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RoboCop  de José Padilha

Intercités

5.7

On ne donnait pas cher de la peau synthétique du nouveau RoboCop : après l’échec il y a deux ans du remake de Total Recall, dont personne ne se souvient, il semblait acquis que les héros de Paul Verhoeven étaient des oeuvres uniques que les studios cherchaient désormais à décliner en série...

Toute la question était de savoir à quel niveau de la production se situerait vraiment le réalisateur José Padilha : sur la chaîne d’assemblage, ou au design, partout ? Un oeil au CV de l’impétrant apporte un début de réponse : né en 1967 à Rio de Janeiro, José Padilha remporte l’Ours d’Or au Festival de Berlin en 2008, pour son premier long métrage, Elite Squad, qui suit une équipe de police militaire dans les rues de Rio. Après une suite à Elite Squad qui fait plus d’entrées au Brésil qu’Avatar, et un documentaire acclamé à Sundance sur une tribu belligérante d’Amazonie, Padilha signe son premier contrat avec Hollywood : RoboCop. Voilà pour le CV, qui aurait tendance à rassurer – mais un budget de 130 millions de dollars a déjà fait s’évaporer plus d’un réalisateur doué, surtout avec un pitch aussi mince (la réincarnation d’un flic en robot-flic, et sa première enquête).

Le résultat n’enthousiasme pas. Mais Padilha ne manque pas de bonnes idées. La première est de ne pas avoir confié le rôle principal au personnage de Robocop, joué par Joel Kinnaman, beau gosse un peu fade catapulté héros, mais à son créateur, interprété par Gary Oldman, au sommet de son art. Dans le rôle du Docteur Frankenstein, l’acteur profite d’autant, sinon de plus de temps d’écran que sa créature. Le scénario reprend la trame du film de Verhoeven, qui s’attache à l’enquête policière, mais en ajoute une autre, qui suit les updates imposées par ses patrons au créateur du robot policier (« je le veux noir ! plus rapide ! sans émotions ! »). Surtout, ce RoboCop est équipé de la WiFi, et son champ de vision est constamment retransmis à un centre de contrôle, de même que ses pensées et ses gestes, qui peuvent être à tout moment désactivés à distance. Une véritable affection se développe ainsi entre l’homme et son chef d’oeuvre, chaque scène étant reliée, d’une manière ou d’une autre, au personnage de Oldman.

Toutes les potentialités de l’homme-iPad sont réalisées : GPS mental, connexion permanente aux yeux de la ville que sont les caméras de surveillance, recours instantané à toutes les données numérisées des individus, etc. Le conflit qui s’ensuit est celui de la fusion entre l’homme et de la machine, qui échappait forcément à la version de 1987, aussi technophile fut-elle : à quel point acceptons-nous d’être connectés ? Les émotions du cerveau commandant la machine sont définies par la quantité d’hormones qu’on lui injecte : la surconnexion va-t-elle de pair avec la perte de la sensibilité ? Comment retrouver la vie lorsqu’il ne vous reste plus que vos yeux pour regarder le monde devenu écran, votre cerveau sous traitement hormonal, et votre main droite pour cliquer - sachant que votre sexe a disparu ? Plutôt que de reprendre à son compte la critique des médias et l’éloge paradoxal de la violence qui faisaient le prix de l’original, et dont d’autres, aujourd’hui, se chargent très bien, Padilha cherche son chemin du côté du transhumanisme, faisant siennes les promesses non-tenues de la trilogie Iron Man.

L’autre grande idée, c’est d’être allé piocher dans toute la filmographie de Verhoeven, et pas uniquement dans ses premiers films pour Hollywood. Dans ce nouveau RoboCop, la scène du démantèlement de l’androïde, qui ne laisse plus que deux poumons dans un bocal, un visage et une main droite, est l’une des plus fascinantes atteintes au corps humain de cinéma qu’on ait vues depuis la disparition couche par couche d’un homme nu dans Hollow Man ; quant au recours régulier aux spots télévisés (avec Samuel Jackson en speaker militariste forcené, très drôle) et au premier degré surexcité des scènes d’action, elles rappellent l’hystérie et la démesure des batailles de Starship Troopers.

Si pour s’assurer la fidélité à l’oeuvre, Padilha puise dans toute la filmographie du maître, pour s’assurer le succès commercial, il pioche dans la mythologie des superhéros, insistant particulièrement sur le rapport du sien à une ville et à ses habitants. La connexion, toujours : RoboCop, c’est l’homme-ville, l’homme-réseau, comme on avait auparavant l’homme-araignée et l’homme-chauve-souris, duquel RoboCop vole la moto. Batman a Gotham City, Spiderman New York, RoboCop a Detroit. C’était déjà le cas en 1987, mais l’association prend aujourd’hui une autre résonnance. RoboCop symbolise à la fois la ruine de la ville, et son renouveau sous le signe de la mouvance DIY (Do It Yourself) – de l’inventivité, en somme, où le Docteur Frankenstein est roi. Quant au symbole de sa créature, il est tout trouvé, et habilement mis en scène par Padilha : c’est la veilleuse, cette petite lumière rouge sur sa tempe, qui le rapproche des télés éteintes, aussi bien que du Terminator de James Cameron. Mais un Terminator designed in Rio, made in Detroit, et seulement released by Hollywood. Quelque part à Amsterdam, Paul Verhoeven aurait tort de ne pas s’en réjouir.

par Camille Brunel
samedi 15 février 2014

RoboCop José Padilha

États-Unis ,  2013

Avec : Gary Oldman, Joel Kinnaman, Abbie Cornish, Michael Keaton.

Durée : 1h57min.

Sortie : 5 février 2014.

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