JPEG - 170.6 ko
spip_tete

Men In Black 3  de Barry Sonnenfeld

Un malheureux concours de circonstances

3,8

Budget grotesque pour succès assuré et stars réticentes – 250 millions de dollars –, réactivation de vieilles images, dépoussiérage bâclé de la musique d’origine : à l’exception de quelques étrangetés du scénario, Men in Black 3 est plus proche du clone rachitique Men in Black 2 que de l’original sorti en 1997. Celui-ci était une variation pleine de poésie sur le mode du film d’espionnage. Tandis que la plupart des franchises, passé le premier épisode de découverte, s’orientent vers d’autres aventures, Men in Black 2 joua la carte de l’amnésie pour proposer à nouveau une histoire d’initiation, celle de l’ancien guide, K (Tommy Lee Jones) par son ancien pupille, J (Will Smith). Scénario malade, climax tourné en catastrophe en studios après l’annulation des scènes prévues au pied des Tours Jumelles, ce second volet souffrait surtout d’un chien parlant horripilant, simple gag dans le premier épisode, redevenu aujourd’hui caméo muet - c’est toujours ça de pris.

Histoire d’initiation, encore et toujours. A la faveur d’un voyage dans le temps, J et K se retrouvent tous deux débutants. De cette bonne idée, Sonnenfeld ne tire pas grand chose, à peine quelques scènes de comédie attendues. Men in Black 3 est de ces films que l’on attend de voir commencer, dont le prologue paraît s’éterniser, et qui atteignent leur générique final tellement tôt qu’on n’a même pas songé à s’endormir. Particulièrement radin dans sa mise en scène, le film étire mollement son scénario jusqu’à un finale sur la rampe de lancement d’Apollo 11, gros machin numérique à en attraper la nausée qu’une multitude de travellings impossibles achèvent de déréaliser. Le méchant du premier épisode, fermier possédé par une blatte géante brillamment incarné par Vincent d’Onofrio, ne trouve toujours pas de successeur à sa hauteur. L’antagoniste ici n’a, pour retenir un peu l’attention, que l’une des images de synthèse les plus perverses de l’année : la paume de sa main s’ouvre comme une grosse vulve dentelée pour laisser s’échapper une sorte de redoutable araignée caparaçonnée autonome. Ces idées gentiment dérangeantes étaient légion en 1997 ; en 2012, on sent bien que les designers étaient occupés ailleurs.

Ce troisième épisode ne pêche pas vraiment parce qu’il agace ou parce qu’il pose, juste du fait de son extraordinaire nonchalance, mutation paresseuse du flegme des débuts. A l’exception de Josh Brolin, qui fait de son mieux dans le rôle du jeune agent K, les têtes d’affiche cachetonnent. Des vaisseaux extra-terrestres envahissent la planète : trois petits plans et puis s’en vont. Un voyage dans le temps et des bifurcations temporelles inspirées par Fringe : l’occasion d’un peu de tourisme, une révélation tire-larmes, retour au bercail – on attendait beaucoup plus de l’intrusion dans l’univers 60’s de la science-fiction. Un personnage secondaire se révèle symptomatique de ce détachement. Habillé en clochard au bonnet péruvien, véritable tache entre les hommes en costard, cet alien très serviable est l’une de ces rustines scénaristiques par excellence des films de SF, déjà employée sur le malheureux quatrième Indiana Jones : l’être interdimensionnel, coquille vide à laquelle on prête toutes les connaissances et toutes les habiletés. Celui-là prédit l’avenir en fonction des détails. La présence ou l’absence d’un papillon indique par exemple laquelle de ses prophéties va s’accomplir. Un pourboire donné ou non décide de la destruction de la Terre par un astéroïde, ou de son salut. Censés depuis toujours sauver le monde à son insu, les hommes en noir se retrouvent à sauver le monde à leur insu, à eux. La mise en abyme, figure fondamentale de la saga, anéantit le mal que s’est donné le film et en dit long sur la valeur réelle de ces 250 millions de dollars de budget. S’il suffit d’un pourboire pour sauver le monde, à quoi bon les rétrofusées et les pistolets, les coups de poings et Apollo 11 ? Les coulisses apparaissent, le discours des scénaristes hollywoodiens réfléchissant à leurs options narratives. Quand ceux-ci en viennent à piocher dans leur propre expérience pour raconter des histoires, ce n’est jamais très bon signe ni pour le film, ni pour les acteurs, et encore moins pour le réalisateur, Barry Sonnenfeld, dont on n’avait jamais franchement admiré le style, mais qui perd ici jusqu’à son sens de l’humour et de l’étonnement - qui reste-t-il pour se surprendre encore de découvrir une limace géante derrière un tablier ?

par Camille Brunel
mardi 29 mai 2012

Accueil > actualités > critique > Un malheureux concours de circonstances