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34e Festival du Réel

Notes finales : vendredi 30, samedi 31, dimanche 1er

Billet #11

Billet #11

Notre corps est une arme (Combattants #8) , Clarisse Hahn, trilogie (en voie de développement) composée de : Prisons, 12min ; Gerilla, 19min ; Los Desnudos, 16min.
7.3

Espoir-Voyage, de Michel K. Zongo, Burkina Faso-France 2011, 81h 22min, (Compétition premiers films)
8.0

Après le silence (Ce qui n’est pas dit n’existe pas ?), Vanina Vignal, France-Roumanie 2012 , 1h35min. (Contrechamp français)
7.0

Recuerdos de una manana, Jose Luis Guerin, Corée du Sud 2011, 0H 45 min, (News from...).
8.0

Billet #10

Tiens Moi Droite, de Zoë Chantre, France 2011, 1h04min. Contrechamp français.
5.2

Bachelor Mountain, de YU Guangyi, Chine 2011, 1h35min. News from...
6.5

Billet #9

East Hastings Pharmacy, Antoine Bourges, Canada, 2011, 0h46min. (Compétition internationale)
4.0

East Punk Memories, de Lucile Chaufour, France, 2012, 1h20min. (Contrechamp Français).
4.0

Billet #8

River Rites, Ben Russell, États-Unis, Surinam, 2011, 11min.
8.5

Two Years at Sea, Ben Rivers, Grande-Bretagne, 2011, 1h 28min.
6.9

Autrement, la Molussie, Nicholas Rey, France, 2011, 1h 21min.
Non noté

Billet #7

Five Broken Cameras, Emad Burnat et Guy Davidi. France, Israël, Palestine 2011.
8.0 (Compétition premiers films).

Billet #6

Les Hommes de la Baleine, M.R. France, 1956, 26 min.
8.5

Vive la Baleine, M.R. France 1972, 17 min.
7.2

Mario Ruspoli : prince des baleines

Florence Dauman, France, 76 min
(pas de note)

Billet #5

Orquestra Geraçao

Filipa Reis et Joao Miller Guerra, Portugal 1h 03min
6.1 (Compétition internationale)

Henri Hudson and his son, Federico Pezdirc, Espagne 0h 20min
3.8 (Compétition courts).

Dusty Night, Ali Hazara, Afghanistan, France 0h 20 min.
5.9 (Compétition courts).

Earth, Victor Asliuk. Biélorussie, 0h 33 min.
7.6 (Compétition courts).

Billet #4

Kako sam zapalio Simona Bolivara [The Fuse : Or How I Burnt Simon Bolivar], Igor Drljaca, Bosnie Herzégovine, Canada 2011, 9 min. (Compétition courts)
6.3.

Découverte d’un principe en case 3, Guillaume Massart et Julien Meunier, France, 2012, 0h59min.
5.0 (Contrechamp français).

Billet #3

Soreiyu no kodomotach [Children of Soleil], Yoichiro Okutani, Japon 2011, 1h47mn (Compétition internationale premiers films).
3.8.

Billet #2

Dochters, Marta Jurkiewicz, Pays-Bas, 2011, 23’, (Compétition courts-métrages).
5.3.

L’Oiseau sans pattes, Valérianne Poidevin, France-Suisse, 2011, 65’, (Contrechamp français).
7.7

Billet #1

Snow City, Tan Pin Pin, Singapour, 15’, 2011.
4.2

Automne, Dmitri Makhomet, France, 26’, 2012
4.5

Los Animales, Paola Buontempo, Argentine, 8’, 2011
7.0

Four Months After, Yuki Kawamura, Japon/ France, 12’, 2011
6.3

Combattants #2 : La decisión de vencer, Guillermo Escalón, Salvador, 63’, 1981
5.5

Bestiaire, Denis Côté, Canada, 72’, 2012, (Compétition Internationale).
7.7

Billet #0

A nossa forma de vida, Pedro Filipe Marques, Portugal, 2011, 91’
6.0

Guérir les blessures...

par NL

Notre corps est une arme (Combattants #8)
Clarisse Hahn, trilogie en voie de développement de composée de : Prisons, 12min ; Gerilla, 19min ; Los Desnudos, 16min.

