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Belle épine  de Rebecca Zlotowski

Moto-entretien

7.1

Rebecca Zlotowski fonce à tours de manivelle vers le marais du jeune cinéma français : fringues d’époque, motos d’époque, visages d’époque. Vire à la dernière minute et s’en va. Assez loin quand même

De toute façon, la même règle vaut pour la totalité du « jeune cinéma français ». De Dolan jusqu’à Garrel (Louis), de Letourneur jusqu’à Quillévéré, tous (les bons pas moins que les mauvais).

Ce fil, comme tout fil, a sa trame. Mais on ne se perdra pas dans les brins, allons vite à l’essentiel. A force de dire que les jeunes ne s’intéressent pas à la politique, certains bons élèves se sont mis à travailler le dossier. Je n’en dit pas plus sur le résultat (cela a déjà été fait, ici et là). Juste un mot sur ceux qui réussissent leur coup. Garrel, par exemple. Dont le Petit tailleur (le film, le héros) coupe, ou tente de couper, les ponts avec le métier de son vieux. Ce n’est pas anodin que ce soit le même Louis qui campait, pour la caméra de son père, l’amour après la Révolution. Et d’ailleurs tout cela a été noté, mais aussitôt liquidé en disant que Garrel (encore Louis) est "garrellien". Il l’est. Mais en ce sens : que la politique (l’Histoire, si l’on veut) est chez lui, tout comme chez son père, un horizon qui ne cesse pas de disparaître. On dit qu’elle a bel et bien disparu, la politique, chez Garrel, chez Louis. Vrai, mais faux. C’est comme en physique, parfois l’existence d’une certaine particule n’est observable que par un phénomène inverse : l’incroyable légèreté de Garrel (oui, encore Louis) témoigne plus que toute image ou parole que des jours ont existé, jadis, on ne sais plus bien quand, où la vie été bien (trop) lourde. Une tournure bazinienne vient à l’esprit. Avant Garrel (Philippe) la question sur la jeunesse était : comment est-il possible qu’ils aient survécu à leur Révolution ? Et il était clair d’emblée qu’une fin s’annonçait là, mais aussi que cette fin allait être un long sursis. Une promesse de mort pas moins qu’une condamnation à vivre, après tout. Après, c’est Louis, et la question devient : comment survivons nous sans cette condamnation ?

Vous trouvez que je ne parle pas assez de Belle épine. Certes. Mais dans un tout autre paradigme, Rebecca Zlotowski cherche la même chose. Pas une moto. Pas une perruque. Pas une époque vintage. Elle cherche à donner du temps à un temps particulier. Celui d’un sursis post-traumatique. Son film est par ailleurs volontairement a-politique. Très loin d’une sociologie et d’un contexte repérables. Et donc, à sa manière, très actuel.

Tout cela pour introduire à ce court entretien ou moto-entretien, comme on on s’est plu à l’appeler. L’exercice est, de toute évidence, un jeu. Un jeu dont le dispositif (caméra embarquée, etc...) se veut d’ailleurs on-ne-peut-plus distant du film de Rebecca (heureusement : la critique n’a aucun intérêt à ressembler à son objet).

par Eugenio Renzi
mercredi 10 novembre 2010

Belle épine Rebecca Zlotowski

France ,  2010

Avec : Léa Seydoux (Prudence Friedmann) ; Anaïs Demoustier (Sonia Cohen) ; Agathe Schlencker (Maryline Santamaria) ; Johan Libéreau (Franck) ; Guillaume Gouix (Reynald) ; Anna Sigalevitch (Frédérique Friedmann) ; Michaël Abiteboul (Gérard) ; Marie Matheron (Delphine) ; Marina Tomé (Nelly Cohen) ; Carlo Brandt (Michel Cohen).

Durée : 1h20
Sortie : 10 novembre 2010

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