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22e Festival du court-métrage

Vendôme 2013

LES VENDÔMES VINRENT A LEUR RENCONTRE

A Vendôme les films de la compétition sont regroupés sur deux jours, le week-end, alors que le festival s’ouvre le vendredi et dure une semaine. En sortant de la gare, on n’aperçoit pas la ville, située dans un bassin caché par la forêt, encore colorée malgré le ciel gris et l’automne avancé. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, la première session de courts-métrage commence au Minotaure, et on a l’impression que le TGV nous a déposé directement là, dans ce fauteuil, comme si nous n’avions passé qu’un pont, ou simplement changé de siège. La blague a sans doute été faite bien des fois depuis les 22 ans qu’existe le festival mais les programmes de courts-métrages s’appellent « Nationale » dans le programme, pour « Compétition Nationale ». Nationale 1, Nationale 2, Nationale 3… Le trajet vers Vendôme commence, en fait, une fois dans la salle. Départ samedi 7 décembre, 14h, arrivée prévue le lendemain soir, vers 20h. On n’aura guère le temps de passer par les petites routes, focus cinéma italien contemporain, rétrospective Sébastien Betbeder, avant-premières, large programme de cinéma d’animation. De Nationale en Nationale : en route.

Nationale 1

La Fugue , de Jean-Bernard Marlin – Du Kechiche. L’incompréhension et l’entêtement d’une jeune femme qui refuse de rentrer dans le système judiciaire, de se présenter aux audiences, de payer pour ses erreurs. L’actrice est excellente. 6.5

Les bandits manchots , de Gianluigi Toccafondo – Scénario sans grand intérêt. Ce qui compte ici, c’est le mélange d’images réelles et de peinture qui s’immisce à l’improviste, pour changer les visages en dessins. Visuellement épuisant, le procédé a le mérite de donner à éprouver la différence entre la perception qu’on a d’un dessin et d’une image du réel. NB : Gianluigi Toccafondo signifie « Jean-Louis touche le fond ». On sera plus indulgent : 3.7

Silence Radio , de Valéry Rosier. – Du Haneke. Documentaire sur une station de radio en Picardie, Radio Puisaleine, prétexte à une représentation des vieux en vrai. Ils écoutent la radio, c’est-à-dire qu’ils voient leurs souvenirs, contrairement à la télé qui occupe le regard. Grande place accordée à la musique et au son dans ce festival. Bonne chose : souvent les courts-métrage pêchent du côté de leur bande-originale, faute de moyens. Ici, c’est assez précis. Le film repose sur un drôle de phénomène de double-entendre : il y a, pour la caméra, une mise en scène qui donne l’impression qu’ils ne bougent pas pour faire tableau. Mais imaginons que cela ne soit pas de la mise en scène et que les personnages soient parfois véritablement statiques comme ça : le film devient d’un coup insupportable. Faire chanter les vieux pour leur faire parler d’eux. Affection pour le flétri, le chauve, le flapi. Un côté Deschiens. Va et vient entre la tendresse et quelque chose d’un peu mordant quand même – toujours selon cette loi qui veut qu’il ne suffit pas de filmer la réalité pour être impartial. Rosier filme un papy en train de danser, juste après, à une fête foraine, on voit un robot danser comme lui. Un flic chante pour séduire une jolie fliquette avec qui il travaille : nostalgique d’une époque qu’il n’a pas connue, dit-il. Comme si lui-même était né vieux. Portrait de solitudes. Le silence radio, ce n’est pas seulement le moment où la radio s’arrête, et où le silence resurgit. Le silence radio, c’est celui de ces vies qui n’émettent rien et ne font que recevoir, ces gens qui ne génèrent pas d’intérêt, à moins qu’un cinéaste daigne venir les croquer de sa caméra. 7.2

Nationale 2

Le terrain , de Bijan Anquetil – Le documentaire sur les campements Roms est devenu un genre en soi. (cf. La Place, etc). Pas très intéressant. Et puis là le mec intervient beaucoup. Très déplaisant. On préfèrerait qu’il laisse sa caméra dans le camp et vienne la récupérer quelques jours plus tard, et monte ce que les Roms auraient filmé eux-mêmes, comme Sibony l’a fait avec HPG. Plutôt que de nous asséner encore son regard de touriste courageux. 3.6

