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Distribué au début de l’été, le film est encore visible au MK2 Hautefeuille & Bastille.

Vivian Maier a réalisé des milliers de clichés sans jamais les développer. Son existence s’est achevée il y a quelques années dans l’anonymat le plus complet. Dès lors, le film révèle ce que l’artiste voulait garder secret et transforme le geste photographique pratiqué, dans toute sa gratuité, en images participant au marché de l’art. Maloof et Siskel font découvrir une artiste ignorée des institutions comme de ses proches, et de ce documentaire une vaste entreprise de légitimation et de séduction. Maier devient un personnage romanesque, touchant à la figure de l’artiste maudit et touché par la folie. Les personnes qui l’ont fréquenté témoignent de son étrangeté, certains enfants dénoncent les sévices qu’ils ont subi alors que la photographe était leur gouvernante. Jouant sur les critères de l’art brut, la création semble répondre à une pulsion vitale pour la jeune femme. Une anecdote, appuyée par une photographie, décrit Maier photographiant un enfant blessé dont elle a la charge au lieu de lui porter secours. Le film se fait le portrait de cette femme esseulée à la personnalité obscure, comme si le génie d’une création résidait seulement dans la psychologie de son auteur.

Heureusement c’est aussi le travail photographique de Maier qui est valorisé au-delà de toute analyse psychologique douteuse. De nombreux plans dévoilent les images fraîchement tirées du sommeil des pellicules et c’est un monde qui apparaît. La production, variée, mêle des autoportraits, des scènes de rue, des visages d’enfants, passant du noir et blanc à la couleur. Joel Meyerowitz commente l’œuvre de cette consœur inconnue et la replace aussitôt dans le panthéon de la photographie américaine, aux côtés de Diane Arbus.

A de nombreuses reprises Maloof, qui a acheté les cartons remplis des pellicules de Maier, enveloppe sa démarche d’un questionnement éthique. Le jeune homme interroge le spectateur face caméra : serait-il juste de cacher aux yeux du monde une œuvre d’une telle puissance ? Pourtant, faut-il s’opposer à la volonté d’une artiste qui n’a jamais souhaité se faire connaître allant jusqu’à ne pas développer ses images ? Ce dilemme, qui en soi pourrait être intéressant, laisse dubitatif tant la mise en scène manque de légèreté. Cette absence de spontanéité dissimule mal l’enjeu économique qui anime le collectionneur. Le film sonne comme un vaste appel aux institutions culturelles qui ont peiné à reconnaître le travail de Maier. Puisque la photographe est désormais adoubée, laissons là ce film tapageur qui aura réussi sa tâche en suscitant notre désir, pour mieux regarder les images accrochées aux cimaises des galeries et musées.

par Florence Andoka
samedi 6 septembre 2014

A la recherche de Vivian Maier Charlie Siskel et John Maloof

États-Unis ,  2013

Sortie : 2 juillet 2014
Durée : 1h24
Avec : Vivian Maier, John Maloof, Mary Ellen Mark, Phil Donahue...

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