spip_tete

#10

 de  Robert Schwentke

R.I.P.D. Brigade fantôme

« They’re pissing on us without even the courtesy of calling it rain. »
(Avatar)

Rien n’aurait dû inciter cette histoire de flics morts chargés d’arrêter des malfrats refoulant leur décès à sortir dans les salles françaises, tant son histoire de vieux cow-boy (Jeff Bridges, ombre de lui-même) et de débutant (Ryan Reynolds, qui bouge encore, étonnamment, malgré les coups de box-office) ne se destine qu’au public américain en quête de climatisation. La seule trouvaille du film tient au fait que dans les rues de Boston, les policiers morts apparaissent aux yeux des vivants sous la forme de quelqu’un d’autre : un blonde fadasse remplace Jeff Bridges, tandis qu’un Chinois en chapeau recouvre Ryan Reynolds, dont le principal problème est du coup de reconquérir sa veuve avec une autre tête. Partant de là, les gags se suivent et se ressemblent (Bridges se fait draguer, Reynolds prend des râteaux) – on a même droit au poncif du ralenti sur les cheveux de la bombasse sur fond de Marvin Gaye, Let’s get it on. Ce n’est pourtant pas le plus gênant. Rarement un film aura eu autant de peine à cacher sa conscience de n’être, littéralement, que la matière excrémentielle du système. Au terme de péripéties impliquant un ancien pédophile pétant et crachant son vomi en 3D, quand ce n’est pas un super-obèse dégoulinant en fuite dans les rues, le tout entrecoupé de bruits de chasse d’eau réguliers, les nuages se percent d’un grand rectum rougeoyant dont se déverse soudain une sorte de diarrhée céleste constituée de millions de cadavres s’abattant sur la Terre. Idée beaucoup plus intéressante décrite comme ça, en vérité, que pauvrement illustrée sur l’écran du multiplexe. Ne pas mentionner l’emploi compulsif du zoom comme mise en valeur de la profondeur serait peut-être une injustice, de même que de ne pas reconnaître aux animateurs de Rythm&Hues, ancienne maisons d’effets spéciaux oscarisée et vendue, leur réussite lors d’une scène où tout se fige en pleine action, laissant un personnage marcher au milieu d’explosions et d’oiseaux immobiles. Tout ça ne nous enlèvera pas de l’esprit qu’il y a quelque chose de répugnant à dépenser 130 millions sans aucune autre intention que de se bâfrer et se branler, et qu’on ne tient jamais là qu’un reflet immonde de la surconsommation américaine, dont l’unique vertu pourrait être, à la rigueur, de rappeler ce qu’est un vrai navet à ceux qui pensent que cet été hollywoodien n’a pas été riche en blockbusters plutôt réussis.

par Camille Brunel
jeudi 1er août 2013