37°4 S , d’Adriano Valerio – Décor grandiose : Tristan Da Cunha. Le film à l’image de l’île : assez petit, très beau. Jolis plans d’une girouette baleine. L’île comme image de la solitude : un ado de là-bas voit, en voix off, sa petite-amie partir pour le continent. L’île, qui a vécu grâce au commerce de la baleine, maintenant s’éteint lentement, et devient le cadre idéal du romantisme discret de Valerio. 6.9

Living Still Life – Mandico avait gagné le Grand Prix à Brive pour Boro in the Box. Ici, c’est toujours expérimental. Une fille cherche des cadavres (lapin, chien, cheval, humain) qu’elle anime en image par image, ensuite. Le cinéma sert à faire revivre des cadavres. C’était déjà un peu l’idée de Boro in the Box, le cinéma comme quelque chose de monstrueux, de contre-nature, le réalisateur comme Docteur Frankenstein. Ici les titres, très poétiques, posent problème : on ne peut pas annoncer « Le lapin gelé » et ensuite filmer quelqu’un qui s’étonne parce qu’il a vu quelque chose : on sait que c’est un lapin gelé. Les scènes sous la neige sont jolies, même si elles ressemblent un peu trop à ce que sont tous les films expérimentaux obsédés par la mort, le froid, les cadavres, etc. Séquence du cadavre de cheval extrait de l’eau, très impressionnante. Travail sur les lumières, notamment. Plan final, poésie du sale, rapport au cinéma des premiers âges, avec la fausse coloration et les têtes de poules qui soulèvent les cheveux. Scoop : Ecce Films devrait produire ses deux prochains courts. 6.4

Les lézards , de Vincent Mariette – Fin de carrière pour le film de Vincent Mariette, dont on a déjà beaucoup parlé. Mariette scrute le malaise. Des personnages de loosers, mais sympathiques. L’histoire d’amour a suffisamment d’importance pour qu’on s’attache à ce que se disent ces deux mecs. Forgeard, Macaigne, Esteban, vus un peu partout, notamment chez Ecce Films. Le film raconte comment deux types essaient de briser leur coquille, de changer de peau, pour se rapprocher des femmes. Macaigne encore dans le rôle de l’ex triste avec un sidekick, comme dans La Règle de Trois de Garrel, comme dans La Bataille de Solférino. 6.7

Nationale 3

Le tableau , de Laurent Achard (Prix du jury étudiant) – Apparemment un must. Bof. C’est encore Amour, la Palme d’Or doit avoir créé une sorte de mode étrange qui met les vieux à l’honneur dans le paysage des courts-métrages. On est cependant plutôt du côté de Quelques heures de printemps, le film sur le même thème avec Vincent Lindon (il y a encore la scène de la dame qui meurt en temps réel, comme un passage obligé). Et puis juste après, elle marche vers la porte, dans les feuilles mortes. Une fois morte, elle redevient jeune et retrouve son amour de jeunesse. Tout cela se fait dans le silence total, sur 10 minutes. Cela reste une représentation métaphorique de l’au-delà banale même dans ce qu’elle a de joli (une vieille morte marche vers une porte dans les feuilles mortes, bon…). Le début ? Du cinéma de studio sur-éclairé, plutôt mal joué. Dommage. 3.8

Oh Willy , d’Emma de Swaef – Animation. Film-poils-pubiens. Commence sur une dame qui meurt. Décidément… Mais ici on est presque dans la caricature de ce qu’on vient tout juste de voir. Les personnages sont en laine. En laine ? La mère qui vient de mourir était dans un camp de naturistes. Tous ces personnages en laine sont nus. Et l’on comprend que la laine est celle des poils pubiens, et que ces personnages sont entièrement constitués, de la tête aux pieds, de la même matière que celle de leurs poils pubiens. A partir de là, c’est l’autoroute du film obsédé pour ce court-métrage lauréat de plus de 75 prix dans divers festivals. La mère apparaît dans un flash-back, en contre-plongée, nue, sa toison pubienne au centre du cadre. Le film part dans un délire à la Lewis Carroll à la symbolique aussi envahissante qu’à la fin du Achard, même si les textures sont réussies, ainsi que quelques effets (un éternuement). Finalement, le fils retrouve une sorte de yéti qui est une bête-poils pubiens, se substitue à sa mère, lui donne le sein. Il lui rase le visage : son nez ressemble à un sexe mou. 4.8

