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Festival de Cannes 2012

Doucement, sûrement

« America is not a country. It’s just a business. Now the fuck pay me ! » La dernière réplique donne la morale comme le titre le ton. « I like to kill them softly » : une heure plus tôt, le même Cogan concluait par ces mots une longue tirade sur l’assassinat comme le film en est plein. Discours sur discours sur discours, Killing them Softly tente d’annuler sa dette envers Tarantino.

En off, dans un coin, la télé toujours allumée diffuse en boucle les meilleures phrases de la campagne qui se déroule en parallèle, celle qui opposa en 2008 « l’Amérique forte » à celle du « changement ». Les affiches des deux candidats sont déchirées dès le début, et du discours de victoire d’Obama il ne restera à la fin que l’invitation, obligatoire, au grand rassemblement de la nation derrière le drapeau. L’idée est simple comme un propos de comptoir : les États-Unis n’ont pas changé, mais seulement échangé un président contre un autre. Tout est affaire de contrat, et lorsque, crise économique oblige, l’argent ne circule plus, il faut bien se résoudre à faire un peu de troc. Un tueur n’est plus disponible ? Qu’on prenne celui qu’il recommande ! Un coupable n’est pas idéal ? Qu’on en tue un meilleur s’il le faut ! Pas de quoi s’énerver, prenons le temps de marchander.

Les gros bras sont du genre pragmatique, ils votent républicain ou rien. Leurs idées ne volent pas très haut, mais il leur est permis depuis Les Soprano de les exprimer à haute voix. Ce n’est peut-être pas un hasard si Johnny Sack et Tony échouent tous les deux ici sans pouvoir pourtant se retrouver. La discussion aurait peut-être dévié sur le temps passé, leurs déceptions et même leurs regrets respectifs, et contredit la leçon de l’histoire : quelque chose a bel et bien changé, et l’on ne croit plus que les scénarios soient seulement les prétextes de démonstrations de force. Il serait déplacé d’attendre des applaudissements pour s’être montré plus malin qu’une simple série B et avoir osé, une fois de plus, dérouler la mécanique.

par Martial Pisani
mercredi 23 mai 2012

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