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Festival de Cannes 2012

Imagine

Film d’ouverture

Entrons directement en matière par un film. Celui choisi en ouverture du festival nous y invite. Vous avez peut-être entendu parler du pitch de Moonrise Kingdom, ou vu la bande-annonce qui circule depuis déjà plusieurs mois. Il y est question de la fugue d’un scout et de la jeune fille dont il est amoureux. Les héros de Wes Anderson font l’inventaire des armes et des objets à leur disposition, dessinent des schémas et des cartes : ils détaillent leur programme avant de passer à l’action. Avant de parler de ce que W.A entreprend, on peut à notre tour répertorier son équipement : un jeune garçon, habillé en scout, émule de John Lennon époque Imagine ; une jeune et jolie fille, boudeuse, émule de Françoise Hardy, avec de beaux cheveux longs faits pour accueillir des marguerites. Une île qui recèle une forêt sauvage, un climat humide et orageux, une crique. L’année 1965, une famille américaine de la même époque. Un flic.

Avec ça, Anderson raconte une histoire et propose une morale. L’histoire est celle d’une double fugue. Le héros, scout, échafaude la première fuite pendant un an. Il invite la jeune fille aux beaux cheveux à le rejoindre dans son aventure, elle accepte. Ils passent deux journées ensemble, dont une entière sur la crique. Cette première rébellion échoue. La famille, le flic et l’armée des scouts les rattrapent. On pense alors à Monika, à l’été de liberté de deux amants que la société va finalement réintégrer dans ses rangs. Pas tout à fait. La première évasion inspire les camarades de camp du héros. Ces mêmes camarades, complices de leur première capture, décident de libérer le jeune couple et organisent une nouvelle escapade, cette fois-ci collective. Les détails du film énumérés plus haut ne relèvent pas seulement de l’imaginaire, mais d’une manière propre à Wes Anderson de décrire une époque et de dessiner une morale. Avant la révolution de masse, il y a une révolte individuelle, qui échoue sur le plan personnel mais s’érige en vertu d’exemple, inspire un récit. Récit qui émeut et enthousiasme ceux qui lui étaient à première vue hostiles.

Cette morale s’applique bien au cadre, celui des Etats-Unis encore insouciants du milieu des années soixante. Le film sort pourtant aujourd’hui, en France, et donne le coup d’envoi du festival de Cannes. Ceux qui le découvrent ici en tirent naturellement une leçon pour eux-mêmes.

Il y a quatre ans, deux critiques quittaient leur vieille famille et fondaient une revue. La liste des projets était longue. Trois ans plus tard, il est encore temps de dresser un bilan. Cannes est aussi un anniversaire. Avant de voir le film d’Anderson, on aurait pu se dire que le résultat était moins éclatant que celui de Federer ou Nadal mais plus rassurant que celui de Richie Tenenbaum. Quelques lieux ont été visités, quelques textes ont été écrits, quelques films défendus, qui se sont imposés. Lapalissade : le verre à moitié vide est aussi à moitié plein.

Moonrise Kingdom invite à regarder cette histoire sous un autre angle. À ne pas mesurer la réussite d’une entreprise à l’aune de l’objectif que l’on avait fixé au départ mais selon sa capacité à devenir une histoire qui se lit et se raconte. Une équipée qui peut être imitée et rejouée. Pour échouer à nouveau, pour échouer encore, pour échouer mieux.

par Rédaction
mercredi 16 mai 2012