Arekara , de Momoko Seto – Très chouette. Des témoignages de l’après tsunami. Plans de visages. Et d’un coup d’un seul : la neige, Gershwin. Embraceable you sur les ruines blanches. La musique interroge notre rapport aux images, comme Les bandits manchots. Le film passe d’un régime de court-métrage à un autre toutes les deux minutes, pour qu’on fasse mieux l’expérience de la différence entre les deux. Cartoon/réel tantôt, documentaire sérieux/documentaire avec mise à distance cette fois. Dès lors qu’on entend la musique, le film se retourne complètement. On n’est plus dans le reportage avec faux effacement du caméraman. On est dans la peau de l’homme qui embellit malgré lui la catastrophe. Le tsunami n’est qu’une simple dispute dans le vieux couple formé par l’humanité et la mer. Et puis le film avance vers son véritable objectif : pas seulement recueillir des témoignages, mais recueillir les témoignages de gens qui se sont remis de la catastrophe, l’ont relativisée, comme le film relativise soudain son propos via la musique. Ces gens se disent qu’ils sont heureux d’être en vie, se racontent des plaisanteries, parlent d’amour. Reprise d’un thème évoqué dans le film de petits vieux de Laurent Achard : l’idée qu’après notre mort le monde sera toujours le même, ce qui n’est pas si mal (citation de Fernando Pessoa à l’appui). 7.0

Demolition Party , de Marie Amachoukeli – Le Solférino du 21 décembre 2012. Mélange de documentaire et de fiction, d’un film tourné autour d’un événement historique où le réalisateur a dépêché sa fiction. Ici : un frère et une sœur partent pour Burgarach, le village où tout le monde allait. Ils rencontrent en chemin une jeune autostoppeuse ; les deux femmes font l’amour dans le camping-car, dans le dos du frère qui conduit (jolie scène) ; belle énergie de l’actrice (on pense à Artémis cœur d’artichaut pour le côté road movie, le lien à la mythologie – fin du monde potentielle – et le personnage féminin libéré et rigolo). 5.0

Ciné-concert : Le Petit Fugitif

Le ciné-concert déconcerte. Il s’agit du Petit Fugitif, de Morris Engels. Ce n’est pas un film muet, non. Voilà un peu le problème. L’idée (un peu floue, il a fallu m’expliquer) est de baisser la bande-son au maximum, de manière à ce que les dialogues, les bruitages, tout, ait l’air très lointain. Engels avait simplement tenté le mickeymousing, c’est-à-dire que la musique épouse l’action, très simplement, ce dont le film, tourné sans moyen, avait besoin. Le guitariste qui accompagne le film, Eric Chenaux, arrivé de Toronto, a jugé que les passages musicaux à l’harmonica soulignaient trop le film, et décidé de transformer la bande-sonore de manière à ce que celle-ci ne souligne JAMAIS le film. Résultat : il enregistre à Paris des bruits de foule qu’il diffuse en permanence, peu importe la scène. On est à New York, on entend parler français. On est sur la plage, on entend des voitures. Les gens marchent dans l’eau, on entend des talons sur le bitume. Les personnages parlent, la guitare plaque un ou deux accords et oblige à lire les sous-titres. Le rythme du film reste le même, or c’est le rythme qui fait le film, pas les menus passages à l’harmonica. Alors le public reste dans la salle, et regrette simplement d’entendre de la guitare à la place des répliques. Heureusement, à la sortie du film, un buffet attendait les spectateurs. Et, lui, ne s’embarrassait absolument pas d’aucun souci de souligner ou non le film. Bonheur de l’auteur de ces lignes à la découverte de tables recouvertes de verres de limonades, de candy canes, de montagnes de beignets fourrés à la framboise couverts de sucre glace, de barbes à papa, de brownies… Et escale nocturne. La route reprend demain.

