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67 mostra internazionale d’arte cinematografica

Deuxième jour : carnet

Machete, La Pecora Nera, Guest, Norwegian Wood

MACHETE
7

Robert Rodriguez, Ethan Maniquis, Fuori concorso, 105 min.
Presque à la hauteur de la bande-annonce (de toute façon inégalable) tournée il y a quatre ans pour servir d’entracte, mi-drôle mi-sérieux, entre Planète Terreur et Boulevard de la mort. Le film reprend toutes les séquences de cette fameuse bande annonce (en retournant et en modifiant uniquement celle où Machete tire sur le candidat au poste de sénateur, joué par De Niro) et en comblant les ellipses.
Le sens de l’opération est avant tout de prolonger le plaisir du trailer – et cet investissement des marges d’un film tient autant du fétichisme que d’une époque où le cinéma se prend comme objet. A la fin, on a la promesse d’une suite : Machete Kills et la suite de la suite : Machete Kills Again. Steven Segal est impeccable dans un rôle de composition (auto-ironie) entre le Budd de Kill Bill 2 (Michael Madsen) et un quelconque boss aux couilles de fer, genre Alec Baldwin.

LA PECORA NERA
5.1

Ascanio Celestini, Venezia 67, 93 min.
Premier film d’un bon speaker de théâtre et de télévision. Déception. Ce qu’il réussit à la télévision et au théâtre – perdre le langage, faire des folies, des choses irraisonnées comme voie d’accès à la sagesse populaire – est ici sacrifié. Les images rationalisent, expliquent, plient le sens comme un drap. Dommage.

NOTRE ÉTRANGÈRE
5

Sarah Bouyain, Giornata degli autori, 82 min.
Premier film. Autobiographique (forcément ?). Des problèmes : maladresses, didactisme, démonstration. Parfois curieusement à la traîne par rapport à ce que le spectateur comprend. Mais belle idée de la langue perdue, enfouie, à apprendre. Celle des immigrés qui faute de pratique l’oublient, celle des enfants qui, l’ont enfouie, celle qu’on apprend pour faciliter une adoption. Un plan : Mariam, une immigrée africaine qui donne des cours de dioula à une blanche, se sentant trahie (à juste titre), prononce cette phrase terrible : « je voudrais t’arracher de la bouche tous les mots que je t’ai appris ». Puissance de la langue. Fin du film.

LA BELLE ENDORMIE
7

Catherine Breillat - Orizzonti - 82’
Fort heureux du résultat médiamétrie de Barbe Bleue, Arte passe une nouvelle fois commande à Breillat. Tourné rapidement, avec un budget moindre compte tenu du sujet. De Breillat, on connaissait le penchant pour l’amour vache, les dépucelages sommaires, la chair de la femme à jamais meurtrie. Ici rien de tout cela. Un conte plongé dans une lumière crépusculaire et des décors surprenants. Fascination pour les textures des peaux (Caravage). Beaucoup de plans saisissants. La première heure fonctionne incontestablement. Les moyens ont beau être dérisoires, la fable prend. Seconde partie : relation amoureuse sans issue. Terrain connu. A ceci près qu’une scène vaguement saphique apporte une idée nouvelle et sans doute capitale, au moins pour Breillat. Les femmes ne sont plus rivales, elles s’entraident. Les hommes ne sont plus les seuls à user de stratagèmes pour arriver à leurs fins. Ici aussi la persuasion passe par une parole doucereuse, autrefois uniquement l’apanage des hommes (cf. A ma sœur). Scène troublante. La salle semblait suspendue à la rencontre de ces deux bouches. Breillat surprend.

HAPPY FEW
4.9

Antony Cordier - Venezia 67 - 103
Douche Froide était fort. On y voyait du judo et les trajets possibles suivis par le désir. Avec une certaine conscience des classes. Ici nous sommes chez les bobo : la version moderne des Happy Fews stendhaliens. En plus du titre, le schéma même du film est imprégné de littérature, Goethe, les Affinités Electives. A et B (Duvauchelle et Bouchez) sont un couple, C et D (Marina Foïs et Roschy Zem) sont un autre couple, ils se côtoient et invariablement – mathématiquement – A ira avec C quand B ira avec D.
La ressemblance s’arrête là. Ce n’est pas le trouble, ni le possible qui intéresse le film, mais le filmage du passage à l’acte. Passés les premiers instants d’interrogation troublée, on arrive justement au passage à l’acte, qui se répète, se répète, et se répète. On s’habitue tranquillement à cet échangisme amoureux qui ne vaut que pour ce qu’il essaie de montrer du désir et du corps à corps. La chair finit par être triste. On sait que les choses tourneront au vinaigre et ne seront plus un jour que des souvenirs. Une mémoire. Certes, il n’y a ici ni morale (en tout cas apparente) ni psychologie ; c’est la mécanique du désir qui se déplie. Et pourtant quelque chose cloche. La pellicule n’est peut être pas le lieu de la déconstruction systématique du désir ? On finit presque par regretter les amours bourgeois des Affinités.

par Valentina Novati, Eugenio Renzi
vendredi 3 septembre 2010

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