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Ma part de gâteau  de Cédric Klapisch

La lutte déclasse

1.4

Entre Dunkerque et Londres, Klapisch ébauche la lutte de classe à partir d’un montage vertical old school : en haut les traders carnassiers de Londres ; en bas les ouvriers chômeurs du Nord de la France. Pure intention de scénario qui au montage demeure aussi dialectique qu’une ligne droite. S’y dépeint avec une naïveté à vocation édifiante la vie des requins de la finance obsédés par la réussite matérielle, ignorant la simplicité du bonheur familial et sentimental. Stéphane "Steve" Delarue (Gilles Lellouche, pitié) fait ce qu’il peut pour tuer le temps hors de la bourse. Il séduit un mannequin puis l’emmène à Venise, à moins qu’il ne s’agisse de New York ou Manille tant l’échappée est gratuite et chère (merci la production).

Le film s’égare et rentre au Nord : mère de famille, France (Karin Viard, tautologie) vient de perdre son emploi suite à la fermeture de l’usine Sifranord. Elle doit continuer à élever ses trois filles. Les ch’tis ramènent des valeurs humaines positives : chaleur, générosité (maman offres ses pâtes au quartier, les ouvriers pigolent). Les problèmes ne sont jamais loin mais pauvreté est synonyme de courage : France « monte à Paris » pour faire la femme de ménage sous les ordres bienveillants d’Ahmed, sympa et accueillant comme son nom l’indique. De son côté, Steve est envoyé à Paris pour une mission financière. Il va forcément finir par rencontrer France et abandonner son surnom ridicule, et pourtant il faut encore attendre.

En voulant rendre hommage à la classe ouvrière, Klapisch l’enterre. À l’américaine, il voudrait faire des clichés un usage positif, mais son sourire est bien trop carnassier. Lorsqu’ils se retrouvent face au patron, les ouvriers se comportent comme des voyous, dans un final au cynisme semblable à la revanche de Grace (Nicole Kidman) dans Dogville (Lars Von Trier, 2002). Dans la foule rageuse, la présence de Xavier Mathieu sert de caution. Cet ex-délégué de la C.G.T. est devenu célèbre grâce à l’épisode médiatique du saccage de l’usine Continental à Clairoix. Le syndicaliste ne joue ici qu’un rôle secondaire, comme si le politique pouvait prendre la forme d’un placement publicitaire.

par Thomas Fioretti
dimanche 27 mars 2011

Ma part de gâteau Cédric Klapisch

France ,  2011

Avec : Karin Viard (France) ; Gilles Lellouche (Steve) ; Audrey Lamy (Josy) ; Jean-Pierre Martins (JP) ; Zinedine Soualem (Ahmed) ; Raphaële Godin (Mélody) ; Fred Ulysse (Le père de France) ; Kevin Bishop (Nick, le broker) ; Marine Vacth (Tessa).

Durée : 1h49.
Sortie : 16 mars 2011.

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