* * *

Déviation (Chapelle St Jacques)

À la Chapelle St Jacques, Voyage en cinéphilie, soient deux installations. On prend toujours un plaisir certain à regarder du cinéma dans un édifice religieux, comme devant une messe sacrilège. Le thème des images n’est pas loin du sacré, des premiers chrétiens qui se cachaient pour prier et révéraient un Christ sous forme de poisson : un algorithme informatique monte et remonte des milliers de séquences consacrées à l’eau au cinéma (Dérives, Emilie Brout et Maxime Marione, 2013). C’est ce qu’on appelle joliment une « installation vidéo générative ». Les séquences s’enchaînent d’un point commun à un autre. Robinet, douche, pluie, fleuve… Cela peut-être plus pointu : deux séquences se raccordent par exemple sur le thème « jeu de société flottant sur l’eau ». On passe d’Inception à Nosferatu, de La Grande Vadrouille à Harry Potter 6, en passant par Herzog, Ozu... On expérimente aussi un jeu vidéo étrange, Hold On, conçu par les mêmes artistes : il permet, à l’aide d’une manette et de deux boutons, de jouer à piloter un avion, à mener un combat de kung-fu, à foncer dans Paris, à danser le disco, à partir d’images empruntées à Top Gun, La fureur du dragon, La mémoire dans la peau ou La fièvre du samedi soir. L’avenir du jeu vidéo sans doute, plus que du cinéma. Le titre dit vrai, c’est très accrocheur : on a envie de faire durer le combat de Bruce Lee contre Chuck Norris pendant des heures, et de débloquer de nouveaux plans en trouvant les bonnes combinaisons de mouvements.

Nationale 4

Petit Matin , de Christophe Loizillon (Mention spéciale du jury) – Force est de constater qu’il confirme une tendance et une tendresse pour le film de fin de vie. De nombreux courts-métrages présentés à Vendôme cette année sont autant de petits éclats d’Amour. Celui-ci est le plus réussi : il s’agit de filmer en plan-séquence la périphérie de la mort. A l’évidente maîtrise technique, à l’excellente direction d’acteurs, s’ajoute une volonté d’éviter le sujet tout en soulignant que finalement, il n’y a d’événement qu’en périphérie de la mort, que la mort d’une vieille femme n’est rien que de très naturel, et qu’il n’y a que chez les vivants qui l’environnent que les choses changent vraiment, s’entrechoquent. Une fleur, une jeune assistante, une star de cinéma (Mathieu Amalric), un chien, un adolescent qui s’en moque peut-être, et enfin, seulement, le veuf : chacun de ces miroirs entourant le cadavre reflètent tour à tour une réalité aussi évidente que difficile à regarder en face. Le premier plan-séquence, sur un dahlia que l’on coupe puis s’épanouit au soleil, est une splendide manière de suggérer ce qui se passe chez la vieille dame. 7.0

Betty’s Blues , de Rémi Vandenitte – Mélange de marionnettes et de 2D. Sorte de réécriture du mythe d’Orphée au temps des champs de coton, à ceci près qu’Orphée ne retrouve jamais Eurydice et préfère employer ses dons de guitaristes pour tuer une faction du Ku Klux Klan. 5.2

Those for whom it’s always complicated , de Husson – Film pub. Toujours cette impression que des français font semblant de parler américain avec l’accent le plus prononcé possible, et que la caméra ne regarde que ça, leurs tentatives d’assimilation du cool linguistique. Et du coup tout sent le fake, le phony, y’know what I mean ? Etrange objet, quoique peu aimable. 2.3

Nationale 5

Petite Blonde , d’Emilie Aussel (Prix spécial du jury) – Erreur de parcours : le désir de filmer les ados tels qu’ils sont, acteurs amateurs et dialogues improvisés à la clé, débouche ici sur un film voyeuriste, qui se passionne un chouïa trop pour des ados se roulant des pelles en maillot de bain. Depuis Ken Park, et a fortiori l’année de Spring Breakers et des Apaches, la métaphorisation des relations sexuelles entre jeunes a perdu beaucoup de sa force. S’il y a quelque chose à dire, quelque chose à montrer, pourquoi tourner autour du pot ? 2.6

Monsieur Lapin , de Pascal Cervo – Frère jumeau du Tableau, vu hier. Cervo jouait d’ailleurs le peintre qui apparaissait à la fin du film de Laurent Achard. Le style est rigoureusement le même : film de studio, sans souffle. Quand bien même les scènes auraient été tournées sur des lieux réels, l’éclairage blafard d’un chef op’ zélé leur donnent l’air d’avoir été tournés à la Fémis. Les acteurs ont l’air épuisés par les répétitions et le scénario, réécrit jusqu’à l’absurde (voir cette saynète traitée le plus sérieusement du monde, sur le mode du : « C’est toi, Frédéric ? –Non, moi c’est Thierry. –Mais si, Frédéric, c’est toi ? –Non, il s’appelle Thierry, je peux en attester »). 2.4

