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#5 pause

As Ondas
22’, Miguel Fonseca 7.9

The Meaning Of Style
5’, Phil Collins, 9.0

Vers le milieu d’un festival où vous enchaînez les séances arrive un moment de fatigue. Un répit espéré où, pour une raison où pour une autre, votre cerveau réclame quelques minutes de calme dans le défilé des images. Sans que tout ce que vous ayez vu jusqu’alors ait été déplaisant vous vient, comme une transition attendue, l’espoir de vivre un moment de tranquilité. Le critique est lui-même, dans le flot des sorties, tant soumis à l’avalanche, à la répétition lasse des mêmes slogans et formules, qu’il aurait besoin de telles pauses, de moments de latence pour tenter de repartir vers l’avant.
Arrive d’abord As Ondas. Déjà, l’image impressionne, le film est superbement photographié. Produit par « O Som E Furia » (Miguel Gomes, Joao Nicolau), il intercale un embryon de fiction entre deux prises de vues des côtes de l’Atlantique. Deux sœurs jumelles : l’une est sportive, pleine de santé, l’autre, souffre d’une maladie respiratoire (superbe Alice Contreiras, découverte dans L’Epée et la Rose de Joao Nicolau). Devant les vagues, l’une s’échauffe avant d’affronter la mer pour un peu de surf, l’autre l’accompagne, comme nous, pour quelques minutes dédiées à la contemplation des paysages, et aux pensées qui divaguent et se précipitent devant de telles vues ; pas plus de psychologie, pas plus d’histoire ou de dialogues nécessaires ; le film s’en tient à cette ligne d’opposition claire, et la nudité d’As Ondas surprend par sa simplicité descriptive.

The Meaning of Style, initialement prévu pour une installation, fut l’un des plus beaux moments du festival de Belfort. Une présentation d’avant séance nous signale que les personnages sont de « gentils » skinheads. Précision inutile, tant on pense d’abord aux innombrables figures américaine de bandes rivales (Outsiders en tête), aux adolescents marginaux de Gus Van Sant première époque (Mala Noche, My Own Private Idaho). Les héros de ce petit film font dans la simplicité : ils vont au cinéma, mangent des glaces, se battent, jouent aux cartes.

Sur un air entêtant et minimaliste répétant un motif au piano – composé pour l’occasion par Gruff Rhys –, l’un d’eux libère des papillons enfermés dans une boîte en papier. L’image se fige parfois dans un ralenti extatique étirant davantage le temps de l’action et les souvenirs, prolongeant cet extase dans les têtes bien au delà des cinq minutes chronos que dure effectivement la projection. Une interpétation possible du style, vite troublée : celle qui en fait volontiers le témoignage d’une camaraderie homosexuelle, dont la violence revendiquée et subie soutient l’attrait quand elle ne le constitue pas tout entier. Soignée, leur apparence est bel et bien un déguisement, si ostensiblement qu’il emprunte presque tout à ceux qu’ils combattent des pieds et des poings. Le sens du style n’est pas inversé, mais déplacé : on ne revendique pas une autre identité, on se joue seulement de ceux qui y veulent voir une affirmation.

Comme Florerià y Edecanes, voici deux films qui se tiennent à leur idée initiale, ne dévoilent pas leur dispositif pour en révèler l’artificialité ou la versatilité mais l’exposent, le soumettent au regard en même temps qu’à l’intelligence. Une nature morte et deux jeunes filles dans As Ondas ; quelques poses et un costume étudié pour les jeunes skins de The Meaning Of Style, cela suffit. Deux figures de styles pour les deux meilleures notes artistiques de la semaine.

Un peu de détente, le temps de la réflexion.
Gruff Rhys / A Baban Bach

par Thomas Fioretti
vendredi 21 décembre 2012