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Elysium  de  Neil Blomkamp

La nuit sans étoiles (du nouvel nouvel Hollywood)

3.2

Dans un futur lointain, très lointain, la terre ressemble plus que jamais à une chanson de Leonard Cohen : les pauvres restent pauvres, les riches s’enrichissent. Une station spatiale accueille ces derniers dans une cité style victorien en tout ressemblante aux banlieues sécurisées en vogue aux États-Unis. Sur terre, le bidonville domine le paysage et le décor sociologique qui va avec : gangsters tatoués et gosses recouverts de maillots délavés. Parmi ces lumpens, reste un blue-collar ancienne école. Il se lève tôt le matin, prend le bus, travaille à la chaîne, mais n’a pas perdu le sens de l’humour. C’est, vous vous en doutez, Matt Demon. D’autres ouvriers apparaissent en effet à deux ou trois moments du film, toujours sur le fond de l’image – présences éphémères qui accentuent la solitude de Matt. Paradoxalement, la salopette n’enrôle pas le héros dans un milieu. C’était l’idée de Good Will Hunting, le film écrit par Ben Affleck et Matt Damon en 1997 où ce dernier s’était donné le rôle d’un génial mathématicien qui au lieu de s’entourer de ses pairs vit à l’aise parmi les prolétaires. Ici, l’uniforme bleu l’isole de la masse informe qui l’entoure.

Elysium est le deuxième long-métrage de Neil Blomkamp. Son premier, District 9, sorti en France en 2009, ne nous avait pas déplu. Sur papier, les scénarios de ces sciences-fictions ont beaucoup de choses en commun. Dans l’un comme dans l’autre, le monde manque cruellement de classe moyenne, la lutte entre élites et classes dangereuses se porte tellement bien qu’une séparation physique s’impose. Cela pourrait servir d’allégorie au cinéma français, mais c’est plutôt l’histoire (et la chronique) de l’Afrique du Sud, pays d’origine de NB, que ces deux fictions évoquent, la première, plus inventive dans ses métaphores et moins abstraite dans sa satire, avec un panache qu’on regrette lorsqu’on découvre la dernière. On se demande alors si Matt Damon n’y est pas pour quelque chose.

Les blockbusters de l’été ont en commun des scénarios bâclés, des personnages inconsistants, une narration réduite à sa structure élémentaire : un héros, un problème (personnel et humanitaire à la fois), une solution (pour lui, pour sa copine et pour le monde). Le résultat est inégal. Certains s’en tirent assez bien. Pacific Rim notamment : libéré de toute exigence narrative et intellectuelle, le film de Guillelrmo del Toro concentre ses pinceaux sur les muscles de ses robots et les becs de ses godzillas. Des comédiens sont là pour donner un visage lambda à des héros qu’on remarque à peine, perdus dans les formes des géants en fer. Figurants sans réalité, on se demande si des véritables acteurs les incarnent ou bien s’ils ne sont pas, eux aussi, des créations numériques. Ils annoncent déjà l’époque où cette question n’aura plus de sens.

Elysium aussi n’a pas vraiment de scénario digne de ce nom, mais il n’a pas su faire l’économie d’un grand casting et c’est bien une des raisons de son échec. Comme After Earth et World War Z, il s’agit d’un film Hollywoodien au sens classique, qui parie sur la présence d’une star pour appâter le public. Celle-ci, Matt en l’occurrence, dessert le film, car en attirant l’attention du spectateur sur le personnage elle expose en même temps les faiblesses du scénario. C’est particulièrement cruel lorsque le regard tombe du côté des personnages secondaires. Pourquoi faire appel à Jodie Foster si c’est pour lui confier un rôle embarrassant, caricatural, à peine écrit ? On ne retiendra de sa prestation que les muscles de ses mollets et ceux de son visage, les deux tirés de manière fort peu naturelle. Elle et Matt semblent avoir été victimes d’un piège tendu par un agent qui se vengerait là d’un ancien tort ou qui aurait été corrompu par l’acteur sud-africain Sharlto Copley qui au contraire brille, à l’aise dans son rôle, ridicule mais rigolo, du méchant Kruger. Avec la complicité de ce superbe acteur de série B, le film semble trouver un moment de lucidité, lorsqu’il s’amuse à en effacer le visage pour le reconstruire aussitôt et sans effort alors que le pauvre Matt, jadis monsieur la mémoire dans la peau, galère une heure pour se mettre quelque chose dans le crâne et les 50 minutes qui restent à essayer d’en faire quelque chose d’intelligent, voire de simplement intelligible. Le défi lui sera fatal.

par Eugenio Renzi
dimanche 18 août 2013

Elysium Neil Blomkamp

États-Unis ,  2013

Avec : Matt Damon (Max) ; Jodie Foster (Ministre Rhodes) ; Sharlto Copley (Kruger).

Durée : 1h50.

Sortie : 14 août 2013.

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