La Grosse Bête , de Pierre-Luc Granjon - Adaptation sous forme de fable, en dessin animé pour enfants, d’une citation de Franklin Roosevelt, tirée de son discours d’investiture en mars 1933 : « La seule chose que nous devons craindre, c’est la peur elle-même. » …Pourquoi pas. 5.1

Avant que de tout perdre , de Xavier Legrand – Déjà vu à Brive, Avant que de tout perdre paraît encore meilleur la deuxième fois. Une employée de Leclerc (Léa Drucker) doit fuir son mari, joué par Denis Ménochet, et emporter ses enfants avec elle. Efficacité de la mise en scène, recours futé au plan séquence (la scène de la traversée des caisses, interminable, atteint une tension que peu de court-métrages parviennent à susciter en si peu de temps), manipulation du réel (les badauds qui observaient le tournage se dérouler dans le supermarché sont autant de regards inquiétants). Comme dans Petit Matin, le but est de contourner un fait divers (la violence conjugale), et de concentrer la puissance du court-métrage sur le portrait de sa périphérie. 6.8

Nationale 6

Le jour a vaincu la nuit , de Jean-Gabriel Périot (Grand Prix) – Des quidams chantent face caméra, ou bien lisent un prompteur sur lequel on a retranscrit le récit de leurs « rêves ». Cela sent le documentaire d’anthropologue, cherchant la vérité derrière le mal-être d’individus qui n’ont pas l’habitude d’être filmés. On finit par comprendre qu’il s’agit en fait de chantage à l’émotion, du résultat d’un travail mené avec des détenus en maison d’arrêt, à qui l’on offre de goûter à la création artistique. Ils méritaient mieux. En quoi un adolescent est-il mis en valeur parce qu’on le filme racontant qu’il a rêvé d’éjaculer dans une blonde ? En quoi les rêves de trois détenus seraient-il sublimés parce qu’on leur fait croire qu’il suffit de bêler le mot « libre » au bon tempo pour que ça marche ? Peut-être fallait-il laisser les détenus s’exprimer librement, sans les enfermer dans une diction d’élève appliqué cherchant à satisfaire son prof. 2.5

Gambozinos , de Joao Nicolau – Joao Nicolau, auteur de L’épée et la Rose, tourne son Moonrise Kingdom. On est en colonie de vacances, un jeune garçon rencontre une sorte de yéti sylvestre, tombe amoureux d’une jeune fille, se venge des brutes qui le martyrisent. Simplicité à tous les étages, excellente direction d’acteurs. 7.4

Us , d’Ulrich Totier (Prix du jury jeune, Prix CinEcole en Vendômois) – Ulrich Totier, ancien élève de La Poudrière, école d’animation à Valence, me raconte sur le trajet vers le Minotaure comment les bruitages de son dessin animé ont été réalisés en une matinée, faute de budget ; que l’animation des multiples rochers a l’air complexe mais ne l’est pas vraiment – il suffit de s’armer de patience. Finalement, les bruitages, perdus dans le silence environnant du cartoon, constituent plus de la moitié du potentiel comique du film. Du coup, oui, c’est assez marrant. 6.6

Pour la France , de Shanti Masud (Prix d’interprétation, Prix Format court) – Pour la France aussi se bonifie au second visionnage. Le "Paris is cool" lâché par l’héroïne alanguie fait grincer des dents dans la salle : c’est qu’il faut l’imaginer prononcé en italique. « Paris is cool », dit-elle. Le film regorge de ce genre d’incises tacites. Je pensais que le titre pourrait s’appliquer à la tournée française du film, mais en dépit des prix remportés à Brive et à Pantin, assez peu de festivals l’ont finalement accueilli. Les récompenses en sont d’autant plus bienvenues. 7.2

(Son d’une voiture qu’on arrête. On éteint les phares. Les portières claquent, les gens descendent. Le moteur cliquète en se refroidissant. Les pas s’éloignent. Silence.)

par Camille Brunel
jeudi 19 décembre 2013

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