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Festival de Cannes 2012

Carnet de notes

A Perdre La Raison - Joachim Lafosse (2)

Un certain regard

Le duo d’acteur du Prophète plongés dans une entreprise naturaliste et psychologique ; Dequenne en femme étouffée par la famille. Performances d’acteurs contre chronique de l’enfermement et de la dépression : personne ne gagne, tous assommés par un récit fermé de deux pénibles heures. TF, MP

Laurence Anyways - Xavier Dolan (4,2)

Un certain regard

Tentative de film sérieux. Grande insistance sur la normalité. Le héros, Laurence, est un David Bowie d’à côté. Courageux, pompeux, de mauvais goût. Meilleur Dolan, so far. Pas du tout un film derrière lequel on a envie de se ranger. ER

Augustine (Alice Winocour) 4.5

Semaine de la Critique

Une histoire de cure puis de cul : Augustine, une jeune femme de chambre devient le cas privilégié du docteur Charcot (Vincent Lindon), il se sert d’elle de manière double. Cas politique : démonstration spectaculaire pour gagner la renommée du monde de la science. Cas physiologique : elle ne peut que guérir par le sexe. Faiblesse du propos du film : elle et lui se libèrent par la chair, lui de sa frustration sexuelle née des rapports inexistants avec sa femme (Chiara Mastroianni), elle de sa maladie par le plaisir. Cinéma du cas pathologique qui avance à vue, lentement. Décors, costumes, signalent le repli du premier film. Influence des poses et des gestes de la maison close de Bonello, et surtout du Kechiche de la Venus Noire : avec une différence fondamentale de retenue dans le regard sur la jeune fille, bien plus doux que les yeux accusateurs de ce dernier. TF, ER

Adieu Berthe (ou l’enterrement de mémé) - Bruno Podalydès (4,9)

Quinzaine des réalisateurs

Attention, tour de magie : un film de 1992 est présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes 2012. C’est drôle, non ? Non. TF, MP

Method to the Madness of Jerry Lewis - Gregg Barson (5)

Sélection officielle - Séance spéciale

Thierry Frémaux rend hommage à Robert Benayoun devant une salle comble. La production américaine est venue en masse applaudir les sponsors qui ont permis de faire aboutir en trois ans un banal bonus DVD. Lui salue l’Amérique, qui reconnait enfin en Jerry Lewis le cinéaste que les amateurs hexagonaux ont toujours vu en lui. Eux remercient la France de son attention aux propos de l’homme le plus drôle du monde, "le seul qui ait su réunir tous les âges". En écoutant leurs congratulations, ma jeune voisine de droite comprend trop tard que le documentaire n’évoquera pas Jerry Lee Lewis. Témoignage exemplaire de l’entente cinéphile franco-américaine, définitivement placée sous le signe du malentendu. MP

Sur la route - Walter Salles (5)

Compétition officielle

Walter Salles poursuit son grand projet : laver de leurs pêchés les héros romantiques du siècle dernier. Kerouac même combat que Che Guevara, il n’a que faire de violence et de politique ; il aime la liberté comme les catholiques aiment l’amour. Tout jeune, tout propre et tout timide, Sal va s’encanailler avec Dean et tenter de finir en même temps Du Côté de chez Swann. Il aura un peu de mal, il est plutôt cinéphile – du genre à traverser les Etats-Unis pour retrouver les images d’Into the Wild, My Own Private Idaho et bien sûr Easy Rider. Il aimerait vivre au présent, mais ses aventures sont financées par des mécènes nostalgiques d’un monde qu’ils n’ont jamais connu : Nathanaël Karmitz et Roman Coppola. Des noms trop signifiants pour faire de bons héros. MP

Lawless - John Hillcoat (5,3)

Sélection officielle

Trop de personnages à présenter, d’accessoires à placer. Le décor est encombré de stars (même le scénariste, Nick cave, en est une) et les stars de leurs costumes et de leurs ecchymoses. Pour ne pas abimer son gilet, Tom Hardy imite Tommy Lee Jones et ne bouge que les yeux. Shia Leboeuf, propre comme un sou neuf, veut parader devant sa petite amie mais, joli détail, il a oublié d’enlever l’étiquette qui orne encore son col. Alignement d’affrontements au sommet, Lawless est comme l’adaptation d’un synopsis trop chargé, le squelette d’une série télé dont on aurait conservé que les multiples climax. Le meilleur du film est dans ses sommaires, bandes-annonces d’un show qu’on ne verra jamais, d’un récit volontiers mythologique qui n’aurait pas à feindre la fièvre pour maintenir éveillé. MP

A Musica Segundo Tom Jobim - Nelson Perreira Dos Santos, Dora Jobim (5.9)

Sélection officielle - Séance spéciale

Le ministère de la Culture a fait le déplacement avec la famille. Le documentaire sur le trésor national est non seulement autorisé, mais recommandé. Le principe en est aussi simple que séduisant : réunir, suivant l’ordre chronologique des tubes, les enregistrements vidéos de leurs interprétations les plus diverses. L’unité est assurée par la seule compilation, sans voix off, interviews ni incrustations. Les images parlent et la musique se prête à toutes les traductions, les chansons font le tour du monde et traversent les âges. Le générique de fin fournit malgré tout les notes utiles au néophyte : Antônio Carlos "Tom" Jobim peut se passer de commentaire mais apparemment pas de légende. MP

Une famille respectable - Massoud Bakshi (6,3)

