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Girafada  de Rani Massalha

Marius en Palestine

2.4

Grand chelem des grands chelems pour Rani Massalha et son premier film. Des difficultés d’abord : enfants, animaux, conflit israélo-palestinien. Des écueils ensuite : mièvrerie, anthropocentrisme, antisémitisme. On se souviendra du portrait d’Israël en royaume des filles : de ce côté du mur, les hommes matent les culs, baisent, les filles gagnent au chifoumi, occupent la cellule familiale et persécutent les honnêtes gens aux checkpoints. De l’autre, on met les femmes voilées au fond du plan, on regarde danser la journaliste occidentale en jean moulant, on part en quête d’un mâle pour la girafe femelle qui se laisse mourir, et on dédicace le film à papa. Quant aux scènes du zoo, elles évoquent moins l’Eden de L’Odyssée de Pi (même schéma du père scientifique face à son fils très pieux) que l’enfer du Bestiaire de Denis Côté, tout en tôles et en décors de béton. Les ours, eux, ont compris les règles : le mâle a bouffé la femelle, raconte le vétérinaire, il n’avait pas eu de viande depuis trop longtemps. A l’image, le message semble clair : les animaux sont parqués comme les Palestiniens - mais le rapport aux animaux est biaisé. Dans le néologisme « Girafada », la girafe compte moins que l’Intifada, et si le vétérinaire et son fils se soucient du bien être de leur girafe, c’est pour permettre à Rani Massalha de donner dans un angélisme primaire ébouriffant, et la haine des soldats israéliens, représentés comme des enragés, incapables de parler, braquant leur fusil sur tout ce qui bouge (enfants, girafe), et surtout chassant en meute – la scène du Juif attaquant la voiture où s’enferme le petit Yacine est montée comme l’attaque du T-Rex sur la voiture des enfants dans Jurassic Park. Alors qu’on pensait, en lisant le pitch, que l’histoire pouvait être celle d’une alliance entre Israël et la Palestine, où l’animal ferait office de pont entre les peuples et où l’on aboutirait à la métaphore toute mignonne d’une girafe juive s’accouplant avec une girafe arabe, le film se gargarise du fait que ses héros parviennent à voler un animal sous les yeux des gardiens de zoo israéliens, forcément débiles. « Don’t give up the fight, bring the truth to light », lit-on au détour d’un des nombreux plans larges sur le mur. Plutôt que d’apaiser les tensions, le film se contente en effet de les révéler. Quitte à instrumentaliser les animaux pour soutenir une cause, on préfère les quelques créatures d’Aronofsky dans le plaidoyer vegan qu’est Noé, aux animaux de Massalha, parqués dans un discours beaucoup moins pacifiste.

par Camille Brunel
mercredi 23 avril 2014

Girafada Rani Massalha

France - Palestine ,  2013

Avec : Saleh Bakri (Yacine), Laure De Clermont-Tonnerre (Laura), Ahmad Bayatra (Ziad), Roschdy Zem (Yohav Alon)...

Durée : 1h25min

Sortie : 23 avril 2014

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