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9e festival du cinéma de Brive

Dimanche 15 avril

Billet #4

Ce qu’il restera de nous, de Vincent Macaigne - Palacios de Pena, de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt - Angst, de Graça Castanheira.

« Je regrette de ne pas vivre au XXIIe siècle. » - GC.

Avant d’entrer dans la salle pour Palacios de Pena , j’attends à l’extérieur que se finisse la projection de Ce qu’il restera de nous , film de Vincent Macaigne sorti le mois dernier et qu’Independencia avait défendu. Une télé diffuse les images de l’intérieur des salles, je guette donc la case de l’écran qui correspond à la salle 3. Je reconnais, malgré la faible résolution de l’image, la scène d’interminable fureur de Laure Calamy. Par moment le son s’échappe de la salle de projection, jusque dans le hall. Petit personnage que je vois s’agiter sur le mur, et dont j’entends la voix percer les portes par instants. Le film s’est changé pour de bon en mise en scène de Macaigne : j’ai vraiment l’impression que l’actrice est à l’intérieur du cinéma, sur scène, et qu’une caméra retransmet la représentation pour le retardataire que je suis.

Dans Palacios de Pena , deux adolescentes s’endorment sur les cuisses d’une grand-mère tyrannique et rêvent ensemble de deux hommes se caressant mutuellement la verge en gros plan. Ce film portugais, dont les réalisateurs n’ont pas 28 ans, souffre globalement de ce genre de « métaphores métaphoriques », de ces transpositions permanentes du réel en images poétiques. Non seulement la narration s’en trouve inutilement obscurcie, non seulement ces images impromptues sursignifient la formation artistique des deux réalisateurs (insert sur un poney dans la neige, un hélicoptère dans le couchant, un cargo dépassant un voilier…), mais elles mettent à distance des personnages qui ne sont que pures figurines plastiques, manières de composer le plan ou d’ordonner les signes. Barrages, châteaux, balcons, puits, toute architecture ayant la majesté d’un palais révèle une exigence formelle qui pouvait très bien se passer des inserts humoristiques sur le cul des actrices, et autres détails de ce genre.

Je poursuis dans le cinéma portugais pour ma dernière séance. Angst , de Graça Castanheira, documentaire écolo, tente de traduire le monde actuel en matières premières – ce qui réduit la majeure partie de la civilisation occidentale à un pullulement d’animaux dans un univers en pétrole. Le ton est angoissé, le titre l’indique. Ce n’est pas forcément une bonne chose. Dans sa quête des fondamentaux, Castanheira ramène son film au même rang que les voitures qu’elle filme à l’usine, qu’une symphonie de Schubert ou un satellite envoyé dans l’espace : œuvres humaines indistinctes. La source de l’angoisse est surtout à chercher ici. Le recul que prend la réalisatrice a parfois tendance à annuler ses intentions. Lors d’un plan de Monument Valley recouverte d’ombre, la voix-off souligne : « si je me tais, ce plan aura du sens ». Etrange manière de déconstruire le comportement humain, de ramener à sa matière première son travail de monteuse : du silence et de l’imagination avant tout. Castanheira se prend finalement à son propre piège et termine sur un plan de fumée recouvert de Schubert très beau, très parlant, mais résumant trop lourdement son propos.

Le palmarès me parvient par sms au compte-goutte pendant mon retour en train (merci à Emmanuel Pujol, fandecinema.com). Breillat et Lautréamont emportent la mise : Boro in the Box est lauréat du prix du jury jeunes et du grand prix Europe (deux fois 1500€). Le jury jeune remet également une mention à Glorious Accidents , que je n’ai pas vu. Ce qu’il restera de nous et Mauvaise fille , vilain garçon remportent ex aequo le prix Cine+ et bénéficieront d’une diffusion sur CinéCinemas. Les deux autres grands lauréats sont La Vie Parisienne , prix du public assez attendu (1500€) et surtout Nos fiançailles , grand prix France-Brive 2012 (5500€ de prestations offertes). Que films comiques et films choquants aient eu du succès ne surprend guère. Ce qu’il faudra retenir en revanche de cette 9e édition du festival de Brive, c’est la double réussite de Boro . Breillat et Lautréamont emportent la mise. Ce qui n’est pas pour déplaire à votre serviteur. On ne secouera jamais assez le spectateur, et Maldoror est la meilleure dynamite au monde.

Films vus (ordre de préférence)

Boro in the Box
, de Bertrand Mandico
Catherine Breillat, la première fois, de Luc Moullet
Les Chasses du Comte Zaroff, d’Ernest Schoedsack
La Maladie Blanche, de Christelle Lheureux
La Vie Parisienne, de Vincent Dietschy
Et ils attrapèrent le bac, de Carl Dreyer
Vilaine fille, mauvais garçon, de Justine Triet
Nos fiançailles, de Lila Pinel et Chloé Mahieu
La Grève des ventres, de Lucie Borleteau
The Alphabet, de David Lynch
The Grandmother, de David Lynch
Midsummer Night, de Hiba Vink
Bagni 66, de Luca et Diego Governatori
Woton’s Wake, de Brian de Palma
The Trap, de Peter Watkins
Ce qu’il restera de nous, de Vincent Macaigne
Papa, d’Umut Dag
Complet Six Pièces, de Pascale Bodet
The Medic, de Mark Gestorfer
Les Llunes de Galileu, de Quimu Casalprim i Suarez
Sweetness, de Lisa Bierwirth
Alpi, d’Armin Linke
Angst, de Graça Castanheira
Days of Grass, de Tomas Kaan
Palacios de Pena, de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt
Sur le départ, de Michael Dacheux
Et ils gravirent la montagne, de Jean-Sébastien Chauvin

par Camille Brunel
dimanche 29 avril 2012

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