Quinzaine des réalisateurs

Un prof revient en Iran après 22 ans d’exil. Œil précis et vif ; montage qui fait ressurgir les spectres de la guerre Irak-Iran. Quelques lourdeurs. Mais assujetti au regard calme et clairvoyant de son héros, le film mérite une vision. TF

La Part des anges - Ken Loach (6,5)

Compétition officielle

Ken Loach affiche son ambition sans détour : transformer le feel-sorry en feel-good movie. Le scénario est sans faille ni suspense, et le plaisir est celui du programme bien rempli. Le whisky est une métaphore claire sinon transparente : celle d’une recette qui ne craint pas de vieillir, qui s’améliore même en se démodant. MP

Paradis : Amour - Ulrich Seidl (6,9)

Compétition officielle

Loin de la masse de fonte annoncée, presque léger. Presque, pas assez : on aimerait que le film soit plus petit, plus carré encore. Problème de format, pas de morale. MP

The Paperboy - Lee Daniels (7,1)

Un certain regard

Troisième film américain de la compétition, troisième film à avancer masqué, déguisé, grâce ici à un casting en lui-même passionnant. L’ouverture propose un témoignage en guise de récit cadre, une enquête sur une enquête menée déjà quelques années auparavant. La reconstitution historique et policière tourne vite court, faute de faits établis et nouveaux. Impossible pourtant de patienter jusqu’à ce que la vérité éclate d’elle-même, comme l’y invite le journaliste acharné qui entraîne son petit frère dans l’aventure sans issue, il faut bien clore le dossier et remplir le contrat, quitte à inventer et à abandonner en route un peu du respect qu’on se doit. A cette exigence du gratte-papier, le livreur de journaux, véritable “paperboy”, va répondre malgré lui. Sous ses yeux peu exercés, l’investigation se transforme en un récit d’initiation inattendu, véritable éducation à la laideur, apprentissage de la vulgarité. MP

In Another Country - Hong Sang-soo (8,5)

Compétition officielle

Hong en grande forme. L’un de ses meilleurs films. Le modèle n’est plus Rohmer mais Resnais période Providence. Impossible d’écrire à chaud sur un film aussi simple et nuancé à la fois. 20 bonnes heures de maturation nécessaires. AM

11.25 Le Jour où Mishima a choisi son Destin - Koji Wakamatsu (8,8)

Un certain regard

Relation détaillée des dernières années de la vie de Mishima et de ses plus proches disciples, le film de Wakamatsu semble clore une tétralogie entamée en 2004 avec Landscape the Boy saw, et poursuivie avec United Red Army et Le Soldat-Dieu. Le Japon revenu de la guerre est toujours à la recherche de fierté et d’indépendance, mais ses héros n’obtiendront la célébrité qu’au prix de leur condamnation. Nouvelle confrontation des deux images qui dominaient les trois volets précédents, la vue du mont Fuji, au loin, et le portrait de l’empereur, jamais affiché, 11.25... pose l’équation insoluble de la manière la plus simple. Au pied de l’emblème touristique du pays, une jeunesse nationaliste rêve et s’entraîne à redonner à celui qui n’en veut plus une autorité divine et une armée prête à se sacrifier, vouant son action à l’échec qu’elle voulait dénoncer. La dernière scène formule l’hypothèse : l’histoire de cette après-guerre toute entière aurait été celle, sanglante mais digne, d’un désarmement sans fin. Sans doute le film le plus impressionnant du festival. On en reparle. TF, AM, MP, ER

Mekong Hotel - Apichatpong Weerasethakul (9)

Sélection officielle - Séance spéciale

Hier après midi, dans la salle du 60e, AW a présenté son dernier film, une nouvelle réussite. Retrouvailles sur le bord Thai du fleuve qui traverse l’Indochine. Un ancien ami de Joe joue de la guitare. Improvise en mode mineur un requiem qui, par moments, évoque le Delta blues du Mississippi. Une femme raconte son passé. La guerre civile. La propagande. L’entraînement militaire des villageois. L’arrivée des Laotiens. Revient avec douceur, par une parole calme et paisible, un passé non réconcilié. Des spectres hantent l’hôtel. L’eau coule calmement à côté. Étrangement proche de Film Socialisme : mouvement incessant des hommes, mouvement incessant de la nature. Très distant aussi : à la dialectique de Godard, Joe oppose un autre mouvement : pas celui d’un grand bateau où le monde est à bord mais celui des motos d’eau qui labourent la rivière ; chacune sillonnant des trajectoires diverses, dessinant un parcours où le Mekong s’imprime pour l’effacer aussitôt. ER

Il était une fois en Amérique - Sergio Leone

Cannes Ciné Classics

Version restaurée par la fondation Scorsese et la Cinémathèque de Bologne. Vingt minutes de scènes retrouvées. De Niro et Woods, présents sur place, ont dit quelques mots de circonstance. Le film est magnifique. Il résiste au temps. Il résiste (exploit) aussi à cette restauration absurde, qui ajoute des scènes virées par Leone dont le film n’avait vraiment pas besoin. Les producteurs américains avaient, Leone vivant, charcuté le film et distribué aux États-Unis une version courte et montée chronologiquement. Aujourd’hui, ils ajoutent des scènes inutiles et des flashbacks gênants. Hier et aujourd’hui : une même logique commerciale les guide. Alors qu’une version "final cut", si on voulait restaurer quelque chose, existait : la copie européenne, dont Leone était très content. ER

par Rédaction
lundi 28 mai 2012

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