7.3

Trésors du Réel : les rares mais précieux coups d’oeil sur des travaux en cours. L’année dernière, Underground Rock Stars, de Lech Kowalski, étonnant « something » [sic.] fait d’images prélevées sur 500 heures de rushes filmés en coulisse de la scène punk américaine. Cette année, Notre corps est une arme fige le travail passionné de Clarisse Hahn en pleine transformation. Comme l’eau, l’élément-cinéma passe d’un état à l’autre. Notre corps est une arme fut une installation, qui se fait triptyque en Réel, et semble se déformer déjà pour devenir autre chose, s’étendre et s’épandre, agréger la matière.

Il y aurait long à dire sur un si court programme. Notre corps est une arme brandit mille questions, et certaines sont urgentes. De ces deux jeunes femmes turques, anciennes grévistes de la faim dont il ne reste plus qu’une ombre, jusqu’aux desnudos mexicains marchant nus dans les rues pour réclamer des terres, au travers des fragments de guerre filmés par les rebelles kurdes, sans qu’ils sachent vraiment ce qu’ils voulaient en faire, l’assemblage fonctionne à plein, fait sens. Dans l’Histoire et hors l’Histoire, où tous les rebelles se ressemblent. Dans les yeux, remontant le courant d’images jusqu’à leurs sources, multiples et dissemblables, balbutiant ou criant dans des langues étrangères leur conscience éphémère d’être ce qu’elles sont.

Hors réseau, la première vision. Le visage d’une femme qui n’a plus d’âge, émacié, à peine tenu sur l’ossature. Sous la peau fragile, un mouvement qui ne cesse pas, voudrait en vain passer les lèvres, ne fait battre que les paupières, frénétiquement. Cela gène, cela dérange. Qu’a-t-elle donc, cette femme ? Que n’a-t-elle plus ? Sa grève de la faim, interrompue juste avant terme, ne lui a laissé qu’une demi-vie. Handicapée physique et mentale, elle ne dit rien pendant de longues minutes. Peut-être, se dit-on, ne parle-t-elle plus. Peut-être n’a-t-elle plus de mots que pour ce qui importe.

Le mouvement passe enfin la barrière des lèvres. Sans hésitation, sans tremblement aucun, il frappe mot après mot l’absence de tout regret, la justesse de la cause. Brûlant sous les paupières qui battent, le regard reprend toute sa force, et c’est presque insoutenable. Toutes les images disparates de Notre corps est une arme ploient et s’unissent sous le joug du tyran. Les portes s’ouvrent.

Espoir-Voyage
Michel K. Zongo, Burkina Faso-France 2011, 81h 22min, (compétition premiers films)

8.0

La mort, encore. Joanny, le frère du réalisateur, parti travailler en Côte d’Ivoire et jamais revenu au pays. Tous le disent, pourtant, même ceux qui sont partis depuis des lustres : il faut y aller. La tête haute, autant que faire se peut, et l’argent plein les poches, pour la famille, un peu pour soi. La part du rêve est floue. Joanny est parti et, dix-huit ans plus tard, n’est toujours pas revenu. Son frère, Michel, n’en sait pas plus. Il part à son tour, en quête, caméra en main, filmer là où le pas de Joanny pesa, creusant au sol une empreinte éphémère. Il cherche une certitude – car il n’est pas certain de la disparition de son frère – et un portrait tissé de témoignages, comme un portrait-robot.

