré blanc entoure deux personnages dans le noir. Contre-champ : l’écran du caméscope révèle une pièce vide et verdâtre. Ce n’est pas une métaphore, juste un procédé. L’affiche du premier Descent inventait une étrange distinction dont on comprend à présent mieux le sens : « Il y a des films d’horreur. Et il y a des films qui font peur » annonçait-elle, et Marshall de se ranger dans la seconde catégorie, qui semblait l’emporter sur la première en proposant une frayeur plus directe, plus primaire. Cela tendait simplement à réduire la qualité du frisson pour en augmenter la quantité : « Il y a la nourriture qui a bon goût. Et il y a la nourriture qui nourrit », en somme. Ici les poussées d’adrénaline sont donc à consommer comme des Skittles, et ne nécessitent aucune préparation scénaristique. D’où l’intérêt d’avoir confié la réalisation à un monteur de formation, capable de faire sursauter le public par une simple manipulation du décalage entre son et images, avec des centièmes de seconde plutôt qu’une angoisse construite sur la durée. Une jeune fille ensanglantée, un gros chien noir, avec un bon coup de ce fameux cluster d’orchestre, font dès lors l’affaire. Ce n’est pas tant le son que le bruit qui effraie dans The Descent 2, par-dessus des images toujours rongées par le noir. Eclairer un film à la torche eût été une idée intéressante à condition d’éviter les éclairages Projet Blair Witch, quant aux plans où les personnages sont réduits à la lumière de leur casque – « Your lamp is your life » – ils fonctionnent au début, lorsque l’on s’imagine encore que le gros plan qui suit ne fera pas automatiquement surgir un monstre du noir laissé derrière.
Le silence reste le point fort du film. Ces bêtes souterraines, ainsi que le rappelle opportunément la rescapée du premier, « are blind. They track sound ». Lorsque la mémoire lui revient, c’est sous la forme d’images silencieuses, horrifiques mais qui, dénuées du cluster d’orchestre, ne provoquent aucune peur. Elles illustrent la loi imposée par le volet précédent selon laquelle le silence, contrairement à d’autres films d’horreur, est ici un élément rassurant plus qu’angoissant. La peur, c’est le bruit ; sans les bruitages, le film ne ferait même pas frémir le meilleur public du monde. Juste vomir le meilleur public du monde, phobique des rats, de la noyade, du noir et de la claustration. « It’s just your mind, playing tricks », remarque l’héroïne. Vous pensez avoir peur, vous êtes juste soumis à quelques trucs imposés à votre esprit. « Go down with style », « Ready for a ride ? », ces phrases qui réduisent le film à un tour de train fantôme y soulignent surtout l’absence d’aucune autre ambition que celle de remonter un peu d’or à la surface du box-office.

par Camille Brunel
jeudi 22 octobre 2009

The Descent: part 2 Jon Harris

États-Unis ,  2009

Avec : Shauna Macdonald, Natalie Jackson Mendoza, Gavan O’Herlihy.

Durée : 1h33mn.

Sortie : 14 octobre 2009.

Accueil > actualités > Après vous