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L’homme qui rit / Renoir  de Jean-Pierre Améris / Gilles Bourdos

Pas sérieux

Double bill

2.4 / 2.4

L’homme qui rit en décembre, Renoir ce mois-ci : la jeune actrice Christa Théret accompagne Hugo et Renoir comme la sauce mignonnette accompagne les huîtres.

Comment condenser les 700 pages de L’homme qui rit en 1h 35 minutes ? Dès le titre même, fendu d’un large sourire paintbrush, la solution arrive : par la caricature. L’objectif est de fournir le blockbuster français de Noël, ce qu’avait été le film précédent d’Améris, Les émotifs anonymes, comédie anodine sur une chocolatière psycho-rigide. Cette fois, la myriade de stars en mode automatique trahit l’ambition internationale de l’opération : Gérard Depardieu ronchon, Emmanuelle Seigner fatale et dans le rôle-titre, un sosie de Gaspar Ulliel en Hannibal (Marc-André Grondin). Dans la collection des Victor Hugo gélifiés, Le Bossu de Notre Dame, dessin animé Disney sorti en 1997, bénéficiait au moins de la pompe romantique de certains musicals (carte jouée par Les Misérables de Tom Hooper, sortie prévue le 13 février prochain). Ici, devant des matte paintings pompés à Vidocq (offerts avec Depardieu), la musique parodie l’américain Danny Elfman et il n’y a pas jusqu’à la fausse neige qui ne semble moins réussie que celle d’Edward aux mains d’argent. Etrange masochisme, alors que le film devrait foncer d’un chapitre à un autre, le scénario de Guillaume Laurant (Amélie Poulain) rejoue ses scènes plusieurs fois : Gwynplaine, le garçon aux cicatrices, reproduit pour un théâtre de foire ce qui est arrivé dans la séquence précédente. L’homme qui rit ne parvient même pas à se montrer cohérent avec sa morale à la cerise, toute en beauté intérieure. Plutôt que d’épouser l’idéal de Dea (Christa Théret), l’amante aveugle de Gwynplaine, le film, trop content de ses prothèses en latex à l’hollywoodienne, les mire comme des badauds fixeraient un freak.

Des monstres de foire aux femmes en tenue d’Eve, le peep show continue, suivez Christa Théret. Dans Renoir, Michel Bouquet n’en finit pas de se mourir et copie éhontément le personnage de Serge Merlin dans Amélie Poulain (encore elle), qui reproduisait sans cesse un tableau – de Renoir justement, Le déjeûner des canotiers. La jeune femme au peintre n’est plus Audrey Tautou (partie embaumer d’autres monuments, voir Coco Chanel, Thérèse Desqueyroux), mais, à nouveau, Christa Théret, et c’est pour sa nudité que se passionne avant tout le film, plus que pour le peintre ou pour son fils en uniforme, Jean, affublé ici d’un ridicule physique de top model (Vincent Rottiers). Renoir souligne d’ailleurs involontairement les ressemblances entre les tableaux du maître et la série des pubs Aubade (« il faut que ce soit aimable et généreux », « il faut qu’on ait envie de caresser le tableau », dixit le faux Renoir dans sa barbe postiche). Et c’est encore Après mai, le portrait de l’artiste en épicurien lâche au milieu de jeunes femmes seins nus, comme si les cinéastes sans talent, gavés de subventions, n’avaient plus en tête que cette culpabilité-là, celle de jouer les voyeurs en temps de crise.

par Camille Brunel
lundi 7 janvier 2013

L’homme qui rit / Renoir Jean-Pierre Améris / Gilles Bourdos

France , 

Avec : Marc-André Grondin (Gwynplaine) ; Gérard Depardieu (Ursus) Emmanuelle Seigner (La Duchesse) ; Christa Theret (Déa) ; Arben Bajraktaraj (Hardquanone) ; Fanie Zanini (Déa, enfant) ; Romain Morelli (Gwynplaine enfant) ; Serge Merlin (Barkilphedro).

Durée : 1h33

Sortie : 26 décembre 2012

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Avec : Michel Bouquet (Auguste Renoir) ; Christa Theret (Andrée Heuschling) ; Vincent Rottiers (Jean Renoir) ; Thomas Doret (Coco Renoir) ; Anne-Lise Heimburger (La boulangère) Sylviane Goudal (La grande Louise) ; Emmanuelle Lepoutre (La médecine).

Durée : 1h51.

Sortie : 2 janvier 2013.

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