Joanny avait disparu bien avant de mourir. Cette disparition les guette tous. Il faut les laisser partir pourtant, car le voyage fait l’homme. Celui de Michel Zongo tient aussi de l’initiation, mais elle se fait derrière la caméra, et dans l’ombre d’un mort. Le voyage n’est pas sûr : en témoigne cette longue prière d’avant le départ, dite à voix forte dans la chaleur du bus, comme on la dirait dans les embruns d’une mer peu clémente, sur un bateau léger. Et tandis que le bus transperce les espaces, la nuit semble mystique. On ignore qui l’on trouvera, en Côte d’Ivoire. Peut-être est-il trop tard pour la cueillette aux témoignages, trop tard, beaucoup trop tard, pour ces retrouvailles posthumes avec Joanny.

Dans l’ombre du mort, celle d’un vivant, et la seconde quête : Augustin, le cousin de Michel et de Joanny, qui a transmis la nouvelle. Là-bas, en Côte d’Ivoire, Augustin à son tour semble disparaître. Sa mère, restée au pays, n’a plus de nouvelles. Juste avant son départ, Michel la filme, les yeux rivés sur l’objectif, adressant un message à ce fils dont les traits s’estompent, là-bas, en Côte d’Ivoire. Augustin sera filmé à son tour, en train de voir sa mère, et répondra, pour que sa mère puisse à nouveau le voir. Aussi simple que forte dans les symboles intemporels dont elle se pare, la quête des vivants seconde celle des morts et l’éclipse perd presque de son urgence : cette disparition-là peut encore être conjurée.

...de ceux qui ne sont pas morts

par CB

Après le silence (Ce qui n’est pas dit n’existe pas ?)
Vanina Vignal, France-Roumanie 2012 , 1h35min. (Contrechamp français)

7.0

Vanina Vignal intervient : « S’il y a des places à côté de vous, dite-le ! Y a des gens qui ne peuvent pas rentrer ! » Ce film lui tient particulièrement à cœur : elle y enregistre le témoignage d’une amie d’enfance ayant grandi sous Ceauşescu. Quête de ce que recèle un regard, toujours. Où est la dictature, où sont ses séquelles, dans les yeux verts de cette jolie femme de 40 ans que l’on voit, interviewée ici, là adolescente sur des films de famille exhumés entrecoupant les séquences de réminiscence. Où est la dictature dans les yeux de la jeune femme qui embrasse Kevin Costner, sur une poignée de photogrammes de 1985 ? Il y a aussi ce moment où une vieille photo s’affiche sur l’écran de cinéma : elle représente une grand-mère fatiguée tenant sur ses cuisses une fillette fixant l’objectif. Le plan est long, immobile. Quatre yeux sur l’écran, 200 dans la salle. Chiens de faïence. L’effet est proche de celui que produisaient les yeux d’animaux dans Bestiaire. On se sent regardé, profondément. Quelque chose se passe, quelque chose passe. Le silence est complet. Ces quatre yeux ont vu la dictature, une étrangeté triste que sonde Vanina Vignal, jamais dupe de ce qui reste tu : derrière les intervenants, un miroir rappelle souvent qu’une face cachée demeure. Les yeux sont les héros de ce film-ci : arrêts sur image sur le regard perdu dans le vague d’un grand-père rescapé des travaux forcés, de l’héroïne embrigadée dans un film de propagande. Cela serait peut-être trop en dehors du contexte de ce traité des regards qu’est Après le Silence.

