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Il était une forêt se déroule au Gabon, Amazonia au Brésil. Drame de la déforestation : de leur objet d’étude, chacun d’eux ne tire qu’un rouleau de papier peint.

Il était une forêt est un cours de SVT horripilant, où l’on observe plus de plantes pauvrement générées et animées par ordinateur que de vraies, avec quelques saillies art déco résultant incidemment de la piètre qualité des images 3D qui s’entremêlent. Le commentaire est un ramassis de banalités pompeuses (“Etre arbre, c’est l’art de se tenir debout”), les arbres passent pour des êtres invulnérables et les éléphants, des monstres destructeurs. Finalement, Luc Jacquet, dont les talents paraissent plutôt timides comparés à ce que proposent les documentaires de la BBC sur le même sujet – filmer des arbres à l’aide d’une caméra embarquée sous une montgolfière est presque un sous-genre en soi – ne trouve rien de mieux, pour conclure, que de placer un vieux biologiste en chemise Agnès B. au centre des ramures d’un arbre millénaire.

Amazonia est une mascarade doublée d’une escroquerie : les animaux soi-disant sauvages que croise le personnage-relais, un capucin, ont été prélevés dans des « réserves », apportés dans leur habitat naturel, filmés, puis rapatriés. C’est que le réalisateur préfère la facilité du dressage à l’innovation technique et esthétique qui aurait consisté à tourner, pour la première fois, un documentaire en 3D sur de gros animaux sauvages. En fait de technologie, il faut se contenter de marionnettes grossières (la scène de la cascade) et d’incrustations douteuses (la scène de la mygale). L’idée de départ était pourtant intéressante : s’en remettre à une trame narrative, aussi ténue soit-elle, pour totalement éviter la voix-off, myxomatose des documentaires animaliers. Si on ne l’entend plus, la présence humaine reste partout ailleurs, hors-champ, un fouet à la main, ou bien en salle de montage. C’est un début mais en attendant, c’est une insulte aux animaux.

Le point commun entre les deux films, outre la nationalité de leur réalisateur, c’est qu’aucun d’eux ne se donne la peine de prendre la réalité pour ce qu’elle est – dévastatrice – et s’entête à se laver les mains de toute mauvaise conscience écologique en quelques plans sur des bulldozers, et en quelques lapalissades de type « je n’ai vraiment pas envie que tout cela disparaisse car on sera vachement tristes après ». Triste pourquoi ? Parce qu’on ne pourra plus tourner de films de Noël ? Sur le terrain de l’écologie au cinéma, Hollywood est décidément en avance, avec des films souvent sombres qui ont parsemé l’année et se sont souvent inscrit, de Promised Land à Snowpiercer, en passant par Man of Steel et Lone Ranger, dans une réflexion sur la place de l’homme dans la nature qui dépasse de loin les jeanjacques-anneries ethnocentristes de Jacquet et Ragobert.

Le 11 décembre sortira All is Lost, film romantique où Robert Redford, abandonné sur un bateau, se retrouve seul face aux éléments. Il ne manquera pas de faire de l’ombre à En Solitaire, sorti en novembre, qui voyait François Cluzet presque seul sur un bateau, et mettra en lumière le fait qu’en France, la confrontation de l’homme à la nature est encore éludée au profit de petites considérations râleuses. Cela ne s’invente pas : dans L’Odyssée de Pi, dans After Earth, les baleines sont filmées comme des déesses ; dans En Solitaire, Cluzet lâche, avec son accent gaulois, lorsqu’un rorqual fend la surface : « C’est joli, ces bestioles-là, mais faut pas s’en approcher trop près ! »

par Camille Brunel
dimanche 1er décembre 2013

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