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John Carter  de Andrew Stanton

CROQUER LA POMME-C

3.2

Andrew Stanton, capitaine de génie des deux plus belles productions Pixar – Le Monde de Nemo et Wall-E – délaisse ses Eden aquatiques et intersidéraux pour le désert. John Carter, soldat émérite de la Guerre de Sécession, erre de l’Arizona à l’Utah, où furent tournées les scènes martiennes de cette saga dans laquelle Edgar Rice Burroughs, en 1917, rêvait de civilisations anthropomorphes sur la face cachée de la planète rouge. Après Voyage au Centre de la Terre 2, nouvelle adaptation tirée de la littérature populaire fin XIXe-début XXe, avec l’incroyable suspension d’incrédulité qui l’accompagne, où la donnée de base séduit parce qu’elle est absurde, parce qu’elle repose sur des paradigmes scientifiques devenus poétiques tant ils sont datés. Non seulement il y a de la vie sur Mars, mais il y en a plusieurs formes : les « Therns » (méchantes choses chauves surtout jouées par Mark Strong), les « Tharks » (bêtes à cornes, à six membres et en images de synthèse) et les « humains » (pas beaucoup moins bêtes, en guerre civile et costumes désespérément fantaisistes). Stanton délaisse l’apesanteur de l’eau et de l’espace pour un monde où la gravité fait mal. Finis la légèreté et le cartoon. Quand c’est Disney qui mise 250 millions de dollars, les choses deviennent sérieuses. À l’exception d’une scène de slapstick au début lors de laquelle John Carter s’évade à plusieurs reprises du bureau d’officier où il est convoqué, rien qui ne ressemble pas à quelque chose d’autre. Vient une jolie scène pendant laquelle le héros découvre, sur fond de musique de fête foraine, ses capacités à effectuer des bonds fantastiques, puis ces bonds virent au plagiat d’Ang Lee. Par la suite, rien qui ne soit pas la duplication d’autre chose.

John Carter est dédié à Steve Jobs. Le vrai J.-C. de l’informatique, c’est lui ; celui qui a multiplié les pains, les dollars, et les employés chez Pixar. L’inventeur grâce à qui les ordinateurs ont pu reproduire le monde dans sa complexité, mais aussi et surtout dans son absence de diversité. John Carter ou la duplication à l’infini des créatures numériques. Dans cet Eden qu’est Mars, la duplication vire à l’épidémie. On duplique les armées, les bêtes. Puis les films. La liste est longue de ce que John Carter n’invente pas, mais copie/colle. Les codes de la série B, du serial ou du pulp, sont acceptés sans broncher : sensations d’enfance, sensations de spectateur d’Avatar, sensations de spectateurs de vieux films, voire même de séries récentes, puisque l’on retrouve Ciaràn Hinds et James Purefoy dans le rôle de deux patriciens extra-terrestres, soient Jules César et Marc-Antoine de la série HBO Rome diffusée il y a quelques années – une troisième tête d’affiche de la série, Polly Walker, incarne même une alien de synthèse. Le casting constitue l’une des grandes difficultés du passage de l’animation au live : Brad Bird, avec Mission : Impossible 4, avait plutôt bien réussi son coup (Léa Seydoux, Jeremy Renner, Tom Cruise et Simon Pegg étaient tous très bons).

Chargé en allers-retours, le scénario embrouille le spectateur n’appartenant pas à la catégorie geek pour finalement respecter scrupuleusement le cahier des charges de n’importe quel blockbuster vaguement épique. On aura une idée de l’ennui qui peut être celui du spectateur en ajoutant qu’en plus de ne rien proposer de différent de ce qui a été vu au cinéma ces dix dernières années, John Carter ne propose rien de plus que ce que sa bande-annonce en révèle. Un prologue inutile va même jusqu’à gâcher à une vitesse faramineuse l’effet de surprise qui aurait pu être celui du spectateur découvrant en même temps que le héros, ou faisant mine de les découvrir en dépit de la campagne marketing, les merveilles de design que pouvaient être les vaisseaux spatiaux martiens. Dommage, tant le début, western en 3D, ne manque pas de charme. Tout a été déjà vu, certes, et acceptant les codes de la série B, Stanton ne cherche pas vraiment à étonner ni même à innover – juste à honorer une commande, celle du studio, celle de ses souvenirs de lecteur. Lors de l’un de ces allers-retours scénaristiques entre une ville fantasmagorique et une autre, John Carter se plante et conduit son armée dans la mauvaise. L’un des aliens de synthèse lui colle une petite tarte derrière la tête. C’est le moment le plus juste du film.

par Camille Brunel
vendredi 9 mars 2012

John Carter Andrew Stanton

États-Unis ,  2012

Avec : Taylor Kitsch (John Carter) ; Lynn Collins (Lynn Collins) ; Rôle : Dejah Thoris (Samantha Morton) ; Samantha Morton (Sola) ; Willem Dafoe (Tars Tarkas) ; Dominic West (Sab Than) ; Mark Strong (Matai Shang) ; Thomas Haden Church (Tal Hajus) ; Ciarán Hinds (Tardos Mors).

Durée : 2h 20 min.

Sortie : 7 mars 2012.

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