Après le silence se garde de verser dans le discours politique. Tout au plus est-il question de la façon dont les Roumains ne parlaient pas politique à l’époque où celle-ci constituait une blessure. Passionnante interview d’une pré-ado en 2012 : pour se libérer du passé, elle n’en parle pas, elle non plus. Pour ne pas sombrer dans une colère aliénante qui la rattacherait malgré elle à un passé dont elle ne veut pas, la gamine n’en dit pas un mot. Trois silences, donc : celui de l’époque, celui du témoignage, celui de la fillette. Le silence au passé, au présent, au futur, toujours employé dans un seul et même but, éviter de toucher à la plaie. Passée la dictature, le peuple roumain continue de se plaindre, raconte la jeune femme. Incapables de prendre leur vie en main, les individus ne furent pas plus heureux lorsqu’ils acquirent des libertés dont ils ne savaient que faire. Dernier plan du film : deux femmes identiques se suivent. Deux modes de vie. Des clones. Les motifs de la semaine précédente continuent d’affluer : comment ne pas penser à la passivité des habitants de Corbeil-Essone dans La Cause et l’usage, individus dépolitisés se réjouissant d’avoir un petit père pour les prendre par la main, et qu’un simulacre de démocratie satisfait.

Recuerdos de una manana
Jose Luis Guerin, Corée du Sud 2011, 0H 45 min, (News from...).

8.0

Recuerdos de una manana est le troisième volet d’un triptyque financé par le festival de Jeongju – les deux premiers ont été confiés respectivement à Claire Denis et Jean-Marie Straub. Dans la rue où habite Guerin, à Barcelone, un violoniste s’est défenestré. Celui-là même qui apparaissait, flou, à la fenêtre de chez lui lorsque – faites comme si on avait résisté ici à la tentation d’évoquer Fenêtre sur Cour – Guerin filmait le passage des saisons sur l’immeuble face au sien. Belle intro, plans étonnamment courts, moins d’une seconde, montage de jours de pluie sur les feuilles vertes, de branches nues, de soleil, accélération du temps jusqu’à la mort. Il est question ensuite de fabriquer une image moins floue de ce violoniste à partir des récits de riverains, ceux qui ont découvert le cadavre, ceux qui l’ont entendu s’écraser, ceux à qui il avait parlé de ses projets funestes. Filmer pour guérir : c’est aussi le désir d’Espoir/Voyage où la caméra traverse le Burkina en quête d’un cousin perdu, d’un frère mort, d’une réconciliation entre une mère et son fils.

De Lisbonne dans A Nossa Forma de Vida, en ouverture de notre festival, à Barcelone, pour cette dernière séance, un même projet esthétique : saisir tous les plus beaux reflets d’un endroit donné, tout le magnifique bazar d’ombres sur les tomettes, les visages qui s’enchassent dans les immeubles de part et d’autre d’une vitre. Et que les gens se reflètent les uns les autres. Que les histoires se reflètent sur les visages, aussi. Les effets du récit du mythe d’Orphée sur les traits incroyablement expressifs d’une fillette comptent parmi les plus belles escales de ce festival. Il prend fin ce soir pour nous, tandis que Guérin évoque une dernière fois ses voisins – prononcez avec l’accent catalan ses « voix-sans » – et son simple « plaisir de cadrer ». Ce qu’il y avait sans doute de plus réel, cette semaine.

Palmarès du 34ème Festival Cinéma du réel 2012

Grand Prix Cinéma du Réel : AUTREMENT, LA MOLUSSIE de Nicolas Rey (France)

Prix International de la Scam : EARTH de Victor Asliuk (Biélorussie)

Prix Joris Ivens : VANISHING SPRING LIGHT de Xun Yu (Chine, Canada)

Mention spéciale du Prix Joris Ivens : A NOSSA FORMA DE VIDA de Pedro Filipe Marques (Portugal)

Prix du court métrage : DUSTY NIGHT de Ali Hazara (Afghanistan)

Prix des Jeunes : EAST PUNK MEMORIES de Lucile Chaufour (France)

Mention spéciale du Jury des Jeunes : LA CAUSE ET L’USAGE de Dorine Brun et Julien Meunier (France)

Prix des Bibliothèques : LA CAUSE ET L’USAGE de Dorine Brun et Julien Meunier (France)

Mention spéciale du Prix des Bibliothèques : HABITER / CONSTRUIRE de Clémence Ancelin (France)

par Camille Brunel, Noémie Luciani
mercredi 4 avril 2012

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