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Cannes 2011 #15

Miike my day

Compétition officielle

Remake en 3D du film de Masaki Kobayashi, présenté à Cannes en 1963. Au début du XVIIème siècle, la guerre féodale au Japon est terminée. Le pays est pacifié sous l’autorité du Shogun. Les clans adverses ayant été dissous, de nombreux samouraïs sans seigneur et sans revenus, les ronins, errent de ville en ville. Certains tentent de faire chanter leurs anciens chefs en menaçant de se suicider, sachant que l’honneur veut que le seigneur, tout en admirant leur bravoure, tente de les dissuader en leur offrant emploi ou aumône. Chantage risqué. Voulant donner l’exemple, un seigneur décide d’accepter pour une fois la demande d’un jeune ronin nommé Motome. Lequel, ayant dû vendre ses sabres, s’ouvre le ventre avec une épée de bambou. C’est ce que raconte le chef Kageyu à un Hanshiro, un autre aspirant au suicide : mais ce dernier a une histoire encore meilleure à raconter.

Le scénariste Kikumi Yamagishi est très peu intervenu sur le scénario original, fort et séduisant, avec de longues scènes de confrontation verbale qu’annoncent et repoussent la bataille finale à coups de sabre. Celle-ci est précédée d’un flash back mélodramatique sur la vie familiale des ronins. Au-delà de cette alternance de temps forts et faibles, qui contribuent à tenir et à relancer le suspense, le récit déjoue la rhétorique des valeurs du Japon traditionnel, et propose une image nouvelle du samouraï. Il renverse leur code d’honneur et souligne la fragilité du guerrier, affirmant, contre l’opinion dominante, que cette fragilité (pitié, humanité) est son principal atout.

L’idée de tourner en relief un film contemplatif qui se livre seulement à la toute fin à l’action n’est surprenante qu’en apparence. Ce serait considérer la 3D comme un outil à fins uniquement spectaculaires, borné à une typologie de films, alors que l’industrie s’organise pour l’imposer comme standard. Pris sous cet angle, un film comme Hara-kiri, avec son alternance de registres, est un beau laboratoire.

J’avoue mon aversion pour cette technique. Ce n’est qu’en partie une position de principe, contre une technique dont les coûts de production semblent conforter les multinationales du cinéma et élargir leur domination. Cependant, l’expérience a montré que l’innovation technique arrose les pointes extrêmes et avancées de l’industrie sans exception : le très gros, mais aussi les très petits budgets. Après Herzog dans la grotte de Chavaux, Godard s’apprête lui aussi à envoyer un message indépendant en tournant son prochain film avec des petits appareils 3D.

Mais la question est moins politique qu’esthétique, elle se résume à une affaire de goût. Le relief semble souvent inutile et toujours gênant. L’écran de la salle est plat, et la limite de sa surface est clairement définie par des éléments architecturaux, rideaux, poteaux, colonnes, rampes, variant de salle en salle. Ces éléments définissent une zone que le relief envahit sans vraiment l’occuper. La sensation d’erreur projetée, sans être la plupart du temps clairement identifiable, est toujours présente. J’ajouterais à ces brèves considérations que les films en 3D sont tous sombres et peu contrastés lorsque vous chaussez les lunettes, et aveuglants lorsque vous les retirez. Mais il s’agit là d’un problème qui, comme celui de la lourdeur des lunettes, trouvera peut-être prochainement une solution.

La question principale est celle de la projection des images vers le spectateur. Question à laquelle Joe Dante, en solitaire, avait répondu dans un film qui est un vrai manifeste théorique sur le relief : The Hole – vu à Venise en 2009, jamais sorti en salle. Le film de Dante exploitait la 3D pour donner une nouvelle profondeur à l’écran, qui grâce au relief s’ouvrait sur un abîme sans fin. Jamais pour occuper l’espace entre l’écran et le spectateur. Takeshi Mike, d’une manière moins déclarative, tient conte de cette idée dantesque. Mis à part le générique, qui flotte gentiment dans un no man’s land, c’est surtout la profondeur que cherche Hara-kiri. Et l’effet 3D est moins visible dans la séquence de combat que dans celles de discussion, où le réalisateur organise l’espace par niveaux, comme si les différents personnages était des figures 2D dessinées sur les layers de Photoshop. Ou bien, quelque chose de plus archaïque encore : les décors en carton du théâtre classique. C’est sans doute aller dans la bonne direction. Mais cela ne change rien aux réserves qu’on exprimait plus haut.

By the way, un communiqué officiel du bureau de presse vient de tomber : Lars von Trier a été déclaré persona non grata après sa sortie sur Hitler durant la conférence de presse de Melancholia. Son Hara-kiri à lui, Lars ne l’aura pas raté. Salut l’artiste.

par Eugenio Renzi
mercredi 25 mai 2011