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Festival de Cannes 2012

Rengaine

Le show de Rengaine commence sur la scène où l’équipe vient présenter son film : Rachid Djaïdani remercie tout le monde dans un style de slameur. Façon de déplacer d’emblée le curseur d’une rengaine sociale vers une représentation poétique de la jeunesse française. Le début du film promet réalisme et éparpillement. Slimane (Slimane Dazi), bad guy à la gueule prématurément usée, part à la rencontre de ses frères, ainsi que de sa petite sœur Sabrina (Sabrina Hamida), qui a annoncé son mariage avec Dorcy (Stéphane Soo Mongo), comédien à la recherche de castings. En bon grand frère, Slimane s’oppose à son union avec un non-arabe. Rengaine multiplie des scènes très courtes, plongées dans le quotidien de la capitale. À première vue, l’ambition est de faire, moins qu’un film, un peu de roue libre, un bout à bout de bavardages, de négociations, de prises de tête, modèle tchatche copyright Kechiche.

On navigue donc entre intérêt et agacement. La salle ainsi encanaillée est hilare, il leur en faut peu. Le problème est que Rengaine est un faux petit film ; il enrobe son réalisme dans la cochonnerie démonstrative des films standardisés. Slimane aime une fille, elle est blanche ; en cours de film, au détour d’une conversation, on apprend qu’elle est aussi juive. Opportunisme du scénario. Retour de la rengaine, la vraie, celle qui consiste à étiqueter à la manière d’un communicant retors. À fleur de peau, avec l’énergie comme seul mot d’ordre, le regard n’a au fond rien de sympathique – c’est déjà celui d’un petit juge écrasant tout sur son passage. Au milieu du film, Slimane obtient un flingue, avec lequel pense t-on, il décide de tuer Dorcy. Dans le plan suivant, celui ci est kidnappé, puis enfermé dans une salle, nu sur une chaise, pour être torturé. La scène invraisemblable se termine par le « coupé ! » d’une caméra amateur. Le détail révèle grossièrement, non pas l’âme d’un sale gosse, mais plutôt celle d’un esprit malin qui retrouve dans la bidouille un mauvais naturalisme en vogue ces dernières années. Nous parlons évidemment de Donoma de Djinn Carrénard, remercié au générique. De son budget prétendu de 150 euros, qui sous l’héroïsme de la marge visait surtout la légitimation et la récupération par le milieu. Sans la même escroquerie publicitaire, il semble que l’attrait de la poésie et du théâtre de rue, le verbiage et l’anarchie urbaine et amoureuse aient fait des émules chez les jeunes réalisateurs français. Qu’ils se méfient : à force de chantonner les mêmes refrains, ils risquent fort de transformer leur prose musicale en vilaine soupe.

par Thomas Fioretti
mercredi 23 mai 2012