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Papa vient dimanche  de Radu Jude

La famille, tu l’aimes ou tu la butes

6.0

Papa vient dimanche est une comédie qui ne dit pas son nom, malgré un titre aux accents de soap opéra. Marius, un quadragénaire, sosie roumain de Bernard Bénoliel, se réveille dans un petit studio, boit quelques gorgées de la bouteille d’eau posée à côté de son lit, pisse l’alcool absorbé la veille. Dès le début, on s’attend au portrait de célibataire endurci, en galère financière, accompagné d’une description périphérique de la Roumanie d’aujourd’hui, celle d’après Ceausescu. Mais après la visite de Marius chez ses parents, il est permis de douter de la nature véritable du projet. D’abord badine, la discussion entre le père et son fils dérive sur les sujets les plus sensibles de la vie de Marius. Peu à peu s’élève une surenchère conflictuelle, seule suite possible lorsque le dialogue est rompu – un schéma qui va s’avérer quasi-systématique par la suite.

Divorcé, Marius est père d’une petite fille dont la garde lui a été retirée sur décision du juge. Son ex-femme, qui a refait sa vie avec un écrivain médiocre, garde jalousement l’enfant chez elle et empêche tout contact avec le père. Papa vient dimanche sort dans les salles en pleine Bataille de Solférino, avec lequel il partage l’étirement temporel sur une journée où l’enfant est au coeur de la guerre dans le couple. Lorsque Marius projette de passer quelques jours de vacances avec sa fille, la mère refuse et porte plainte contre lui pour coups et blessures envers son compagnon. Le ton monte, à partir de rien, et précipite le rythme d’une mise en scène devenue soudain nerveuse.

Le décor et l’ambiance sont semblables à des titres roumains récents, des films de Mungiu à ceux de Corneliu Porumboiu, usant de l’effet des durées des plans, s’appuyant sur une technique de l’effacement des mouvement et des coupes, valorisant ainsi la mise en scène et le mouvement interne au cadre. La méthode est souvent répétée, seuls changent la recette et ses résultats. Les constantes sont visibles à l’image : apparence de plan séquence qui dissimule les raccords dans des mouvements trop appuyés, mise en scène en espace clos, action feignant de s’accomplir en temps réel. Ici, la caméra à l’épaule traque les moindres déplacements du protagoniste. On devine rapidement, physiquement, que la caméra va rester dans la maison pendant un bon moment, du moins qu’elle n’ira guère plus loin – tout le sel du film est contenu dans la clôture, la durée des situations, et la tension qui peut naître d’un pareil enfermement. Ce qu’on ignore en revanche c’est jusqu’où le film est prêt à aller. Un tel doute pourrait rendre l’ensemble vraiment pénible. Mais Marius, qui s’énerve aussi vite qu’il parle et emploie avec la même ardeur les langues anciennes et le langage des poings, est un beau personnage qui se débat en permanence dans sa vie entre l’hystérie et l’affection, la douceur et la saloperie. Le père qui veut récupérer sa fille est prêt à cogner et séquestrer le nouveau compagnon de sa femme. Il est déterminé à l’action. Jusqu’où ? Pour quelle fin ?

Construite autour d’une psychologie incontrôlable, la mise en scène s’établit pourtant à distance paradoxale de ce qui pourrait devenir une double prise d’otage. Papa vient dimanche viserait à la fois le réel et le choc – ce qu’avait raté À Perdre La Raison de Lafosse, enterrement de première classe de l’idée désormais galvaudée du naturalisme à la française. Il pourrait être, justement, un film français des années 90, un de ceux qui veulent encore filmer le « réel », sans artifice de mise en scène, en suivant le rythme de ses comédiens et son canevas de départ – les injures que Marius adresse à son ex-femme rappellent la manière qu’avait Desplechin de revisiter les scènes d’humiliation des films de Bergman. Un étirement du temps qui serait à la fois indiscutable et prenant. Le problème est que l’on fait rapidement le tour dès la dispute inaugurale avec les parents de Marius, graduée dans la colère jusqu’à la rupture.

par Thomas Fioretti, Arthur Mas
vendredi 4 octobre 2013

Papa vient dimanche Radu Jude

Hollande - Roumanie ,  2013

Avec : Serban Pavlu (Marius) ; Sofia Nicolaescu (Sofia) Mihaela Sîrbu (Otilia) Gabriel Spahiu (Aurel) Tamara Buciuceanu-Botez (Coca) ; Stela Popescu (La mère de Marius) ; Alexandru Arsinel Le père de Marius) ; Petre Constantin Bombardel (Le mari de la fleuriste ).

Durée : 1h48min.

Sortie : 2 octobre 2013.

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